Visiter Lisbonne

J’ai passé pour la troisième fois quelques jours de repos à Lisbonne et il me semble maintenant inévitable d’admettre que je suis amoureux de cette ville. Nous avons eu l’avantage de séjourner dans le quartier de Graça sur la colline de Saint André, l’une des nombreuses qui composent la ville. Arrivés tard et affamés,  nous avons trouvé refuge dans une petite churrasqueira, seul endroit encore ouvert. Le lendemain matin, au Miradouro da Graça, nous avons profité de l’altitude pour admirer la ville basse et le Tage. Nous y reviendrons plusieurs soirs, en passant chez Botequim pour boire un verre.

Miradouro da Graça

Miradouro da Graça

Nous avons dévalé les escaliers vers l’Alfama pour aller manger du poisson grillé chez Santo António. En face, sur la plus haute colline de la ville, nous avons parcouru les rues de la Mouraria à l’ombre des remparts du Castelo de São Jorge, ancienne forteresse maure reprise au 12e siècle par les croisés comme le reste de la ville.

Tram 28

Tram 28

Dévalant les pentes vers la Baixa sur le tram 28, joujou électrique bringuebalant mais efficace, nous avons fait arrêt à la Sé – la cathédrale de Lisbonne – pour admirer les reliques de Saint Vincent et le trésor patriarcal.

Sé

Dans le bas de la ville, le midi avant d’aller flâner au bord du fleuve sur la majestueuse Praça do Comércio, nous avons mangé du riz et des fèves chez O Bacalhoeiro, où l’on ne parle pas trop anglais même en plein saison. Nous avons grimpé sur l’arc de triomphe de la Rua Augusta pour contempler le travail du marquis de Pombal qui redessina la ville après la catastrophe de 1755.

Praça do Comércio

Praça do Comércio

Nous avons emprunté le célèbre ascenseur de Santa Justa pour visiter l’ancien couvent des Carmes transformé en musée. Ce jour là, les gendarmes portaient leur sainte patronne en procession sur la place.

Dia da Nossa Senhora do Carmo

Dia da Nossa Senhora do Carmo

Nous avons pris le bus pour aller manger les meilleurs pastéis de nata de la ville dans la plus que centenaire Antiga Confeitaria de Belém. Après avoir englouti quelques exemplaires de cette délicieuse spécialité lisbonnaise, des tartelettes aux œufs chaudes et croquantes, nous avons visité le monastère des Hiéronymites, ses colonnes et ses voutes élaborées, son immense cloître de pierre blonde.

Mosteiro dos Jerónimos

Mosteiro dos Jerónimos

En revenant, nous avons bu un verre sur la terrasse de Le Chat en regardant passer l’eau. Nous avons traversé le Tage en bateau – aller à Cais do Sodré, direction Cacilhas, c’est le prix d’un bus – pour manger chez Farol quelques beaux poissons frais et des coques. Nous avons fini notre soirée dans le Bairro Alto en buvant des caipirinhas chez A Capela, un bar discret qui vous mettra à l’abri des étudiants anglais et des couples d’Allemands.

Cacilhas

Cacilhas

Nous avons glissé sur les petits pavés de calcaire. Nous avons eu mal aux mollets. Nous avons pris 5 kilos. Nous avons beaucoup aimé ça.

Jeu de l'été : les mots survivants

People bathing in Lake Geneva, Vaud Canton, with Jura Mountains in background, 1968

Il y a dans la langue française des mots qui ne subsistent pratiquement plus que dans une seule expression idiomatique. Le meilleur exemple est « au fur et à mesure » où le mot fur provient de la forme ancienne fuer ou feur, issue du latin classique forum d’où provient le sens de prix ou de mesure. Le renforcement de la locution au fur par à mesure s’est fait lorsque, le sens du mot fur s’étant perdu, il a fallu rappeler le sens de l’expression.

