Catégorie : Politique

  • Hugo Chavez et les Juifs

    L’arrivée de Hugo Chavez au pouvoir au Venezuela m’avait ravi. L’idée que les plus pauvres se réapproprient un peu des richesses du pays me semblait fort louable. En plus, il avait été élu démocratiquement. Au grand dam de la CIA qui avait bien failli le dégommer. Ce côté politique sud-américaine vintage m’avait plu.

    Quand j’ai lu ça :

    “Imagine you’re a Jew living in a country where you don’t feel safe practicing your religion.

    Imagine your place of business being smeared with anti-Semitic messages, your synagogue attacked and desecrated, and the school your children attend raided on trumped up suspicions of conspiracy.

    Imagine the media calling for your people’s expulsion, articles suggesting your religion is the root of the world’s ills.

    Imagine — perhaps worst of all — that these actions and messages are being sponsored by your own government.

    Now imagine you speak Spanish.

    Because what I’m describing isn’t pre-war Germany, but present-day Venezuela.”

    Chavez’ War Against the Jews

    Je crois que 1938 est un peu trop vintage pour moi.

  • Liquidation totale avant fermeture

    « Il n’est pas possible de négocier avec des nationalistes, parce qu’ils ne reviendront jamais sur un fait acquis pour eux (la “frontière linguistique”), et ne respecteront jamais les concessions qu’ils font (les facilités) si celles-ci ne servent pas leur idéal national. Négocier avec des nationalistes revient à grimper marche par marche un escalier mobile pour espérer monter dans un avion qui est déjà parti. »

    Belgique ou bien démocratie, à nous de choisir (Marcel Sel)

    Je considère que la nation peut être un cadre commode pour l’expression de la démocratie, quand elle est basée sur l’adhésion aux valeurs et non pas l’appartenance « ethnique ». La nation française ou la nation américaine se sont constituées, de manière littéralement révolutionnaire, sur des valeurs inclusives et pas sur le droit du sang. Même si, en France en tout cas, ces idéaux généreux ont été un peu dilués ces dernières années dans le sang impur et la méfiance de l’étranger, les nationalistes flamands n’ont en revanche aucun scrupule : ils bafouent les droits de la minorité francophone sans vergogne. Ils ont aussi contaminé une bonne partie du discours politique et des représentations, au point de rendre cette crise à la fois inévitable et insoluble. Il est temps de changer de perspective et de choisir radicalement le camp de la démocratie. Quitte à en finir avec la Belgique ?

  • Premier tour des élections régionales

    Voici trois articles qui analysent, assez différemment, les résultats du premier tour des élections régionales en France. Notez que comme leur nom l’indique, ces élections mettent en jeu des dynamiques locales particulières (voir les résultats en Languedoc, par exemple) ; on ne peut donc tirer que des conclusions générales.

  • Namur soutient le Belvédère

    Je vous avais parlé du Belvédère l’année dernière. C’est une salle de concert unique à Namur et dans la région qui remporte un beau succès avec une programmation très diverse, qui reflète les musiques actuelles. Malheureusement, la région wallonne a décidé de ne pas renouveler sa subvention à l’association Panama qui gère le lieu. Même si les choix budgétaires sont parfois difficiles en ces temps de crise, je regrette que la région (au travers de son ministre André Antoine) ne mise pas sur des projets gagnants.

    Bonne nouvelle, néanmoins : la Ville de Namur vient de décider d’accorder un subside exceptionnel de 10 000 € à l’association pour 2010. C’est encore insuffisant pour financer les trois permanents mais c’est un signe de confiance que l’échevine de la culture Anne De Gand et le collège communal adresse à l’association. Il reste à frapper aux portes des (nombreux) autres niveaux de pouvoir pour essayer de sauver tout le travail accompli.

    Le communiqué du cabinet De Gand

    Suite à la décision du Ministre de l’Emploi, Monsieur André ANTOINE, de ne pas renouveler les points APE de l’asbl Panama – « le Belvédère » -, malgré son succès incontestable, le Collège, sur proposition de l’Echevine de la Culture Anne DE GAND, proposera au Conseil d’allouer un subside exceptionnel de 10.000 € en 2010 sur ses budgets culturels, et ce en plus des 3.000 € déjà octroyés en 2009.

    Depuis son lancement en novembre 2007, Le Belvédère est soutenu activement par la Ville de Namur. Celle-ci a mis gratuitement le lieu à disposition et a entrepris divers travaux d’amélioration du bâtiment (nouvelle chaudière au gaz, étanchéisation du toit, …). Très rapidement, Le Belvédère est devenu le temple namurois des musiques actuelles et l’un des moteurs les plus dynamiques de la vie culturelle namuroise. Son rayonnement s’étend dans toute la Communauté française, voire en Belgique. Le travail de cette équipe passionnée est fructueux : sur deux ans, plus de 400 événements, plus de 200 artistes programmés et des milliers de visiteurs et de fidèles confirmés.

