The Sartorialist: Lunch For 25

Publicités

Donnez des ronds à « Ceuta, douce prison »

Le réalisateur Jonathan Millet et le journaliste Loïc H. Rechi ont tourné cet été un reportage sur les migrants coincés à Ceuta intitulé « Ceuta, douce prison ».

Dans le reportage photo que Loïc consacre au film, il explique que des centaines de migrants africains contournent la frontière pour entrer dans Ceuta. Ils sont confrontés à une « attente interminable […] à l’intérieur de ce confetti balnéaire espagnol », enfermés à ciel ouvert dans le vestibule de la forteresse européenne. Pour comprendre un peu l’absurdité de leur condition, je vous encourage à lire le reportage.

Si vous voulez voir le documentaire, vous pouvez – comme je l’ai fait – aider à financer la production en vous rendant sur la page du projet.

Les Témoins de la Java

La confrérie des Témoins de la Java, bruxelloise mais pas bruxello-centrée, vous apporte la bonne parole en matière de musique, de littérature et de ripaille, toujours fidèle à sa devise : « ne vous emmerdez plus, emmerdez les autres ! »

L’objectif poursuivi est simple : prodiguer un évangélisme aussi varié que différent sur la réalité, communier sur des billets sucrés-salés et ce, bien loin des couvertures traditionnelles et des publireportages. Entre le blog et le journal, nous prêchons des versets passionnés et, parfois, sulfatés sur la réalité quotidienne et sans frontières.

Les Témoins de la Java

Les plumes sont acérées et exigeantes. On peut ne pas être d’accord. Rappelez vous seulement que choisir, c’est faire preuve de goût.

Go ahead, make my day

Le Monde diplomatique a publié récemment une critique de l’œuvre de Clint Eastwood. Si son analyse est assez pertinente sur les caractéristiques des sujets que le cinéaste a traités en quarante ans de carrière, leur lecture marxiste est assez irritante.

Harry_Callahan.JPG

Philippe Person commence par rendre hommage au talent de faiseur du cinéaste et à son charisme. Ce point est difficilement contestable, même si l’on peut lui reprocher un certain académisme. La critique porte en fait exclusivement sur les thèmes du cinéma Eastwoodien : d’abord, une vision passéiste et réactionnaire de l’Amérique ; ensuite, une fascination pour l’individu, sans égard pour la société ; puis, son attitude élitiste et aristocratique ; finalement, son goût prononcé pour la liberté.

Eastwood est peut-être le cinéaste de la nostalgie. Avec une telle carrière, tant de rôles archétypes, ce n’est pas surprenant. Cela n’en fait pas automatiquement un cinéaste réactionnaire. En s’attachant à l’individu plus qu’à la société, il se pourrait qu’Eastwood soit avant tout un cinéaste de l’intime. En s’attachant à des héros qui s’écartent du troupeau, il se pourrait qu’au lieu d’être un fasciste, il soit plus intéressé par la transcendance que le matérialisme. Enfin, son goût pour la liberté n’est égalé que par son insistance sur la responsabilité personnelle. Son héros finit souvent par payer son intransigeance.

En somme, ce qui échappe au critique, c’est le sourd désespoir, la profonde désillusion des films de Clint Eastwood. Tous ces héros solitaires, cherchant vengeance et rédemption, expriment aussi le désarroi de l’Homme face à son époque : un héros seul face à ses démons, à son destin, que la société rejette. Eastwood n’est jamais très loin de la tragédie et ses héros se débattent dans la mélasse morale, contre eux-mêmes tout autant que contre la société. Ce désespoir fait du cinéma eastwoodien un récit paradoxalement très contemporain. En montrant les turpitudes de losers célestes dans un monde tel qu’il est, froid et individualiste, il est bien plus actuel qu’un cinéma social à message, désincarné dans l’idéologie.

Rondeau

Ce poème me tire les larmes à chaque fois. Un peu moins d’un siècle avant Villers-Cotterêts, la beauté de la langue est déjà éblouissante :

Mort, j’appelle de ta rigueur
Qui m’as ma maistresse ravie
Et n’es pas encore assouvie
Se tu ne me tiens en langueur,
Oncques puis n’euz force, vigueur,
Mais que te nuysoit elle en vie?
Mort.

Deux estions et n’avions qu’ung cuer,
S’il est mort, force est que devie,
Voire, ou que je vive sans vie
Comme les images, par cuer,
Mort.

François Villon

Dit par Jean Deschamps.

Vos gueules

En voilà une que je sortirai à mes étudiants, le moment venu :

« Si ces Messieurs qui causent ne faisaient pas plus de bruit que ces Messieurs qui dorment, cela accommoderait fort ces Messieurs qui écoutent. »
Achille de Harlay (1536 – 1616), président du Parlement de Paris.