Une occurrence du mot follet est devenue aussi rare qu’un feu follet. La fréquence du mot vau part à vau-l’eau. Quant à l’encan, qui en voudrait encore, même aux enchères ?

Il y en a au moins un autre mais je préfère passer le témoin. Le jeu de l’été, c’est évidemment de les trouver. Vous en avez ?

J'ai merdé, ou comment présenter ses excuses

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Les entreprises ne sont pas des institutions parfaites. Des erreurs sont commises, des gens sont déçus, choqués, blessés, voire pire. Ce genre d’événement, aussi grave qu’il soit, est inévitable. Personne n’a envie d’être pris dans une tempête médiatique, surtout quand une meute d’internautes en colère vient exprimer son mécontentement sur twitter, facebook ou les pages d’un journal compatissant. Quand une entreprise fait quelque chose de grave, quand d’autres personnes sont touchées et le font savoir, il y a deux façons de réagir : la mauvaise et présenter sincèrement ses excuses. Cet article est inspiré de la remarquable lettre d’excuse de Kickstarter.

Ce matin, à 8 heures, j’ai écrasé votre vélo en sortant du garage.

Pour bien présenter ses excuses, il y a cinq éléments nécessaires et suffisants. Premièrement, reconnaître les faits. Il est vivement conseillé de ne pas masquer la vérité ou tourner les faits à son avantage. Il est crucial de rappeler les faits de manière fidèle et sobre, afin d’établir sur quoi portent les excuses.

Je suis pleinement responsable de cet accident, j’ai commis une erreur.

Deuxièmement, dire qu’on s’est trompé. Un message d’excuse doit comporter explicitement la reconnaissance d’une faute. Il est hors de question de reporter la faute sur autrui ou de minimiser sa responsabilité. Vous avez fait une erreur, vous êtes un adulte responsable. Assumez.

J’étais mal réveillé, en retard pour mon travail, inquiet pour ma réunion avec mon chef. Tout cela a diminué l’attention que j’aurais dû porter au trottoir.

Troisièmement, donner du contexte. Des excuses sincères doivent apporter des éléments sur les circonstances de l’accident. Il ne faut pas atténuer sa responsabilité en invoquant le hasard. Au contraire, ces éléments montrent que vous avez conscience des fautes commises.

Je vous propose de vous indemniser complètement pour la perte de votre vélo. Pour éviter qu’un tel accident se reproduise, je ferai poser à mes frais un porte-vélo. Enfin, je ne sortirai plus du garage en marche arrière.

Quatrièmement, proposer des solutions. En plus d’une compensation appropriée au dommage, il faut tirer des conclusions des erreurs commises. Cela démontrera que vous valez mieux que votre erreur.

Je tiens beaucoup à notre relation de voisinage et je suis vraiment désolé que cet incident soit venu l’assombrir.

Cinquièmement, offrir une possible réconciliation. Les excuses permettent de rétablir une relation meurtrie. La confiance se perd beaucoup plus vite qu’elle ne se gagne. La formulation des excuses n’est que le début de sa reconquête.

C’est si compliqué ?

[bonus] Comment ne pas présenter ses excuses

« Ce matin, je crois que j’ai un peu endommagé un vélo. J’étais énervé et j’ai pas fait exprès. La faute à pas de chance. Vous devriez mettre votre vélo ailleurs la prochaine fois. Désolé:-/ »

Katz's fête ses 125 ans

Katz’s Deli, Lower East Side, New York

Katz’s Deli, Lower East Side, New York

Le pastrami est une viande de bœuf saumurée, épicée, séchée, fumée puis cuite à la vapeur. La recette est arrivée au 19e siècle aux États-Unis par l’immigration juive roumaine. Le conservatoire, le temple – que dis-je ? – le Saint-Siège de cette culture gastronomique est le restaurant Katz’s dans le Lower East Side. On y sert de fines tranches de pastrami entre deux tranches de pain. Les seuls accompagnements nécessaires pour apprécier ce délicieux sandwich sont un énorme pickle et un peu de moutarde.