    Le Collège communal soutient Le Belvédère et souhaite voir vivre avec toujours autant d’intensité cette unique salle de concerts permanente à Namur. La Ville de Namur espère vivement que le Ministre ANTOINE puisse rapidement trouver une solution qui pérennise l’institution.

  • La république des blogueurs

    Un blogueur guadeloupéen a été arrêté et retenu pendant une heure par la gendarmerie vendredi dernier, durant la visite de Nicolas Sarkozy. Il a semble-t-il fait l’objet d’un contrôle d’identité un peu particulier. En effet, un inspecteur en civil, probablement des RG ou de la DST, l’a longuement questionné sur ses opinions politiques et ses motivations. Sur un ton fort civil, heureusement.

    J’entends déjà les cris outragés des esprits vigilants nous dire que la démocratie n’est plus, que Pétain est de retour ! Si ces exclamations sont exagérées, l’inquiétude qu’elles révèlent n’est pas sans fondement. Retenir aussi longtemps quelqu’un pour un contrôle d’identité, c’est assez sûrement déraisonnable et à la limite de la légalité. Il n’empêche que la situation en Guadeloupe est particulièrement explosive. Les manifestations sont très violentes et le maintien de la sécurité est une tâche ingrate, compliquée et très dangereuse. Pas étonnant, donc, que les services de l’État fassent tout pour éviter l’agitation.

    Mais la phrase qui m’a le plus surpris, on la trouve en conclusion (le gras est de moi) : « quand l’intérêt d’un individu, fusse-t’il le président, justifie que la police viole les droits des citoyens, quand l’arbitraire supplante le droit, on peut se poser des questions sur la santé de notre démocratie. » Je trouve cette dernière phrase étrangement déséquilibrée. Les 1500 gendarmes déployés là-bas pour l’occasion ne l’étaient pas uniquement dans l’intérêt d’un homme, qui jusqu’à preuve du contraire a été démocratiquement élu. En revanche, si des droits ont été bafoués (c’est le cas), c’est ceux d’un seul homme, dans le but de prévenir des débordements et de préserver l’intérêt du plus grand nombre. Je ne veux pas justifier par là une quelconque atteinte au droits fondamentaux de quiconque, je constate simplement une asymétrie toute partisane dans cette simple phrase.

  • Pourquoi la Gay Pride ?

    Un très beau billet chez Colin Ducasse m’a d’abord incité à commenter puis à aborder ici le « douloureux » sujet de la Gay Pride. On reproche à ces événements, en Occident en tout cas, d’être devenus à la fois trop consensuels, trop commerciaux, trop trash, trop ceci, trop cela.

    J’ai toujours été un fan de cet événement, quelles que soient les circonstances. Moi non plus, je n’y vais pas parce que je suis « fier », malgré mon petit côté militante. Ce que je préfère, c’est participer à cet instant particulier où des gens qui ne se croisent jamais sont ensemble. Ce n’est pas une communauté, non, juste un rassemblement hétéroclite. Et moi qui porte des vêtements très classiques, qui clubbe de temps en temps, j’aime bien croiser des drag improbables et des travelos et des trans et des paillettes et des plumes dans le cul et des punks à crête. J’y rencontre des amis et des inconnus. Je m’y sens différent, étrange, décalé et parfaitement à l’aise.

    Est-ce pour choquer le bourgeois ? Celui qui regarde des nibards au journal télévisé de TF1 et sur les murs du métro toute la journée ? Même pas. Je ressens simplement comme une sympathie, un certain sentiment de sérieuse légèreté qui me plaît. La liberté, après tout, ne s’use que si l’on ne s’en sert pas.

  • Leave Anne-Marie Alone!!!

    Avec sa batterie de casserole, elle aurait pu ouvrir un restaurant. Elle aurait sans doute cumulé cette fonction avec toutes les autres mais elle a décidé de prendre un peu l’air en démissionnant. Certains diront que ça leur fait des vacances, moi je dis : Leave Anne-Marie Alone!!!

    Leave Anne-Marie Alone!!!

  • Fin de règne : que restera-t-il de Bush ?

    Vues d’ici, les huit années de présidence de George W. Bush semblent catastrophiques. Deux guerres même pas gagnées, un ouragan meurtrier, une dette publique et un déficit abyssaux, une crise financière majeure, des mensonges, des compromissions, et pire encore : si le bilan n’est pas catastrophique, il est quand même très proche du désastre

    Mais que pourrait-il rester de la politique de Bush ? Peut-être plus qu’on ne le pense. Il se pourrait que le quarante-troisième président ait un impact aussi durable que Truman ou Reagan sur les affaires du monde. L’Europe fait partie de l’Empire américain, que nous le voulions ou pas. Comme la Rome impériale il y a deux mille ans, l’influence culturelle, les considérables apports technologiques et la puissance militaire (la moitié du budget militaire de la planète, il me semble) font des États-Unis la capitale impériale de l’Occident. Notre position de vassal est certes désagréable pour l’ego, mais c’est finalement un avantage d’appartenir à une lointaine province impériale ((What Have the Romans Ever Done For Us? plaisantaient les pythons)). L’Europe n’a-t-elle pas profité d’un formidable développement économique et humain depuis la fin de la deuxième Guerre mondiale, bien à l’abri derrière le parapluie atomique ?

