Balade dans la blogosphère bruxelloise

Faire une sélection de sites façon carte de métro. Déjà vu, non ? Oui mais c’est joli et chiant à faire. Alors quand Florence en a fait une pour la blogosphère bruxelloise, je me suis dit que cela valait le coup. Surtout que je suis dedans. J’ai même fait des découvertes, c’est dire.

Une excellente idée de balade pour ce weekend.

Marine est là

Vous avez vu ? Marine Le Pen reprend la franchise paternelle. Pourtant, on aurait tort de croire que la petite entreprise continue comme avant. Si Jean-Marie Le Pen se complaisait dans son rôle de méchant infréquentable, sa fille est bien décidée à jouer la gagne. Avec un discours plus social, débarrassé des tics les plus agaçants de l’extrême droite française traditionnelle, elle offre un visage beaucoup plus lisse. Elle passerait presque pour une progressiste (comparée au reste du FN, je veux dire). D’ailleurs, les électeurs de la droite traditionnelle déçus du sarkozysme ne sont pas insensibles à ses charmes. Pourtant, le FN a-t-il changé de méthode ? Non, la fille à bien appris de son père et elle est au moins aussi efficace.

Si j’essayais de distinguer les niveaux du discours politique, je dirais qu’il y en a au moins trois : la réalité concrète et sensible, les représentations qu’on s’en fait et les symboles. Ces niveaux sont liés mais pas toujours en accord, si bien qu’on trouve souvent en politique de l’hypocrisie, voire de la dissonance. Comme la réalité n’est accessible qu’à travers nos représentations, cette division est une des premières sources de contradictions. La deuxième, c’est entre les symboles qu’on manipule et leur importance relative dans le champ concret, leur caractère pragmatique. Bien sûr, ces trois niveaux sont liés et interagissent. En politique, et tout particulièrement en France, la préférence va souvent aux symboles abstraits et à la théorie plutôt qu’au concret. La réalité, finalement, n’a pas d’importance. Ce que je trouve le plus fascinant avec le FN, c’est ce qu’il révèle justement de l’hypocrisie politique française.

Prenons pour exemple la sortie de Marine Le Pen sur l’occupation de certaines rues de Paris par des musulmans en prière. Elle utilise le mot « occupation » comme un symbole chargé, bien que le mot soit au premier degré tout à fait exact. C’est le télescopage du symbole et de la réalité qui est habile : Marine Le Pen dit vrai (il y a effectivement des musulmans qui prient en pleine rue) tout en suggérant implicitement le faux (comme les nazis qui défilaient sur les Champs-Élysées). En face, on s’attache au symbole (car il est en effet inapproprié) alors qu’il y a pourtant bien des musulmans qui prient en pleine rue à Paris. Le fait que ces musulmans doivent prier dans la rue parce qu’on refuse (à droite comme à gauche) de se pencher sur le problème des lieux de culte sous prétexte d’une laïcité intransigeante sera soigneusement évité. Voilà comment Marine révèle l’hypocrisie adverse, passe pour une martyre de la bien-pensance et pour quelqu’un qui « dit la vérité ». Et avec une petite pointe de xénophobie en prime ! Rien qu’en manipulant un symbole. C’est quand même politiquement bien plus efficace que de contester l’existence des chambres à gaz, non ? Quand je vous disais que la boutique avait changé de patron…

Indignez vous !

Belgique. Plus de 200 jours sans gouvernement. Au delà de ce dernier épisode de crise politique et institutionnelle, la guerre de tranchée qui se livre dans le champ politique depuis des années ne donne pas de signe d’essoufflement. Si l’on en juge par l’agacement croissant, elle a plutôt tendance à empirer. La logique nationaliste des uns bute sans cesse et de manière plus irrémédiable à chaque fois contre la volonté des autres de conserver un semblant d’unité. Il faut se rendre à l’évidence, ces deux époux ne s’aiment plus, s’ils se sont jamais aimés. Comme dans un long divorce, avec ses discussions sordides et ses coups de gueule, les enfants passent de la colère à l’abattement en espérant surtout que ça s’arrête.

L’analogie est bancale, je sais. Les citoyens belges ne sont pas des enfants. Le monde politique belge, avec ses arrangements hallucinants, ses discussions minables et sa logique de clan, travaille en circuit fermé. Paradoxe, dans un pays pourtant très démocratique, où le vote est proportionnel et obligatoire, où les élus sont souvent assez proches des électeurs. Les citoyens se sentent impuissants face à une hystérie politique collective attisée par des extrémistes minoritaires. Les Belges sont les plus braves ? Peut-être. César soulignait aussi l’incroyable indolence de ces Gaulois querelleurs. Ils ont rejoint  l’empire, comme les autres.

