Trente ans

Je n’attache pas d’importance aux révolutions de la Terre autour du soleil. Je contemple le monde comme il court. Il m’arrive de l’accompagner dans sa fuite. Il m’arrive aussi de m’asseoir et de regarder le chemin parcouru.

En trente ans, j’ai eu l’occasion de voyager, de parler d’autres langues, de réfléchir, de soutenir, de m’opposer, d’écrire des choses intelligentes, de dire des bêtises, de plaire, de déplaire, d’aimer, d’être aimé. C’est tout à fait suffisant pour l’honnête homme que je ne suis pas encore mais que j’aspire à devenir.

Merci pour tous vos gentils messages.

Germain Saval - Profil Google

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Le plan Marshall pour la Wallonie, version 2.vert

Sa structure vient d’être annoncée par le gouvernement wallon. Son nom extrêmement tarte donne envie de remplir le réservoir de sa Jeep Willys de graisse de panda liquéfiée et de se chausser avec des bébés phoques. Il ambitionne de relancer l’économie de la région wallonne et d’orienter son développement vers l’écologie. Mais quelles vont être les applications de ce programme ? Je vais en donner une illustration en vous parlant un peu de mon travail.

Jeep 1942

Mon boulot consiste entre autres à chercher des sources de financement pour de nouveaux projets de recherche. Dans cet objectif, je scrute les appels à projets des financeurs (presque exclusivement publics) comme les programmes de la Commission européenne ou bien ceux de la Région wallonne. Un nouvel appel vient d’être lancé dans le cadre de ce plan Marshall qui s’appelle Wist3 et qui a pour thème « les technologies de l’information au service de l’économie wallonne et du développement durable. » Tout un programme.

Je vous résume brièvement les caractéristiques attendues des projets :

  • Il s’agit exclusivement de recherche appliquée. En gros, la région finance une part de la recherche & développement des entreprises. De ce fait, la faisabilité et la rentabilité des projets devra être motivée. Ce n’est pas un problème pour moi qui travaille dans l’ingénierie logicielle. Nous recherchons tous les jours des partenaires industriels pour tester nos idées ou les aider à améliorer leur technique. Dans mon domaine, le transfert technologique est non seulement souhaitable mais recherché. Malheureusement il n’y aura pas un sou pour la recherche fondamentale. Les innovations les plus radicales et donc potentiellement les plus rentables ne viendront pas de ce programme.
  • Le focus est mis sur le développement durable. C’est un souci légitime et je suis convaincu que l’écologie n’est pas incompatible avec le développement économique. Néanmoins, on risque aussi de perdre beaucoup d’énergie à essayer de tout repeindre en vert, au détriment parfois de la qualité des projets. Dans le domaine des technologies de l’information et de la communication, le problème du développement durable est au mieux un détail, au pire une appeau à gogos.
  • L’informatique n’est qu’un support pour la compétitivité des entreprises des secteurs traditionnels. C’est probablement l’aspect le plus choquant. Visiblement, certains ne peuvent concevoir l’informatique comme un nouveau secteur industriel (qui lui se porte très bien, merci) mais simplement comme la petite dactylo des ateliers de mécanique ou des centres de logistique. C’est dommage, l’économie du numérique en est encore au far west. Les nouveaux services à forte valeur ajoutée restent à inventer. Ce n’est pas cet appel qui y contribuera.

Hacker vaillant

Un certain Vendetta menace en ce moment l’opérateur historique Belgacom de divulguer les mots de passe de ses clients tant que celui-ci ne mettra pas fin aux quotas de téléchargement qui ont encore cours ici. Après avoir fourni une première liste de mots de passe la semaine dernière, il récidive et maintient la pression.

Bien sûr, je suis contre le chantage contre une honnête et innocente entreprise monopolistique. Je m’insurge contre ce monsieur Vendetta qui ne fait rien que souligner l’hypocrisie du gouvernement dès qu’on parle de la vache à lait Belgacom. Bien sûr, cette histoire ne m’amuse pas. Mais alors pas du tout, hein !

down with quotas - anonymous

Soirée démentielle

Vendredi dernier, j’étais au Fuse pour fêter les vingt ans de La Démence, une soirée devenue incontournable. Je n’étais pas seul…

demence

Chaude ambiance, DJ set pléthorique et beaucoup, beaucoup de monde. On lira avec intérêt dans Têtu l’interview de Thierry Coppens, créateur de la soirée. L’anecdote de l’alerte à la bombe vaut son pesant de paillettes. 🙂

Hasard du calendrier (comme disent les journalistes), la Loco à Paris devrait bientôt fermer ses portes. Nostalgie…

Windows 1 et 2 font 3 et 4 font 7

Mais dis donc, Charline, ça va pas du tout ! T’es complètement fonce-dé, Charline ! T’es perchée. T’es chargée à la coke. T’es high au GHB. C’est pas possible, ma chérie, faut arrêter. Personne n’y croit, à ce que tu racontes, ma pauvre. Allez arrête ou on te remet en cellule !

