L'emmerdant, c'est l'union

« L’élection présidentielle de 2012 se gagnera […] au premier tour. Autrement dit, celui des deux candidats, de gauche ou de droite, qui aura le plus rassemblé son camp avant le scrutin présidentiel aura de fortes chances de l’emporter, soit parce qu’il sera face à Marine Le Pen, scénario hélas le plus probable, soit parce qu’il aura obtenu un score élevé au premier tour et aura donc créé une dynamique suffisante pour gagner le second.

C’est le bête et implacable raisonnement arithmétique qu’impose notre scrutin majoritaire à deux tours. On peut regretter qu’il en soit ainsi, qu’il ne nous soit plus permis de faire un “choix de cœur” au premier tour. Mais c’est comme ça. »

Lettre ouverte d’un électeur à tous ceux qui font de la politique à gauche

La gauche espère nous refaire le coup du Programme commun. Ce fut une stratégie très efficace mais elle mit dix ans à porter ses fruits. Je crains qu’une petite année ne soit suffisante à cette armée en déroute et sans chef qu’est le PS pour reconquérir le pouvoir. C’est fort dommage car j’aimerais bien ne pas avoir à choisir entre Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy. La dernière fois qu’un tel non-choix m’échût, j’ai voté Chirac ; la prochaine fois, je resterai chez moi.

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Priape d'Or : le grand prix de la phallocratie décomplexée

L’inculpation du directeur du FMI – Dominique Strauss-Kahn – ne vous aura sans doute pas échappé. Si comme moi vous succombez de temps en temps au flux hypnotique des informations en direct de New-York, vous en savez même beaucoup trop. Tout et son contraire a été dit. La quantité d’informations factuelles déversée par les médias est inversement proportionnelle à ce qu’on sait vraiment de cette triste affaire. Si j’ai bien une opinion sur ce qui a pu se passer dans la suite 2806 du Sofitel, je me garderai bien de donner une quelconque conviction, de peur précisément d’être démenti par les faits.

Si la couverture médiatique de cette affaire est à peine supportable, il est un phénomène, en revanche, qui épuise rapidement ma patience. En effet, pour défendre l’honneur d’un homme, certains – alors qu’on ne leur demande rien – ont fait le choix de salir l’honneur d’une femme. Certains mettent en doute la probité de la victime présumée. D’aucuns évoquent à mot couvert sa beauté, trop grande pour être honnête. D’autres encore insinuent que finalement, elle l’a un peu cherché.

Parmi les éditorialistes et plumitifs dont la presse française traditionnelle regorge, qui sont tous bien sûr blanc, mâle et hétérosexuel, la perversité (à moins que ce ne soit une maladie mentale) est à son comble. Pour défendre son ami (bien qu’il soit ami avec tout le monde), Bernard Henri-Lévy par exemple émet des doutes lourds de reproches sur la compétence et les intentions de la supposée victime. Mais la plus belle phrase cette semaine, la plus idiote, la plus crassement bête, c’est Jean-François Kahn qui l’a prononcée. Avec une légèreté scandaleuse, après un ricanement, il a qualifié l’affaire de « troussage de domestique ». Circonstance atténuante, il s’en est excusé par après.

J’ai cherché s’il existait un prix parodique remis au phallocrate le plus décomplexé, au machiste le plus vulgaire, au misogyne le plus fat. Malheureusement, je n’ai pas trouvé qu’une telle cérémonie ironique ait jamais été célébrée. À l’instar du célèbre blogueur Maitre Eolas et son prix Busiris, il est donc temps de définir un nouveau prix décerné aux phallocrates les plus doués. Il y a, tout comme le Busiris, deux conditions. Pour être récompensé, le récipiendaire doit tenir un propos public (par écrit ou parole) exhibant la plus profonde bêtise phallocrate, c’est-à-dire validant la domination des femmes par les hommes, mais il doit le faire au premier degré sans aucune intention humoristique et de préférence sans s’en apercevoir. C’est là le but du prix : rappeler à l’impétrant qu’il n’a aucun mérite ni aucune dignité particulière à posséder un pénis et que l’appendice sus-nommé ne lui donne pas le droit de traiter les femmes comme des enfants ou des meubles.

Il reste à donner un nom à ce prix. Je pensais à Priape, cette divinité mineure, grotesque et dotée d’un énorme sexe. La mythologie grecque lui prête une haine féroce des ânes. Il a donc le profil. Pour son troussage de domestique, J.-F. Kahn est le premier Priape couronné.

Retrouvez la chronique hebdomadaire de mes grands combats sur le podcast « On a toujours raison » !

Souvenirs du 10 mai 1981

François MitterrandJe suis un bébé Mitterrand. J’ai un peu plus d’un an quand il arrive au pouvoir. Quand j’étais enfant ou jeune adolescent, le pape s’appelait Jean-Paul et le président de la République s’appelait François, comme si leur nom était attaché à leur fonction. Si sa politique économique a été mauvaise, bien que très généreuse, son mandat a été particulièrement important sur le plan social et symbolique : abolition de la peine de mort, libéralisation des médias, décentralisation, abrogation du délit d’homosexualité. Ces décisions importantes ont conforté une mythologie de gauche qui a fini par donner l’impression que Giscard avait été Pinochet. Ce mythe a toujours eu le don de me faire rire, au point que j’ai développé une certaine affection pour ce dernier. Aujourd’hui encore, ils sont nombreux à gauche à attendre le prochain Mitterrand.

Le meilleur candidat de gauche, le nouveau Mitterrand, se pourrait-il que ce soit Dominique Strauss-Kahn ? Comme son illustre prédécesseur, il a trempé dans quelques coups tordus comme l’affaire de la MNEF, l’affaire Elf et l’affaire Méry (de manière particulièrement rocambolesque pour cette dernière). Mitterrand était issu de la bourgeoisie conservatrice. DSK est à la tête d’une confortable fortune personnelle, même s’il a adopté les goûts automobiles des plus vulgaires parvenus. C’est un trait qui le rapproche plus de l’actuel président Sarkozy que du défunt Mitterrand. En revanche, ses mœurs licencieuses – qui ont bien failli lui coûter sa place au FMI – lui font indubitablement un point commun avec le grand homme. Aussi queutard et tricheur que Mitterrand, aussi bling-bling que Sarkozy, DSK est donc une sorte de synthèse de l’époque. Ce qui en fait un excellent candidat.

Pourtant, si je devais risquer un pronostic, je dirais que les mêmes raisons qui poussent à rejeter Sarkozy causeront tout autant la défaite de DSK. Heureusement qu’il y a une troisième candidate. Oh, wait…

Justice est faite

« [I]l convient d’affirmer que la mort de Ben Laden revêt bien, mais oui, une dimension morale. Non parce qu’elle était souhaitable, mais parce que son annonce apporte un soulagement, un apaisement qui devraient permettre de clôturer cette décennie comme on achève un long premier chapitre. Si ça n’est pas de la justice, ça y ressemble. »

Ben Laden : oui, il faut parler de justice. Rubin.

Ben Laden se prétendait soldat. Il a péri en soldat. Il n’y a rien là pour se réjouir. Il n’y a rien d’infamant non plus.