Pourtant, il y a comme une légère brise de révolte qui souffle, comme une insurrection qui vient. À la Belge, bien sûr. Dans le petit royaume fritier comme chez Astérix, la caricature du belge placide et bonhomme n’est jamais loin. On s’amuse du prochain record du monde. On regarde, goguenard, les grandes personnes se gonfler le cou et monter sur les ergots. On a la blague facile et on proteste mollement en campant sa tente virtuelle devant le palais du premier ministre.

Se pourrait-il que l’agacement des citoyens prenne un tour plus sérieux ? L’appel à la manifestation pour le 23 janvier pourrait recueillir plus que les rieurs et les oisifs. Réunis sous la pluie (l’une des rares choses encore partagée équitablement entre le nord et le sud du pays), il se pourrait que les marcheurs du 23 montrent un soudain esprit de responsabilité, qu’ils exigent enfin des actes, qu’ils prennent un peu leur destin en main. Une sorte de passage à l’âge adulte. Ô Belgique, ô mère chérie ? Tes enfants ont un truc à te dire.

Guérir le sida ?

Doctors who carried out a stem cell transplant on an HIV-infected man with leukaemia in 2007 say they now believe the man to have been cured of HIV infection as a result of the treatment, which introduced stem cells which happened to be resistant to HIV infection.

The man received bone marrow from a donor who had natural resistance to HIV infection; this was due to a genetic profile which led to the CCR5 co-receptor being absent from his cells. The most common variety of HIV uses CCR5 as its ‘docking station’, attaching to it in order to enter and infect CD4 cells, and people with this mutation are almost completely protected against infection.

The case was first reported at the 2008 Conference on Retroviruses and Opportunistic Infections in Boston, and Berlin doctors subsequently published a detailed case history in the New England Journal of Medicine in February 2009.

They have now published a follow-up report in the journal Blood, arguing that based on the results of extensive tests, “It is reasonable to conclude that cure of HIV infection has been achieved in this patient.”

Stem cell transplant has cured HIV infection in ‘Berlin patient’, say doctors, by Keith Alcorn

Une première mondiale, extraordinaire à bien des égards, mais prometteuse pour la recherche des vingt prochaines années. Les recherches génétiques sont sur le point de produire des avancées spectaculaires.

Via Rubin

Pourquoi les Romains admiraient la Grèce

Les Romains, bâtisseurs et ingénieurs, même à l’époque de la toute puissance impériale quand leur influence s’étendait des rives de l’Atlantique à celles de la mer Caspienne, conservaient une certaine admiration pour les Grecs. Si les textes originaux des savants grecs antiques ont depuis longtemps disparu, il reste une trace bien réelle de leur formidable génie, qui explique un peu cette admiration : la machine d’Anticythère. Découverte au début du 20e siècle, elle a intrigué les historiens pendant cent ans avant de révéler ses secrets.

Cette machine, constituée de presque cent pièces de bronze, servait à calculer la position astronomique du soleil et de la lune, prédisant avec une grande précision les éclipses et les phases des astres. Elle indiquait aussi les années des jeux olympiques, qui avaient à l’époque une énorme importance culturelle dans le monde Grec. Personne il y a seulement quelques années n’avait imaginé découvrir une machine si ancienne et si complexe. Elle fut construite il y a plus de 2000 ans.

Andrew Carol a construit une réplique. Il a eu l’idée géniale d’utiliser des Lego. À travers ces bouts de plastique, 20 siècles nous contemplent.

Wikileaks : rions un peu avec la presse

Vous avez entendu parler de wikileaks ? Forcément un petit peu. Personne n’a pu vraiment échapper au battage autour de ses récentes activités. En effet, wikileaks a mis au jour et publié, de manière contrôlée et fort habile d’ailleurs, 250 000 1 500 mémos diplomatiques confidentiels en provenance des ambassades et représentations américaines de la planète. Pourtant, celui qui imaginait un déferlement de secrets inavouables sur l’assassinat de John F. Kennedy ou l’alunissage de Neil Armstrong sera un peu déçu. Pas de révélations fracassantes mais plutôt un coup d’oeil sur l’activité quotidienne du système diplomatique de la puissance impériale, d’un réseau forcément très étendu.