Tiens, fais comme Charlot, plutôt. Lui, il carbure à la beu, aux champis. Des trucs naturels quoi. Il a l’air aussi con mais il peut pas se faire du mal. C’est déjà ça.

Bon Apple, il faut arrêter de se moquer aussi. Vous voyez bien que Microsoft va mal, là. Tu le vois, Steve, que tu tires sur une ambulance. Tu te rends quand même compte qu’ils sont tous chargés comme des mules, chez Microsoft ? Toi au moins, avec ton cancer du pancréas et ta greffe du foie, tu as toute ta tête. C’est pas le cas de Charline. Bon alors on arrête un peu les cheap shots. On est sport. OK?

Les deux premières vidéos vous sont gracieusement offertes par Gonzy.

Kindle : le livre électronique d'Amazon

Quand Amazon a sorti le Kindle (prononcer kinedeule) il y a deux ans, le concept m’avait fortement attiré. C’est un lecteur de livre électronique, doté d’un écran ultra confortable de type « encre électronique ». Mais son grand avantage, c’est qu’il est également pourvu d’une connexion 3G intégrée pour télécharger des ouvrages ou des journaux. Vous avez donc votre quotidien tous les matins, téléchargé durant la nuit. Amazon ayant négocié avec un opérateur, vous n’avez même pas d’abonnement à payer : la connexion est permanente.

Malheureusement, l’appareil n’était disponible qu’aux États-Unis. Ce n’est désormais plus le cas, le Kindle est livré dans cent pays. Damien Van Achter a interviewé Benoît Marchal, un des premiers clients belges qui vient d’ailleurs de lancer Moments Mobiles, un site consacré aux lecteurs de livres numériques.

http://vimeo.com/moogaloop.swf?clip_id=7203731&server=vimeo.com&show_title=1&show_byline=1&show_portrait=0&color=&fullscreen=1

Kindle International: 1ères impressions from Damien Van Achter on Vimeo.

Même si je suis tenté d’utiliser le terme révolutionnaire, celui-ci est tant galvaudé qu’il est depuis longtemps vide de sens. Je dirai donc qu’il y a deux aspects impressionnants dans cet appareil. D’abord, un écran confortable, utilisable en pleine lumière, comme un livre. L’expérience est très différente d’un écran d’ordinateur. Ensuite (et surtout), la connexion permanente à internet par 3G transforme les habitudes. Amazon a conçu le produit et l’offre commerciale pour que le client n’ait même pas à y penser. Vous avez votre journal tous les matins. Vous cherchez une définition sur wikipedia. Les contenus sont toujours disponibles. Bien sûr, il y a quelques inconvénients : moins d’autonomie qu’un livre papier, des contenus en anglais, une plateforme fermée. Je reste assez convaincu de l’utilité de l’appareil et vu le cours actuel du dollar, c’est très tentant.

Amazon Kindle 2, par Larry Page

[UPDATE] Frédéric Jacobs a réalisé un test vidéo du Kindle. Vous pourrez découvrir chez lui quelques unes des alléchantes fonctionnalités de l’appareil.

Gagner du temps

J’ai toujours eu une petite obsession pour les montres et les horloges. L’approche des trente ans n’a fait qu’empirer les choses. Ma dernière acquisition est une lip à diode Mach 2000, réédition d’un modèle des années 1970 dessiné par Roger Tallon. Solidaire des ouvriers de lip menacés par la faillite de l’entreprise, il se lance dans la définition d’une toute nouvelle gamme, avec la radicalité d’un créateur qui n’a jamais travaillé pour l’horlogerie. Le résultat est étonnant de modernité, intemporel. Si l’entreprise n’a pas survécu à la fin des trente glorieuses, la marque vit toujours et développe de nouveaux produits sous la direction artistique de Prisca Briquet.

lip mach 2000 diode

Usine à wave

Cet article est lié à celui de l’ami @ylebout qui explore les possibles usages de Google Wave. Vous trouverez sur cette page quelques observations concernant la technologie de Google Wave.

