Police partout, justice nulle part

Je ne vais pas vous parler de la police qui arrête les méchants, ni du fameux groupe de rock. Car voyez-vous, il y a des choses beaucoup plus importantes dans la vie. Il y a la typographie. Alors, j’entends déjà certains me dire qu’une police de caractères, c’est assez accessoire. Vous lancez Word et vous avez la police Times New Roman par défaut. C’est très bien comme ça. Tout le monde a l’habitude, après tout.

Non. Une police de caractères bien choisie, c’est très important. Vous ne voudriez pas rédiger une facture ou une assignation judiciaire en Comic Sans MS, quand même ? Avouez que ça manque un peu de classe. Ce serait dommage d’envoyer des signaux contradictoires au destinataire du message. La typographie, c’est le premier medium de votre texte, c’est de la science, c’est de l’histoire, c’est de la culture, c’est de l’art, putain ! C’est un moyen d’ajouter une certaine élégance, un certain charme. C’est aussi une affaire de goût.

J’étais justement en train de réfléchir à la mise en page d’un site web. Je vous rassure, rien de formidable, rien de nouveau, pas de hype ou de truc à la mode. Non, c’est pour mon travail et je travaille dans un monde sérieux. Ce qui n’empêche pas un minimum de goût. Un collègue fort aimable m’a d’ailleurs bien aidé à repenser la mise en page. C’est plus clair, aéré, lisible. Je pensais néanmoins que la police par défaut était un peu tristounette.

Sa réponse : « Police Arial partout SVP »

Alors d’abord, police partout, justice nulle part. Ensuite, parce que j’aime bien faire des blagues aux collègues mais il y a des limites, il faut quand même admettre que si le site en question doit être un peu plus sexy qu’un symposium de médecine légale en Silésie, il ne faut pas non plus abuser des enrichissements typographiques. On évitera le style trop chargé, du genre « j’ai découvert qu’on pouvait changer la police avant-hier et depuis, j’en mets partout ».

Mais quand même, une petite Futura ou Century Gothic bien moderne, ça ne mange pas de pain. Si d’aventure le visiteur ne possède pas cette police ou dispose d’un navigateur trop ancien, on se rabattra sans enthousiasme sur Helvetica ou sa mauvaise copie, Arial. On va mettre Century Gothic. C’est joli et tout.

Vous ne voyez pas très bien ou je veux en venir ? Vous n’êtes pas sensible au charme désuet de Garamond ? Vous ne sentez pas dans Futura le modernisme allemand genre Bauhaus ? La lisibilité de Palatino vous laisse froid ? Si je vous dis Hermann Zapf ou François Didot, ça ne vous évoque rien ? C’est bien triste. Vous n’avez aucun goût, en fait ?

Seulement voilà. Century Gothic sous windows, ça a l’air un peu dégueulasse. Bon bah, on va mettre Arial, alors…

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La journée mondiale des toilettes. Bullshit ?

Je suis tombé sur un article de Vers l’avenir – presse de qualité – qui m’a énervé, m’a fait crier, hurler et surtout rire. Aux larmes, bien sûr. L’article est intitulé : « 30 % de notre facture d’eau file dans les W-C ».

Je vous livre l’introduction (le chapeau, comme on dit) :

« Vendredi [c’est-à-dire aujourd’hui], c’est la journée mondiale des toilettes. L’occasion de se pencher sur un problème bien trivial s’il n’était un gros souci environnemental. »

On nous explique donc que toute cette eau gâchée est un grave problème, que c’est la Nature, les oiseaux et les bébés phoques qu’on assassine. En effet, « par an et par personne, 15 000 litres d’eau potable juste pour jeter nos crottes ! », s’exclame Aline Wauters, animatrice à la Maison du développement durable, à Louvain-la-Neuve. Quel dommage. Mais que faire ? Les toilettes sèches, bien sûr ! « Réservées jusqu’il y a peu à un public ultra-confidentiel, elles commencent à percer. » J’espère qu’elles ne percent pas trop…

« On enregistre un véritable boom des toilettes sèches grâce aux festivals de musique », s’enthousiasme la brave Aline.