Ce que ces télégrammes formatés et normalisés révèlent, c’est plutôt une partie de la vision américaine du monde tel qu’il est. Difficile de trouver des divergences d’avec ce qu’un observateur averti pouvait attendre. Pas de croustillant, juste la confirmation que finalement, les américains observent le monde et qu’on est souvent d’accord avec eux. Berlusconi est un con, Sarkozy est un excité, les Chinois ont de l’ambition, les Russes comptent bien défendre leur puissance passée, les pays arabes détestent l’Iran. Ouais. Il faudrait être naïf pour trouver ça surprenant.

Ce qui est très plaisant, en revanche, c’est de trouver dans ces synthèses des opinions parfois tout à fait personnelles de diplomates. Certains livrent dans ces télégrammes leur vision partiale et assumée des autres et du monde, alliés ou ennemis. Pourquoi une telle liberté de ton ? Mais parce que ces télégrammes sont secrets, justement. Vous serez ravis d’apprendre que le premier conseiller diplomatique français considère Hugo Chavez comme un « fou » qui « transforme son pays en un nouveau Zimbabwe ». À défaut d’être polie, la remarque n’est pas dénuée de vérité.

Mais là où ces télégrammes font très fort, c’est que certains ont du style. Le récit de la visite du Prince Andrew d’Angleterre (le fils de la Reine) au Kyrgyzstan vaut carrément son pesant de rigolade. On sent l’observateur américain très amusé par cet aristocrate abrupt, patriote jusqu’à l’absurde et anglais jusqu’au fond du slip. Les tirades du Prince et ses jugements à l’emporte-pièce prennent un savoureux relief, à lire l’ambassadeur. Ce portrait au vitriol se termine par la citation d’un sujet de sa gracieuse majesté (ou plutôt, comme dit l’auteur en parlant du Prince, un sujet de sa mère): “What a wonderful representative for the British people! We could not be prouder of our royal family!” La diplomatie américaine peut être fière de ses fonctionnaires.

En fait, ces télégrammes illustrent en creux la médiocrité de la presse française. C’est Slate qui s’exclame « un Pulitzer pour les diplomates ! » Ah, si seulement les diplomates étaient journalistes… C’est dommage, s’il y avait de bons journalistes en France, ces cables, ces informations confidentielles, seraient connues depuis longtemps. Le fait que ces révélations soient une bonne ou une mauvaise chose est une autre question. Finalement, cet autre cable diplomatique américain a bien raison : les journalistes français se prennent trop souvent pour des intellectuels et leur consaguinité avec le pouvoir en fait de très médiocres enquêteurs. Ou comme dit le Prince Andrew : “All of this sounds exactly like France.”

EDIT: Alex Hervaud a raison.

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Coupe du Monde

Que d’attente, que d’impatience, que de fébrilité ! Il y a quelques jours devaient être annoncés les résultats de la sélection des pays organisateurs des prochaines coupes du monde de football. Voilà maintenant la réponse : La Russie organisera le Mondial 2018. Le Qatar organisera la coupe de monde 2022. La candidature belgo-néerlandaise n’a pas été retenue, par manque de pétro-dollars, sans doute.

J’ai vu surgir un débat intéressant dans le microcosme de twitter – d’autant plus intéressant qu’il est aussi à la une du Soir, le grand quotidien belge francophone. Pour ou contre la coupe du monde ? Pas pour ou contre le principe (encore que la question puisse être posée) mais pour ou contre son organisation en Belgique.

Les uns, soutenant que c’est une excellente opération économique et de communication, sans parler de la liesse populaire, étaient farouchement pour. Les stades sont délabrés, les emplois à la clef seront nombreux, le commerce et toutes les télés du monde tourneront à plein régime. Les autres, considérant qu’il y avait beaucoup d’argent à dépenser et pas grand chose à gagner dans un spectacle éphémère, dédaignant le football comme un sport de rustres, étaient farouchement contre.

Je vais vous donner mon opinion tout de suite, qu’on s’en débarasse car elle n’a, après tout, pas beaucoup d’importance : j’étais plutôt opposé à l’idée. Non pas que je pense que la Belgique n’avait aucune chance ou que le spectacle en eût été moins intéressant. Je ne dédaigne pas la ferveur quand elle est sincère. La Belgique avait parfaitement les moyens d’organiser cette grande rencontre sportive planétaire. Je pense juste que ces moyens seraient bien mieux employés à autre chose.

En effet, la performance économique d’une telle opération, plus ou moins hasardeuse au demeurant, dépend largement du torrent d’argent public qui sera déversé dessus pour le plus grand bonheur d’intérêts privés. Le mélange argent public/argent privé, c’est d’ailleurs une caractéristique du sport « de haut niveau », une manne qui a – je le crains – irrémédiablement endommagé le football, mais c’est une autre histoire.

