Souvenirs de Pine Point

J’ai trouvé ce documentaire chez Dooce : une fascinante collection de souvenirs sur la ville minière de Pine Point (Canada), qui a littéralement disparu en 1988 quand la mine a fermé. A-t-elle vraiment existé ? Allez voir par vous mêmes.

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Si toi aussi…

Si toi aussi, tu penses aux révolutions arabes. Si toi aussi, tu penses que ces gens là n’ont jamais connu la démocratie, qu’il n’en sont pas capables. Si toi aussi, tu penses que le choc des civilisations, c’est trop vrai, quoi. Si toi aussi, tu penses que l’avenir du monde arabe, c’est la charia, la burka et basta. Si toi aussi, tu espères que les affaires vont reprendre très vite parce que tu as réservé deux semaines à Djerba cet été. Si toi aussi, on t’entend pas trop en ce moment… et bien tu peux continuer à fermer ta gueule. Merci.

Indigne paradoxe

« Des artistes qui cherchent et ne trouvent rien (au contraire de Picasso qui déclarait superbement « je ne cherche pas, je trouve »), des révolutionnaires qui s’en prennent au monde plutôt qu’au mal, des idéologues à qui l’humanité ne convient pas car elle déborde le cadre de leur « idéal », des nihilistes qui rejettent Dieu à cause de la souffrance des enfants mais qui ne font rien pour ces enfants, des juges qui ne veulent juger que d’eux-mêmes et qui mettent à mort la transcendance (qui seule permet le jugement), telles sont les figures de l’homme de la fausse indignation – soit l’homme du ressentiment. Faire semblant de souffrir pour les autres, se réjouir secrètement de tous les maux qui permettent d’accuser la vie, glorifier sa propre (in)suffisance, voilà donc comment fonctionne celui qui, avant toutes choses, ne supporte pas que l’on se défende réellement contre ce qui nous menace. Car l’homme du ressentiment ne veut surtout pas que quelque chose s’arrange et puisse discréditer son indignation – comme ces humanitaires qui seraient bien malheureux si le monde ne l’était plus. L’homme du ressentiment a besoin du mal pour se sentir utile – tel Tobias Mindernickel, ce personnage d’une nouvelle de Thomas Mann, qui n’est heureux que lorsqu’il console son chien, et qui, pour ce faire, le bat, le fait gémir, le console, le rebat, le refait gémir, le reconsole, et à la fin, le tue. »

Du bon et du très mauvais usage de l’indignation
Pierre Cormary

Carnaval des amoureux

Charles Bricman a lancé le mouvement, voici le résultat :

[Lettre à la Belgique] J'ai attrapé quelque chose

Je l’ai attrapée sans m’en rendre compte. C’est peut-être en me baladant au bord de la Meuse ou de l’Escaut, à Bruges ou à Ostende qu’elle m’est tombée dessus. C’est peut-être la faute à l’humidité. Ou bien c’est l’air de la région. Il n’est pas toujours assez gris pour se pendre mais il faut admettre que ce ciel a un drôle d’air. Je suis né à Brest alors je m’y connais.

Et si c’était la nourriture ? J’en ai sans doute trop mangé, de ces stoemp, ces potjevleesch, ces carbonnades, ces frites, ces boulettes. Je me suis peut-être empoisonné, à la longue. Et pourtant je suis français, je devrais être mithridatisé, non ?

C’est peut-être dans les salles surchauffées de quelque bar bruxellois ou d’un modeste estaminet flamand qu’elle m’a été inoculée. La promiscuité, allez savoir. Ou alors ce sont ces drôles de sons qui emplissent les gorges, ces i qu’on ouvre, ces r qu’on grasseye, ces g qu’on gutturalise. Je fais mon possible pour garder mes u les plus pointus mais j’ai bien peur que ce soit un peu contagieux.

Oui, c’est fort possible que ce soient les gens, en fait. Ce n’est pas tant leur art de vivre que leur façon de rire et de s’ennuyer. Je crois que c’est plus une maladie de l’esprit que du corps. Mince. J’ai bien peur que le cerveau soit touché.

Il faut que je vous décrive les symptômes. C’est une sorte de gaieté triste, qui vient par vagues. J’ai comme une nostalgie, un sentiment de petitesse et de finitude. Mais très léger. Je vous jure que pour un français, ça fait bizarre.

À chaque tempête, à chaque fois que le temps passe à l’orage, j’ai comme une douleur à la poitrine. Mince. Voilà que le cœur est touché.

J’ai attrapé une maladie d’amour, on dirait. J’ai attrapé la Belgique.

Sur une idée de Charles Bricman.