Car les toilettes sèches, c’est formidable. C’est festif, c’est jeune, c’est « un mode de vie global ». J’oserais dire un mode vie total. Car non seulement on économise de l’eau, mais les toilettes sèchent permettent de réutiliser les excréments !

Aline termine sur cette phrase formidable :

« On traite aujourd’hui ce qui sort de notre corps comme un déchet. Or qu’est-ce que c’est? Ce sont les restes de notre pomme, de notre tartine, c’est le cycle de la vie. Les enfants adorent le principe de la toilette sèche, leur caca permet aux fleurs de pousser. C’est merveilleux pour eux. »

C’est vraiment merveilleux, en effet. Sauf qu’un rapport du PNUD (en 2006) nous explique que plus d’un milliard de personnes se voient refuser le droit à l’eau potable, tandis que 2,6 milliards n’ont pas d’installations sanitaires adéquates.

« Chaque année, 1,8 millions d’enfants meurent de diarrhée qui pourrait être évitées avec l’accès à l’eau potable et à une toilette ; 443 millions de jours de scolarité sont perdus à cause de maladies liées à l’eau ; et presque 50 pour cent de toutes les personnes se trouvant dans des pays en développement souffrent à un moment donné d’un problème de santé causé par une pénurie d’eau et d’installations sanitaires. »

La petite litanie sur le gaspillage, dans un pays (la Belgique) qui comme chacun sait manque cruellement d’eau (> 50 L/m2 ces derniers jours), commence doucement à me gonfler. Non, la journée mondiale des toilettes n’est pas l’occasion de se pencher sur un problème trivial. Non, les toilettes ne sont pas un « sérieux problème environnemental ».

La réalité, c’est que des milliards de gens vivent dans leur merde. C’est ça le sens de la journée mondiale des toilettes. Ça et pas les conneries écolo-bobo des culs propres européens.

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Photo CC by-nc-sa par nitot

De l'inconvénient d'être le meilleur

George Best ne s’est pas illustré que sur les terrains de football. Élégie pour un champion.

Best et l’argent : « J’ai dépensé beaucoup d’argent pour avoir de l’alcool, des filles et de grosses voitures. Le reste, je l’ai simplement jeté par la fenêtre. »

Best en Californie : « J’avais une maison au bord de la plage. Mais pour aller à la plage, il fallait passer devant un bar. Je n’ai jamais vu la mer. »

Best a lu Bergson : « En 1969 j’ai abandonné les femmes et l’alcool. Ça a été les vingt minutes les plus dures de ma vie. »

Best, un citoyen du monde : « J’ai beaucoup voyagé durant ma carrière. J’ai fait Miss Canada, Miss Angleterre, Miss Monde. »

Best aime bien David Beckham : « Son pied gauche ne lui sert à rien, il est mauvais de la tête, il ne sait pas tacler et il ne marque pas souvent. A part ça, il est pas mal. »

George Best, le hussard rouge
Le Ring

Pourquoi je n'écrirai pas sur @megaconnard

Je voudrais dénoncer aujourd’hui, avec la plus grande véhémence, l’intolérable scandale qui est apparu sous mes yeux à l’instant même où je commençais à écrire cet article. En effet, après avoir constaté qu’après plus d’une heure, ma page (enfin, mon ordinateur mais vous avez compris) était toujours vierge, j’ai soudainement réalisé que je n’avais aucune inspiration. Cette situation m’a d’abord profondément attristé, avant que je ne m’aperçoive que ce n’était pas un problème et que je pouvais tout simplement écrire sur ce sujet : je n’ai pas d’inspiration.

Le scandale est tout autre et je vous ai bien eu en rédigeant ce premier paragraphe. Le scandale, mesdames et messieurs, c’est que je n’ai également aucun talent. Je ne pourrais donc pas vous divertir en vous parlant de mon manque d’inspiration. Et cela m’attriste. J’ai cherché des raisons de vous infliger malgré tout mes divagations quand j’ai compris que mon absence de talent n’était pas, en elle-même, une raison suffisante pour cacher mon manque d’inspiration. Après tout, des gens beaucoup moins intelligents que moi s’expriment sur des sujets beaucoup moins graves comme ils leur passent par la tête. Vous souffrirez donc, j’en suis sûr, que je vous entretienne d’un sujet d’une cruciale importance : moi.

