The Death of Anthony Bourdain

Bourdain enjoys a bite of food while on location in Vietnam
Photo David S. Holloway/CNN

I was very sad (still am) to hear of the death of Anthony Bourdain. He could see through bullshit, and he could write the truth clearly and elegantly. Many hoped (still do) to be a bit more like him. He will be sorely missed.

“Bourdain felt like your brother, your rad uncle, your impossibly cool dad—your realest, smartest friend, who wandered outside after beers at the local one night and ended up in front of some TV cameras and decided to stay there.”

Anthony Bourdain and the Power of Telling the Truth, Helen Rosner

“He was not just a good writer, but an extraordinary writer, and I strongly urge anyone who hasn’t read Kitchen Confidential to read it. He was a fun guy to hang out with, and generous to a fault. I’m really going to miss the crazy sunnuvabitch.”

A Great Flame Follows A Little Spark, Bruce Elliott

“He told you what you already felt, in better, more gorgeous, and simpler words than any you could summon. My heart hurts today for the loss of someone who could recognize the ragged, gorgeous divinity of a Waffle House at three a.m., and make it more luminous while telling not one single lie.”

Bourdain, Spencer Hall

“I spend a lot of my life  — maybe even most of my life these days —  in hotels. And it can be a grim and dispiriting feeling, waking up, at first unsure of where you are, what language they’re speaking outside. The room looks much the same as other rooms. TV. Coffee maker on the desk. Complimentary fruit basket rotting on the table. The familiar suitcase.

All too often, particularly in America, I’ll walk to the window and draw back the curtains, looking to remind myself where I might be —and it doesn’t help at all. The featureless, anonymous skyline that greets me is much the same as the previous city’s and the city before that.”

The Chorus, Anthony Bourdain

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Regarder les lumières s'éteindre

« I have Alzheimer’s disease.

I’ve probably had it for about two years, but it’s still pretty early in the illness.  Most other people don’t notice my illness yet, although my memory is starting to move from a normal “bad memory” that lots of older people have to an abnormal “there’s-something-wrong-with-his-memory.”  I don’t feel abnormal, at least not yet.  But, in addition to the memory problem, I’m certainly slowing down.  As a retired physician who has seen his share of mentally declining patients, I know what’s most likely in store as the disease gets worse: A long, progressive mental decline (to the point, for instance, where I don’t recognize my family), nursing home care, and early death from complications of the disease. »

David Hilfiker, un médecin à la retraite, raconte le début de sa maladie. Poignant.

Touitter

« J’ai vu les plus beaux esprits de ma génération détruits par la brièveté, l’hyper-connectivité, émotionnellement avides d’attention, trainant dans des communautés virtuelles à trois heures du matin, entourés de pizzas défraichies et de rêves négligés, cherchant un sens, n’importe quel sens, des hipsters coiffés du même chapeau brûlant de trouver la même approbation sceptique à travers la dynamo holographique et technologique de l’époque, blessés par les connexions faibles et la récession, sans but, s’asseoir, micro-conversant dans les ténèbres surnaturelles de cafés avec wifi, flottant par dessus les villes, contemplant la techno, dénuder leur cerveau jusqu’au vide noir des nouveaux médias, des leaders d’opinion et autres prétendus experts, traverser leurs médiocres études universitaires avec des yeux rayonnants et malicieux, hallucinant des décors de Seattle à la Tarantino en écoutant des professeurs de la culture populaire disserter sur la guerre et le changement, abandonner pour suivre leur muse créative, accrochant des fanzines et des œuvres d’art obscènes aux fenêtres de l’internet, s’accroupir dans des chambres miteuses en sous-vêtement superman ironique, brûlant leur argent dans des poubelles années 80 et écoutant Nirvana à travers des murs fins comme du papier, être fouillés avec leur barbe grunge dans le métro à la station Shinjuku, manger numérique dans des hôtels ripolinés ou boire de la colle blanche dans quelque allée secrète, la mort ou scarifier leur torse de tatouages pour remplacer leurs rêves finissant en cauchemar car il n’y a pas de rêve dans la Nouvelle Immédiateté, incomparablement aveugles à la réalité, inventant la nouvelle réalité par des créations creuses projetées sur des écrans lumineux. »

Tweet, de Oyl Miller (d’après Allen Ginsberg)

L'angoisse de la carotte

Je viens de passer une semaine auprès de ma famille pour la soutenir dans l’épreuve qu’elle traverse. J’ai moi aussi été très éprouvé par la mort brutale d’A. Cette disparition a provoqué chez moi des angoisses étranges, irrationnelles. Mon romantisme se confronte soudainement aux faits, aussi terribles qu’indiscutables. La journée d’hier s’est si bien déroulée. De retour en Belgique, je pensais avoir laissé le plus grande partie du fardeau derrière moi. Pourtant, lorsque le soleil a quitté nos régions pour aller luire ailleurs, à l’heure du repas, une simple carotte m’a replongé dans l’angoisse. Ce légume m’a rappelé la finitude de nos existences. Et la mienne, bien sûr. Le ridicule de la situation et les attentions de mon chéri ont dissipé ces pensées. Il faudra quand même que je consulte un spécialiste de la question. Un horticulteur ou un psy, j’hésite encore. Je m’en voudrais d’être définitivement fâché avec les tubercules bataves…

Daucus_Carota

Un long silence

Permets-moi, ô lecteur, de t’expliquer le silence qui semble avoir enveloppé ce blog depuis plus d’une semaine. J’ai été confronté brutalement à la perte d’un être cher et à cette peine s’est ajoutée l’inquiétude pour ceux qui sont encore là. Je pensais être assez fort pour supporter le chagrin mais ma présomption fut rapidement confrontée à la réalité. J’étais triste. Comme disait l’autre, je crois aux forces de l’esprit. J’ai pu constater directement qu’il agissait parfois sur le corps, au delà des décisions conscientes. La mort des autres nous renvoie à notre propre mortalité. Elle nous rappelle aussi qu’on est bien vivant et sensible, parfois de façon étonnante.

“No man is an island, entire of itself; every man is a piece of the continent, a part of the main. If a clod be washed away by the sea, Europe is the less, as well as if a promontory were, as well as if a manor of thy friend’s or of thine own were. Any man’s death diminishes me, because I am involved in mankind; and therefore never send to know for whom the bell tolls; it tolls for thee.”

John Donne, Meditation XVII, Nunc lento sonitu dicunt, morieris. (1624)

C’est seulement dans l’esprit des vivants que les morts restent ici. La vie continue, donc…

Transports de joie

Rondeau

Ce poème me tire les larmes à chaque fois. Un peu moins d’un siècle avant Villers-Cotterêts, la beauté de la langue est déjà éblouissante :

Mort, j’appelle de ta rigueur
Qui m’as ma maistresse ravie
Et n’es pas encore assouvie
Se tu ne me tiens en langueur,
Oncques puis n’euz force, vigueur,
Mais que te nuysoit elle en vie?
Mort.

Deux estions et n’avions qu’ung cuer,
S’il est mort, force est que devie,
Voire, ou que je vive sans vie
Comme les images, par cuer,
Mort.

François Villon

Dit par Jean Deschamps.