Le restaurant fête son 125e anniversaire et le Jewish Daily Forward a une courte rétrospective de cette icône de la culture juive new-yorkaise. De la culture tout court, d’ailleurs.

Livre : Lufthansa + Graphic Design

Lufthansa and Graphic Design: Visual History of an AirplaneAmerican Airlines vient d’annoncer le changement de sa marque. Son nouveau logo et sa nouvelle typographie ont reçu un accueil mitigé, avec des qualificatifs allant de « moderne » à « chiant ». Lufthansa, en revanche, a conservé son design qui date des années 60. Un ouvrage en anglais et en allemand vient de sortir qui est consacré à la recherche esthétique qui a conduit à la création de la marque Lufthansa. Avec beaucoup d’Helvetica, bien entendu.

Signalé par Dan Frommer

Dix mots qui n'existent pas en français

Age-otori (japonais) : être moins beau en sortant de chez le coiffeur.

Bakku-shan (japonais) : une fille jolie seulement de dos.

Forelsket (norvégien) : l’euphorie quand on tombe pour la première fois amoureux.

Litost (tchèque) : le tourment provoqué par la vision soudaine de son propre malheur.

Nunchi (coréen) : l’art délicat d’écouter, de sentir l’humeur d’une autre personne et d’avoir la réaction appropriée.

Pena ajena (mexicain) : l’embarras ressenti devant l’humiliation de quelqu’un.

Pochemuchka (russe) : une personne qui pose trop de questions.

Sgriob (gaélique) : la brûlure de la lèvre supérieure provoquée par une gorgée de whisky.

Tingo (pascuan) : emprunter un à un les biens de son voisin jusqu’à ce qu’il n’ait plus rien.

Waldeinsamkeit (allemand) : le sentiment de solitude en forêt.

Tiré de “25 Handy Words That Simply Don’t Exist In English” par Alex Wain

Rhabillé pour l'été

J’ai démarré une nouvelle chronique, non pas sur ce blog mais sur le site des Rhabilleurs. Pour le premier article, je me suis penché sur le douloureux problème du choix d’une montre à prix raisonnable en milieu aqueux. Si comme moi vous aimez les belles mécaniques sans snobisme, ces quelques suggestions vous plairont surement.

L’été au bord de l’eau : la montre de plongée

P.S. : Vous ne savez pas ce qu’est un rhabilleur ?

Donnez des ronds à « Ceuta, douce prison »

Le réalisateur Jonathan Millet et le journaliste Loïc H. Rechi ont tourné cet été un reportage sur les migrants coincés à Ceuta intitulé « Ceuta, douce prison ».

Dans le reportage photo que Loïc consacre au film, il explique que des centaines de migrants africains contournent la frontière pour entrer dans Ceuta. Ils sont confrontés à une « attente interminable […] à l’intérieur de ce confetti balnéaire espagnol », enfermés à ciel ouvert dans le vestibule de la forteresse européenne. Pour comprendre un peu l’absurdité de leur condition, je vous encourage à lire le reportage.

Si vous voulez voir le documentaire, vous pouvez – comme je l’ai fait – aider à financer la production en vous rendant sur la page du projet.

Les Témoins de la Java

La confrérie des Témoins de la Java, bruxelloise mais pas bruxello-centrée, vous apporte la bonne parole en matière de musique, de littérature et de ripaille, toujours fidèle à sa devise : « ne vous emmerdez plus, emmerdez les autres ! »

L’objectif poursuivi est simple : prodiguer un évangélisme aussi varié que différent sur la réalité, communier sur des billets sucrés-salés et ce, bien loin des couvertures traditionnelles et des publireportages. Entre le blog et le journal, nous prêchons des versets passionnés et, parfois, sulfatés sur la réalité quotidienne et sans frontières.

Les Témoins de la Java

Les plumes sont acérées et exigeantes. On peut ne pas être d’accord. Rappelez vous seulement que choisir, c’est faire preuve de goût.