En lançant une phase de test à grande échelle ((on parle de 100 000 invitations)), Google a introduit son nouveau service Google Wave de manière assez tonitruante. Mille moulins se sont soudainement mis à brasser de l’air tiède pour nous conter la prochaine révolution. L’ambition du produit est de réinventer le courrier électronique. Wave ajoute en effet plusieurs caractéristiques majeures au bon vieil email : des fonctionnalités d’édition collaborative, la gestion des versions d’un document, un aspect temps-réel et des contenus riches (genre web 2.0). Après plusieurs jours de tests intensifs, je suis en mesure de vous livrer quelques réflexions sur la technologie de Google Wave.

mosaic_wave

1. Une fédération ? Non, une guerre civile.

Google Wave, comme toute l’infrastructure de Google, est basée sur le stockage distribué de l’information. Chaque machine, chaque centre de calcul renferme une part de l’immense masse de données que nous produisons tous les jours. Wave est basé sur une fédération de serveurs qui sont responsables du stockage et de la réplication des messages que vous envoyez. Le problème, c’est que dès que plusieurs personnes participent à une Wave, il devient impossible d’assurer l’intégrité des messages. Si un contrôle d’accès est garanti sur un serveur (c’est-à-dire que le contenu  d’un message est protégé), il peut fort bien ne plus l’être sur un autre. En d’autres termes, la sécurité du système repose sur la bonne collaboration entre tous les serveurs de la fédération. Wave est réduit au plus petit dénominateur commun, un grand tableau où tout le monde peut écrire et que tout le monde peut effacer comme il l’entend.

2. Révisionnisme

L’ennui quand tout le monde peut collaborer en même temps à un document et qu’on a aucun moyen de l’empêcher, c’est qu’on ne sait plus qui a écrit quoi. Heureusement, Wave garde les traces de tous les changements successifs et permet d’explorer toutes les versions d’un document avec sa fonction playback. Malheureusement, cette fonctionnalité est inutilisable, même quand elle n’est pas en panne. Si l’édition d’un wiki suit toujours une séquence linéaire, un document Wave comporte de nombreux branchements. S’il n’est pas impossible de stocker toutes les versions, il est très difficile de les présenter utilement à l’utilisateur.

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3. La programmation sans peine

Google Wave permet à tout développeur web de devenir du jour au lendemain un programmeur d’application. Quelques lignes de XML, un peu de JavaScript et vous voilà devenu ingénieur logiciel. C’est la promesse, cent fois réitérée, des éditeurs de langages de 4e génération et autres technologies déclaratives. Cela ne change rien au problème fondamental de l’industrie informatique : une certaine tolérance pour la médiocrité. Vous trouverez donc dans Wave un grand choix d’extensions et d’applications mal écrites ou moches (quand elles fonctionnent) ou simplement en panne (ce qui est moins grave). Le grand danger, c’est qu’un développeur un peu moins bête que la moyenne n’utilise la crédulité de ses contemporains pour leur soutirer des informations sensibles. Les extensions qui vous proposent de faire transiter vos informations de facebook à twitter ou flickr (en général assez mal, d’ailleurs) via Wave, sont-elles seulement sûres ? Rien ne l’est moins.

4. Tais-toi et rame !

Je pensais finir sur une note optimiste en saluant la prouesse technologique. Mais il faut se rendre à l’évidence. Google Wave suffoque n’importe quelle machine, épuise tous les navigateurs web (y compris Google Chrome). La page d’accueil de Google Wave représente près de 4 Mo de données à télécharger (dont 400 ko de scripts). Elle prend entre 5 et 10 secondes à charger avec un navigateur dernière génération. La transmission en temps réel des caractères représente à peu près 1 ko par touche tapée, soit un rendement de 1 pour mille. Vingt ans après, Google invente l’IRC le moins efficace de sa génération. Bref, Wave est une infâme usine à gaz, une pompe à Shadoks, un rocher de Sisyphe. Google Wave, c’est les performances du Minitel avec les technologies du web 2.0. Google Wave, c’est la plus belle roue carrée jamais réinventée. Google Wave, c’est une réécriture complète de NCSA Mosaic en HTML. En somme, c’est une solution alambiquée à un problème qui n’existe pas. C’est très geek, c’est très beau et c’est très inutile.

conversation

Les doigts dans le pot de confiture

Gonzague a attrapé des blogueurs influents en flagrant délit de petit mensonge. En payant des blogueurs, les annonceurs tentent, paradoxalement, d’acheter de l’amateurisme. En retour, nous lecteurs sommes en droit d’exiger un peu de transparence.

La recette pour faire du buzz ? Se taper quatre blogueurs influents d’un coup. Plusieurs billets échangés. Dont une vidéo. Avec de l’amitié, de l’argent… mais pas de sexe.

Et puis, il faut avouer qu’il est mignon quand il s’énerve. :-p