Touitter

« J’ai vu les plus beaux esprits de ma génération détruits par la brièveté, l’hyper-connectivité, émotionnellement avides d’attention, trainant dans des communautés virtuelles à trois heures du matin, entourés de pizzas défraichies et de rêves négligés, cherchant un sens, n’importe quel sens, des hipsters coiffés du même chapeau brûlant de trouver la même approbation sceptique à travers la dynamo holographique et technologique de l’époque, blessés par les connexions faibles et la récession, sans but, s’asseoir, micro-conversant dans les ténèbres surnaturelles de cafés avec wifi, flottant par dessus les villes, contemplant la techno, dénuder leur cerveau jusqu’au vide noir des nouveaux médias, des leaders d’opinion et autres prétendus experts, traverser leurs médiocres études universitaires avec des yeux rayonnants et malicieux, hallucinant des décors de Seattle à la Tarantino en écoutant des professeurs de la culture populaire disserter sur la guerre et le changement, abandonner pour suivre leur muse créative, accrochant des fanzines et des œuvres d’art obscènes aux fenêtres de l’internet, s’accroupir dans des chambres miteuses en sous-vêtement superman ironique, brûlant leur argent dans des poubelles années 80 et écoutant Nirvana à travers des murs fins comme du papier, être fouillés avec leur barbe grunge dans le métro à la station Shinjuku, manger numérique dans des hôtels ripolinés ou boire de la colle blanche dans quelque allée secrète, la mort ou scarifier leur torse de tatouages pour remplacer leurs rêves finissant en cauchemar car il n’y a pas de rêve dans la Nouvelle Immédiateté, incomparablement aveugles à la réalité, inventant la nouvelle réalité par des créations creuses projetées sur des écrans lumineux. »

Tweet, de Oyl Miller (d’après Allen Ginsberg)

Le mariage homosexuel en débat

Dans un récent article sur la décision du Conseil constitutionnel français à propos du mariage homosexuel, Anne-Marie Le Pourhiet, professeur de droit public, reprend l’argument classique des opposants à l’évolution du droit. En somme, le mariage est une institution basée sur la différence sexuelle des époux et ne saurait consacrer l’union de deux personnes du même sexe. Au lieu de revenir sur les comparaisons et allusions douteuses de ce texte, à la limite de l’ordure, que relève fort justement Bruno-Roger Petit dans son article sur les vieilles ficelles de l’homophobie, je voudrais plutôt m’attarder sur le fond de l’argument.

Le mariage est en effet conçu comme la fondation d’une institution indispensable à nos sociétés : la famille. À une époque où tout le monde se mariait, il avait l’avantage de codifier tout à la fois les règles de vie commune, de solidarité entre époux, la répartition du patrimoine, la filiation, la transmission entre générations, etc. Cette fonction sociale très importante explique sans doute, comme le rappelle Eolas, que le code civil contient entre 200 et 300 articles relatifs au mariage.

Mais si la famille est toujours une institution indispensable, ne serait-ce que pour l’éducation et le bien-être des enfants, il faut reconnaître que le mariage n’est plus aujourd’hui la règle. Il est même en voie de disparition accélérée. Les divorces sont plus nombreux que les mariages et les nouveaux mariés seront de plus en plus nombreux à divorcer à l’avenir. Les familles se recomposent, sans forcément faire appel à l’institution traditionnelle. Le mariage n’est plus dans nos sociétés la fondation de la famille.

Si le mariage disparait, la vie en couple semble bien continuer sans lui. Les couples sont de plus en plus nombreux à privilégier des formes plus légères de contrat. En France, le concubinage et le PACS sont des dispositifs en vogue des nouvelles pratiques familiales, bien qu’ils soient souvent des pis-aller. Ainsi, on observe que la société, faisant de la philosophie du droit sans le savoir, préfère une approche contractuelle plus souple à une institution traditionnelle jugée dépassée.

Le mariage n’est pas encore débarrassé de son aspect institutionnel en droit mais il semble bien qu’il le soit en fait. Il est donc logique de le rapprocher des autres formes de contrat. Si l’on choisit cette approche philosophique, la condition de différence de sexe entre époux est nettement moins défendable. Pourquoi refuser à deux personnes consentantes la protection du mariage, qui permet de protéger le conjoint survivant et les enfants, quand les autres formes de contrat ne le peuvent pas ? Pour quelle impérieuse raison, alors que le mariage n’est plus l’institution qu’il fut, peut-on encore refuser à deux hommes ou deux femmes la liberté de s’unir ?

En Belgique, où l’on a pourtant l’art de trouver des controverses pourvu qu’elles soient linguistiques ou communautaires, voilà bien une question réglée depuis longtemps : on s’y marie entre hommes ou entre femmes depuis huit ans.

Balade dans la blogosphère bruxelloise

Faire une sélection de sites façon carte de métro. Déjà vu, non ? Oui mais c’est joli et chiant à faire. Alors quand Florence en a fait une pour la blogosphère bruxelloise, je me suis dit que cela valait le coup. Surtout que je suis dedans. J’ai même fait des découvertes, c’est dire.

Une excellente idée de balade pour ce weekend.

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