J'aime être un conard

Le scandale est en fait tout autre et je vous ai bien eu en écrivant ce deuxième paragraphe. Car le scandale, mesdames et messieurs, n’est pas que je n’ai ni inspiration ni talent. Ce problème est tout à fait surmontable. Il suffit pour s’en convaincre de regarder la télévision. Le vrai scandale, qui devrait je pense vous révolter tout comme moi, c’est qu’il y a des gens qui ont beaucoup plus de talent que moi. La voilà, la révoltante vérité ! Elle montre enfin son hideuse figure, l’ignominieuse certitude !

Hélas, il n’y a pas grand chose que je puisse faire pour remédier à cette regrettable situation. Il faudrait convaincre les gens qui ont du talent d’arrêter de s’en servir. Ce serait très gentil de leur part et je suppose que quelques-uns, en écoutant ma supplique, seraient même heureux d’y avoir égard. Il n’empêche que la plupart des gens talentueux ne consentiront pas à cesser leur détestable habitude d’être meilleurs que moi. Peut-être certains accepteront d’avoir comme moi moins d’inspiration. Ils seraient d’ailleurs très aimables de m’envoyer un sujet pour me permettre de le traiter à leur place. Merci déjà.

En attendant, et comme il n’y a pas dans ce que je viens de dire un scandale digne des gazettes, et que je vous ai donc bien eu en écrivant les paragraphes précédents, j’ai décidé de continuer à m’épancher toutes les semaines et de rassembler ces chroniques en un réceptacle digne de l’absence momentanée de mon inspiration et de l’absence définitive de mon talent, c’est-à-dire, comme tous les gens dans le même cas, sur mon blog.

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Ciel, mon mari est community manager !

Je trouvais qu’il passait de plus en plus de temps sur Twitter et Facebook. Je commençais à trouver ça très louche alors j’ai commencé à le surveiller discrètement. Mes soupçons ont été confirmés quand il a commencé à parler de marketing, de cible, de trafic, de clics et toutes ces sortes de choses.

— Dis donc, chéri, tu passes beaucoup de temps sur le web, ces temps-ci…

— Oui, j’anime la communauté d’Akamusic et j’essaye de vendre des disques.

— Tu fais du marketing, quoi ?

— Oui mais sur le web. À travers les réseaux sociaux, tu vois ?

— Ça ressemble furieusement à du community management, dis moi.

— Bah oui, c’est ça. Je community manage, en fait.

— Quoi ? Tu veux dire que tu es une pute comme le dit si bien Thierry Crouzet (qui n’a rien à vendre, lui) ?

— Non, pas du tout. Akamusic a un métier basé entièrement sur la communauté et le réseau. C’est assez logique d’animer cette communauté, non ?

— Mais tu as plein d’autres clients à qui tu revends ton influence ? Tu n’as pas peur de vendre du vent, à l’inverse de ce grand professionnel de Genaro Bardy ?

— Aucun risque, je bosse exclusivement pour Akamusic. Le community management, on ne peut le faire qu’en étant intégré complètement à la stratégie de l’entreprise. Il faut adhérer aux valeurs, aussi. Sinon ça ne sert à rien. Comme toutes ces vilaines campagnes de blog marketing qui pourrissent la blogosphère.

— Tu veux dire que tu fais juste du marketing mais sur les réseaux, en fait ?

— Voilà, c’est ça. J’essaye de le faire honnêtement et c’est pas facile.

— Tu es bien obligé de mentir, quand même ? C’est comme ça qu’on vend des choses, non ?

— Sur les réseaux sociaux, ça devient compliqué de ne pas être transparent. Tu penses vraiment qu’on peut encore cacher quelque chose sur Facebook ?

— Non, c’est vrai. Mais alors, tu vas devoir passé ton temps sur Facebook ?

— Oui. Désolé chou.

— Ciel, mon mari est community manager !