Bruits de bouche

J’ai une passion secrète, une sorte de fascination pour la linguistique. C’est sans doute pour ça que j’aime l’informatique, qui n’est en fin de compte qu’une affaire de langage, de traduction.

Aujourd’hui, un collègue regardait le plafond, cherchant une idée, et a fait un bruit de bouche, une sorte de claquement pour indiquer son agacement. Il me demande comment on appelle cela en français (il est germanophone). Je n’ai pas su quoi lui dire. En allemand, on utilise le verbe schnalzen, qui signifie aussi faire claquer un fouet.

Résultat : j’ai encore perdu une heure sur Wikipedia à écouter puis tenter de reproduire les enregistrements des clics phonétiques. De page en page, je suis tombé sur les 83 consonnes, 31 voyelles et 4 tons de la langue !xóõ. Cette langue est parlée par un peu plus de 4000 personnes. Et ils ont 2 dialectes.

Moi, je trouve ça fascinant. 😀

P.S. : un autre collègue me signale un documentaire sur deux linguistes partis à la recherche des langues en cours d’extinction, The Linguists. On peut voir la bande-annonce par ici.

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La transparence ou la mort de la démocratie

Doit-on tout montrer ou tout dire en politique ? Le citoyen exige légitimement des élus honnêteté et sincérité. Dès lors, est-il en droit d’exiger que ces élus disent tout, révèlent tout, y compris l’intime, l’anecdotique ?

La dernière affaire, c’est cette vidéo off de Nicolas Sarkozy, Président de la République, sur le plateau de France 3 juste avant la prise d’antenne. On y voit rien ou si peu :

  • il règle sa montre (une magnifique Patek Philippe mais soit) ;
  • il dit bonjour à un technicien qui ne lui répond pas (peut-être car il a un casque sur les oreilles et l’entend mal, ou bien il n’a pas compris que le président s’adressait à lui, peut-être est il simplement impressionné) ;
  • il se plaint de ce comportement cavalier, d’abord badin puis plus sévère (ce qui est étonnant pour quelqu’un qui jure comme un charretier devant d’autres caméras) ;
  • il s’enquiert de la durée de placardisation d’un journaliste et semble la désapprouver ;
  • il demande si l’on traitera bien d’un sujet d’actualité (au demeurant dramatique) ;
  • il ajuste sa veste et sa cravate.

Le contenu brut est donc nul. On peut en faire la lecture psychologisante que l’on veut : M. Sarkozy semble assez décontracté et à l’aise. Et pas très différent du on.

Ce qui est plus intéressant, ce sont les réactions contrastées sur cette vidéo. Certains s’en font des gorges chaudes, d’autres la prennent pour ce qu’elle est : anecdotique.

La politesse est souvent ce qui nous empêche de frapper notre interlocuteur : une contrainte librement consentie (et parfois consciemment brisée) qui régule les interactions humaines, nous élève au dessus de la bestialité.

De même, la démocratie est un dialogue raisonnable entre des gens qui cherchent à établir un consensus pour vivre ensemble. Ce n’est pas une foire, mais au contraire un tissu de conventions, de règles qui garantissent la qualité du débat, comme dans un tribunal. Sortir cette vidéo, alors qu’aucune urgence, qu’aucune menace ne le justifie, c’est briser une convention simple : la séparation entre le public (le champ de la démocratie) et l’intime (le local, le privé).

On pourra dire que M. Sarkozy a tendu le baton pour se faire battre. C’est vrai. Mais ça n’excuse pas l’impolitesse.

La dérisoire effervescence des comprimés

En l’occurrence, l’effervescence vient du très dispensable Jean-Marc Morandini. Le con primé en question n’aime pas qu’on critique son travail. Lui, il a le droit, mais pas un misérable blogueur même pas journaliste.

Journaliste ? N’est-ce pas une insulte, plutôt ? La profession devrait faire honte ; on ne devrait la révéler que le rouge au front et l’œil baissé. Orthographe approximative, syntaxe bancale, énoncé des faits lacunaire, raisonnement à l’emporte-pièce : ils sont nombreux, les errements de cette profession. Ceux qui veulent vraiment parler moche et penser mal peuvent continuer à lire la presse et regarder la télévision. Moi, j’essaye d’arrêter.

Le titre vient d’un excellent album de Boucq.

C'est vendredi, c'est poésie

Je suis dur
Je suis tendre
Et j’ai perdu mon temps
À rêver sans dormir
À dormir en marchant
Partout où j’ai passé
J’ai trouvé mon absence
Je ne suis nulle part
Excepté le néant
Mais je porte caché au plus haut des entrailles
À la place où la foudre a frappé trop souvent
Un cœur où chaque mot a laissé son entaille
Et d’où ma vie s’égoutte au moindre mouvement

Tard dans la vie, Pierre Reverdy

Gendarmes et voleurs

Philippe Bilger évoque dans un billet consacré à un affreux fait divers, la fascination que certains ressentent parfois pour les criminels. Il dit qu’on peut détester le crime sans forcément haïr les êtres humains qui les commettent, qu’on peut se désoler des conséquences du crime tout en se consolant un peu que la justice tente de les réparer :

S’émouvoir, partager la souffrance, avoir de la haine pour le crime et confiance dans la justice, pourquoi de telles solidarités et exigences seraient-elles suspectes ?

Et quel style !

[french]Un peu de poésie dans un monde de brutes[/french][english]French poetry for dummies[/english]

[french]Une anthologie de poésie française, disponible avec des enregistrements sonores sur le site du département de français d’une université américaine. On peut y écouter Apollinaire lire ses poèmes…[/french]
[english]An anthology of French poetry, with audio recordings, from an American university. Very nice. You can even listen to Guillaume Apollinaire delivering his own poems. Neat.[/english]