La partie de l’argument auquel j’arrive maintenant, et qui m’intéresse vraiment, c’est que certains percevaient chez les anti-foot comme une sorte de mépris envers la passion populaire sincère pour un sport, le plus humble peut-être, qui se joue avec un ballon. C’est la dialectique assez classique élite vs. le peuple. Faut-il aimer le foot sous peine d’être taxé d’élitisme forcené ? À l’inverse, faut-il détester le foot sous peine de passer pour un beauf ?

Ce qu’il y a de bien avec cet argument, c’est qu’il est complètement tautologique (ou circulaire, ou idempotent comme vous voulez). On peut toujours l’opposer à l’adversaire dans un sens ou dans l’autre. Pourquoi ? Parce que ce sont des notions totalement abstraites et générales. Le peuple, ça n’existe pas. L’élite, en dehors des auto-références et des idiotismes, n’a pas de sens car elle est toujours relative. Nous appartenons tous à la fois à la majorité et à la minorité un peu en même temps.

La pire des attitudes, c’est de s’accrocher à ces définitions pour faire croire qu’on est tantôt du côté du peuple et des humbles, tantôt du côté des initiés et des puissants. C’est presque pire que de croire qu’on peut vraiment couper le monde en deux entre les gentils et les méchants.

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Cadeau : une licence 1Password for Mac à offrir

Salut. J’ai une licence 1Password for Mac à offrir. Ce logiciel est formidable. Vous êtes formidables. Alors j’ai tout de suite pensé à vous. Tirage au sort vendredi dans les commentaires. Laissez une adresse email valide, hein…

EDIT: Tirage aujourd’hui 3/12/10 à 18h.

EDIT 2: Une main innocente a tiré le vainqueur. C’est ol. Le mail arrive demain. Promis.

Police partout, justice nulle part

Je ne vais pas vous parler de la police qui arrête les méchants, ni du fameux groupe de rock. Car voyez-vous, il y a des choses beaucoup plus importantes dans la vie. Il y a la typographie. Alors, j’entends déjà certains me dire qu’une police de caractères, c’est assez accessoire. Vous lancez Word et vous avez la police Times New Roman par défaut. C’est très bien comme ça. Tout le monde a l’habitude, après tout.

Non. Une police de caractères bien choisie, c’est très important. Vous ne voudriez pas rédiger une facture ou une assignation judiciaire en Comic Sans MS, quand même ? Avouez que ça manque un peu de classe. Ce serait dommage d’envoyer des signaux contradictoires au destinataire du message. La typographie, c’est le premier medium de votre texte, c’est de la science, c’est de l’histoire, c’est de la culture, c’est de l’art, putain ! C’est un moyen d’ajouter une certaine élégance, un certain charme. C’est aussi une affaire de goût.

J’étais justement en train de réfléchir à la mise en page d’un site web. Je vous rassure, rien de formidable, rien de nouveau, pas de hype ou de truc à la mode. Non, c’est pour mon travail et je travaille dans un monde sérieux. Ce qui n’empêche pas un minimum de goût. Un collègue fort aimable m’a d’ailleurs bien aidé à repenser la mise en page. C’est plus clair, aéré, lisible. Je pensais néanmoins que la police par défaut était un peu tristounette.

Sa réponse : « Police Arial partout SVP »

Alors d’abord, police partout, justice nulle part. Ensuite, parce que j’aime bien faire des blagues aux collègues mais il y a des limites, il faut quand même admettre que si le site en question doit être un peu plus sexy qu’un symposium de médecine légale en Silésie, il ne faut pas non plus abuser des enrichissements typographiques. On évitera le style trop chargé, du genre « j’ai découvert qu’on pouvait changer la police avant-hier et depuis, j’en mets partout ».

Mais quand même, une petite Futura ou Century Gothic bien moderne, ça ne mange pas de pain. Si d’aventure le visiteur ne possède pas cette police ou dispose d’un navigateur trop ancien, on se rabattra sans enthousiasme sur Helvetica ou sa mauvaise copie, Arial. On va mettre Century Gothic. C’est joli et tout.

Vous ne voyez pas très bien ou je veux en venir ? Vous n’êtes pas sensible au charme désuet de Garamond ? Vous ne sentez pas dans Futura le modernisme allemand genre Bauhaus ? La lisibilité de Palatino vous laisse froid ? Si je vous dis Hermann Zapf ou François Didot, ça ne vous évoque rien ? C’est bien triste. Vous n’avez aucun goût, en fait ?

Seulement voilà. Century Gothic sous windows, ça a l’air un peu dégueulasse. Bon bah, on va mettre Arial, alors…

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