    Quand l’empire soviétique s’est effondré, certains ont prédit la fin de l’Histoire, l’avènement d’une prospérité sans fin dans un océan de consumérisme globalisé et indifférencié. Finis les bombardiers, vive le soft power. Et puis, comme un cheveu blanc qui vous rappelle soudainement votre âge, comme un accès de colère qui vous ferait oublier les convenances, quelques fanatiques barbus ont rappelé à tout le monde que le tribalisme, l’intolérance et la violence aveugle étaient encore ce que l’humanité avait fait de mieux pour réguler les écosystèmes. Face aux nouveaux conflits asymétriques, les super-puissances devenaient soudainement ringardes, inadaptées, obsolètes. Pas si vite. Bush lui aussi, en utilisant tous les moyens à sa disposition, en allant jusqu’à bafouer la constitution de son pays, a démontré que si l’aide humanitaire et les accords commerciaux ne suffisaient pas, on pouvait toujours transformer les montagnes afghanes en Verdun 2.0, que l’Empire pouvait encore faire usage de hard power sans aucun état d’âme.

    Est-ce le début de la fin ? Sont-ce des oies que j’entends cacarder du Capitole ? Ou bien, contraint et forcé, le nouveau président suivra-t-il la voie de son prédecesseur ?

  • Gaza / Israël : la guerre électorale

    Enfin une analyse intelligente sur le conflit entre le Hamas et Israël, avec de vrais morceaux d’information dedans :

    La logique du Hamas est la suivante : tôt ou tard, il y aura des élections libres chez les Palestiniens – le mandat d’Abbas arrive légalement à son terme ce vendredi 9 janvier – et nous les gagnerons. C’est une stratégie de conquête du pouvoir et le sort de la population civile n’entre pas en ligne de comptes.

    Côté israélien, c’est la logique des élections générales prévues pour le 10 février, mais qui pourraient être reportées de quelques semaines. Tous les sondages indiquent que Benyamin Nethanyahou (Likoud, droite) devrait les emporter et qu’il ne pourra gouverner qu’avec une coalition, sans doute avec le centre. Toute la question est de savoir qui sera son meilleur allié : Ehud Barack, ministre de la Défense, à la tête du parti travailliste ou Tzipi Livni, ministre des affaires étrangères, à la tête de Kadima ?

    Ce genre de conflit n’arrive donc pas subitement, sans explication, comme une malédiction perpétuelle sur la Terre sainte ? Apparemment, non…

  • Quoi d'autre ?

    Georges cite une chronique de Rik Torfs dans Le Soir de jeudi, où il donne quelques arguments contre le rattachisme. Je trouve ces arguments d’assez mauvaise foi. Voyons pourquoi…

    • Le choix du rattachisme est émotionnel. Certes. Mais alors pourquoi en donner deux bonnes raisons ?
    • Le désir de faire partie d’un grand pays. Un choix tout à fait raisonnable, auquel Torfs voit plus d’inconvénients que d’avantages : « mieux vaut, bien souvent, ne pas être trop grand ». Mais alors pourquoi rappeler que la France est plutôt une puissance moyenne ?
    • Faire partie d’une nation francophone. Voilà encore une excellente raison ! On se comprend mieux, on renforce l’affectio societatis, bref, on est entre soi. Mais Torfs remarque : « l’unilinguisme nourrit la pauvreté intellectuelle ». Péremptoire, cette affirmation aurait mérité quelques éclaircissements. Quelle richesse intellectuelle insoupçonnée a pu jaillir du débat communautaire et linguistique ces dernières années ? Quelle féconde dialectique a surgi du débat entre le nord et le sud, à part les invectives et les humiliations ? Faut-il donc ne pas se comprendre, ne pas se connaître pour mieux vivre ensemble ? Torfs a raison, une scène de ménage est beaucoup plus intéressante quand l’un et l’autre ont cessé de se comprendre…
    • Le rattachisme est un provincialisme. Toutes les raisons historiques et culturelles au rattachement ne sont donc que du provincialisme mal digéré ? Imaginer seulement rejoindre une nation plus grande, aux valeurs encore universelles (malgré tout), c’est donc faire preuve de petitesse, de repli ? J’avoue que j’ai du mal à comprendre.

    C’est l’amour de la Belgique (de son cadavre) qui fait parler Torfs. Ces émotions l’égarent tout autant que les rattachistes.