Des étudiants profitent du système pour réussir un examen

La mésaventure de Peter Fröhlich, professeur à l’université Johns Hopkins à Baltimore, est assez savoureuse. Pour l’examen final de son cours d’introduction à l’informatique, il a été obligé de donner à tous ses étudiants la meilleure note. Son système de notation, en vigueur depuis des années, était le suivant : à l’examen final, tous les étudiants sont classés par ordre décroissant et le premier obtient automatiquement un A, c’est-à-dire 100%. Toutes les autres notes sont donc en rapport avec le meilleur résultat de la session. Ce système de notation permet de récompenser les meilleurs et de comparer facilement les étudiants.

Malheureusement, dans la théorie des jeux, ce système de notation possède deux équilibres. Le premier équilibre est le plus stable, le plus simple et celui auquel le professeur et les étudiants s’attendent : tous les étudiants prennent part à l’examen et plus l’étudiant est bon, plus il a intérêt à participer. Le deuxième équilibre, instable, est plus difficile à prévoir : tous les étudiants refusent de participer à l’examen et sont évalués à 0. Cette note devient donc la meilleure de la session et tous les étudiants reçoivent un A. Cet équilibre est instable car tous les étudiants doivent refuser de passer l’examen et être certains que tous les autres étudiants refusent aussi.

C’est ce qui s’est produit lors du dernier examen de décembre. Les étudiants se sont organisés pour boycotter l’examen. Le professeur, beau joueur, leur a tous donné la note A. Il a décidé de changer de système de notation.

Via Gaming the System, par Catherine Rampell

Publicités

Comment lancer un magazine (et gagner de l'argent)

“Last fall, Marco Arment launched a general interest magazine. It’s called, aptly enough, The Magazine. Writers are paid $800 per article. There are no ads. Until recently, it was available only via iPhones and iPads. Astonishingly, it’s already turning a profit.”

How To Start A Magazine (And Make A Profit), by Jacob Goldstein

The Magazine est un bimensuel. Il a acquis en cinq mois 25.000 abonnés, qui payent tous les mois 2$. Le chiffre d’affaire mensuel est de 35.000$ et chaque édition nécessite environ 10.000$. Ces coûts incluent le rédacteur en chef, les illustrateurs et photographes. Les auteurs sont payés 800$ pour 1500 mots. Rentable. Sans subvention.

Via John Moltz.

[addendum] « Pas de circuit de diffusion coûteux et peu efficace à gérer, un prix bas, l’habitude de faire un journal pour ses lecteurs et non pour les journalistes et surtout, un oeil posé non stop sur l’audience. » Un quotidien national qui cartonne sur le papier en 2013 ? Si, c’est possible ! par Erwann Gaucher

Cabotage scientifique par gros temps

Dans le débat sur l’ouverture du mariage civil aux personnes de même sexe qui a lieu en France, il faut reconnaitre que les catholiques conservateurs sont de valeureux adversaires. Minorité en voie d’extinction, ils sont à l’avant-garde de la bataille, servant commodément d’épouvantails, de supplétifs ou d’armée de réserve. Ils ont soulevé de nombreux arguments contre cette ouverture, certains de bonne foi. L’affaire était pourtant assez mal engagée. Il semblait difficile de rallier un nombre important de Français autour d’une défense ringarde du patriarcat. L’opposition a donc déployé beaucoup d’ingéniosité pour éviter de parler du fond du problème : l’égalité en droit des homosexuels.

L’une de ces ficelles les plus habiles, c’est la défense des enfants. L’évocation de bambins en danger est un moyen efficace pour recevoir de l’attention et se donner le beau rôle. Malheureusement, il ne suffit pas d’en appeler au secours de l’enfance, la larme à l’œil, pour gagner un argument. Il faut prouver que les enfants sont effectivement en danger. On quitte là le doux rivage du Droit pour les mers déchainées de la Science. C’est mon domaine.

Appareillez la barque et montez donc à bord avec moi dans l’article de Koz. N’ayez crainte, ce n’est pas très profond. L’auteur commence par une touchante évocation de son fils : « Il se contente de célébrer un état de fait. La situation dont il bénéficie, celle qu’il voit autour de lui. »

Le lecteur se félicitera de savoir que ce jeune enfant reconnait son papa et sa maman. Avec cet échantillon scientifique peu représentatif, disons que nos pieds font trempette sans même mouiller l’ourlet du pantalon. L’auteur, bien conscient de l’impact limité de cet argument, se fait fort de démontrer qu’avoir un père et une mère, c’est effectivement bon pour un enfant : « On nous demande de démontrer ce que l’on n’a jamais imaginé contestable, de justifier que ce serait réellement bon pour l’enfant, que cela lui serait nécessaire, qu’il bénéficierait de cette altérité, de cette complémentarité. »

Malheureusement, sur les flots impétueux de la Science, rien n’est incontestable et tout doit être démontré. Juché sur la hune, vous pouvez crier aux étoiles que la Terre est plate. Elles n’en ont cure. S’en suit donc un argument d’autorité : « La complémentarité du père et de la mère n’est ni une lubie, ni un lieu commun, ni une convention sociale, ni une habitude, et pas davantage une modalité d’éducation alternative. Non, c’est une réalité constatée et éprouvée. »

Le lecteur se demandera par qui et dans quel contexte cette réalité intangible pluri-millénaire a-t-elle été constatée. Probablement pas chez les Na du Yunnan. Heureusement, l’auteur a trouvé des vrais scientifiques avec des vraies publications pour appuyer sa thèse. Par exemple, des chercheurs indiquent que : « les interactions mère-enfant ne sont pas équivalentes aux interactions père-enfant. »

Cette assertion est appuyée sur une série d’études publiées, puis l’idée est développée par l’auteur. Nous sommes au milieu de la mare : le fait qu’un père joue avec son enfant aura une influence sur l’attachement de ce dernier. La qualité de cet attachement aura une influence sur la sociabilité de l’enfant puis de l’adulte. L’attachement d’un nourrisson est plus fort envers sa mère, qui le nourrit, que son père. On rame, on approche enfin. Il n’y a que trois nœuds de fond mais on navigue !

Koz nous régale avec de nombreuses études sur la dynamique binaire entre père et mère, leur complémentarité et son caractère épanouissant : « père et mère n’apportent pas les mêmes ressources à leur enfant, et de fait, représentent tous deux des figures d’attachement importantes. »

Serions-nous arrivés en pleine mer ? L’auteur a-t-il finalement démontré que les couples homosexuels sont dangereux pour les enfants ? Hélas non. La mare est bien trop petite. Si l’auteur a démontré que dans les couples hétérosexuels, les rôles du père et de la mère sont différenciés et complémentaires, il a fait la lourde erreur de tirer de ces observations une conclusion naturaliste voire finaliste : « cette complémentarité du père et de la mère correspond aux besoins de l’enfant. » Comme la gouttière correspond à la pluie ou le chat à la souris ?

Se pourrait-il que d’autres constructions sociales permettent d’élever des enfants épanouis ? A-t-on comparé l’efficacité de ces constructions alternatives dans les couples homosexuels qui élèvent des enfants ? Comment se construit la dynamique affective dans ce cas là ? Koz n’en dit rien, il a abandonné le navire : « il s’agit là de l’observation d’une réalité, pas de quelque idéologie avide de faire correspondre la société à une hypothèse préétablie, de remodeler l’homme et la femme selon quelques théories du genre. »

Patatras, nous retournons sur le rivage, à peine mouillés mais un peu nauséeux.