Rire de tout

The world is full of risible little twerps.

One of the attributes of the British of which I am most proud is our reaction to Hitler and his regime: both during the war and subsequently, we’ve always found them so funny, so ridiculous.

It beggars belief, it is positively hilarious, that a whole country fell so completely in thrall to a posturing little prick like Hitler, who needed no help from our propagandists to look daft. […]

It’s perfectly possible – and important to our understanding of the human condition – to find that amusing, to laugh at the goose-stepping, the shouting and the pomposity, while simultaneously holding in our heads the tragic murderous consequences of Nazi power. That’s what makes the joke bite and also what reminds us that the massive disaster was human.

Churchill got this. It was no accident that he insisted on mispronouncing Nazi as « nar-zee » and referred disparagingly to « Corporal Hitler ». He wasn’t underestimating the scale of the threat or making light of people’s suffering. But he knew it was vital to remember that the evil men who were jeopardising civilisation were also risible little twerps.

We’ve always found Hitler hilarious, by 

Un truc simple pour arrêter de fumer

Comme disait le patron de Philip Morris, arrêter la cigarette c’est facile. Vous n’êtes pas obligé de le croire. En ce qui me concerne, j’ai trouvé un moyen simple pour arrêter de fumer. Pour réussir, il m’a fallu deux ingrédients : 1) de la volonté et 2) une compensation. Je conviens que ces deux éléments ne sont pas toujours faciles à trouver.

La plupart des fumeurs n’ont pas vraiment envie d’arrêter. D’abord les fabricants (comme Philip Morris) mettent des ingrédients dans leurs produits pour s’assurer de leur effet addictif maximum. Ensuite, la cigarette est une mauvaise habitude dont on ne peut se défaire qu’en la remplaçant par d’autres, ce qui demande un effort. Enfin, le tabac est un produit délicieux (il m’arrive encore d’en consommer de temps en temps) et ce serait dommage de s’en priver définitivement.

La volonté vient progressivement avec la réalisation que la cigarette est une aliénation. Il faut se rendre à l’évidence, elle est une nuisance sociale, économique et sanitaire. Elle contribue aux profits d’entreprises opaques et malhonnêtes, maintient des paysans dans la dépendance, pollue, tue et empeste. Globalement, je crois qu’elle est plus nuisible à la société que les mines anti-personnel. La cigarette, c’est à peu près Hitler. Qui préférait la cocaïne, d’ailleurs. Mais je m’égare.

Tous ces arguments moraux sont sympathiques mais ce ne sont pas eux qui m’ont décidé d’arrêter. Si j’ai cessé de fumer, c’est d’abord pour ma santé. Je respire mieux, je dors mieux, je goûte mes aliments et je ne sens plus le vieux cendrier. Le seul bémol, c’est que j’ai pris dix kilos. Je pense que mon arrêt du tabac va demander quelques ajustements alimentaires.

Une fois la décision prise, reste à trouver une compensation. Il ne s’agit pas de gagner quelque chose mais bien de remplacer une mauvaise habitude par une bonne. En somme, il me fallait un substitut. C’est la lecture d’un livre passionnant sur la charité, Who Really Cares de Arthur Brooks, qui m’a donné l’idée. Sur les 150€ par mois que je ne dépense plus (sans rien faire), j’allais consacrer 10€ par semaine à un acte de charité.

Je note donc toutes les semaines le montant et le récipiendaire de ces 10€. À l’heure où j’écris, j’ai arrêté de fumer il y a 18 semaines soit 4 mois et demi. Et en bonus, j’ai donné 180€ à des gens qui en avaient besoin. Je ne sais pas si la cupidité rend malheureux mais je vous assure que la charité est une excellente thérapie. En tout cas elle n’a que des effets bénéfiques. Tout l’inverse du tabac.

Anders Behring Breivik ? À qui est ce fou ?

Vendredi en fin d’après-midi, Anders Behring Breivik a fait exploser une bombe de forte puissance en plein cœur d’Oslo, sans doute pour faire diversion, puis a pris la direction de l’île d’Utøya où il a froidement abattu plusieurs dizaines de jeunes militants du parti travailliste, réunis pour l’université d’été de leur parti. Il y aurait plus de 90 morts. Pour préparer une opération où la froide méticulosité le dispute au déchainement de violence aveugle, Breivik avait pris soin de rédiger quelque mille cinq cents pages d’un manifeste dans lequel il détaille sa haine du multi-culturalisme, sa vision d’un ethno-différentialisme exacerbé fustigeant tour à tour les musulmans, les marxistes, la gauche, l’Europe.

Face à l’horreur insoutenable des faits, progressivement rapportés par la presse, la raison vacille à embrasser les tenants et aboutissants de cet incroyable événement. Tentant de surmonter l’hébétude, nous avons cherché à comprendre à la hâte, à mettre en forme, en récit l’absurdité. C’est avec intérêt et tristesse que j’ai observé, sur les réseaux comme ailleurs, le processus de distanciation que tout un chacun met en œuvre pour supporter l’insupportable. C’est ainsi que les conservateurs ont fait le portrait d’un fou solitaire et délirant. C’est ainsi que les progressistes le dépeignent comme un réactionnaire fanatique des armes et de suprématie raciale.

Ce que certains semblent ignorer, c’est la part terrible d’humanité qu’il y a chez Breivik. Il est peut-être fou, psychopathe, incapable de la moindre empathie. Nous commettrions l’erreur de succomber au même mal. Breivik n’est pas uniquement le produit d’un camp contre un autre. il n’est pas seulement le fruit d’un récit fantasmatique et cohérent de haine de l’autre. Nous le sommes tous un peu. Que nous ayons tous pensé à un attentat islamiste et que les faits, arrivant progressivement, nous aient révélé une toute autre motivation n’enlève rien au danger de ces discours radicaux, surtout quand de temps en temps ils produisent des actes aux conséquences funestes. Entre deux réjections radicales, il ne peut y avoir de choix. Nous sommes tous embarqués dans la même dialectique mortifère, moi y compris. C’est celle qu’il convient de briser : je suis Breivik, un peu. Je suis norvégien, beaucoup.

Priape d'Or : le grand prix de la phallocratie décomplexée

L’inculpation du directeur du FMI – Dominique Strauss-Kahn – ne vous aura sans doute pas échappé. Si comme moi vous succombez de temps en temps au flux hypnotique des informations en direct de New-York, vous en savez même beaucoup trop. Tout et son contraire a été dit. La quantité d’informations factuelles déversée par les médias est inversement proportionnelle à ce qu’on sait vraiment de cette triste affaire. Si j’ai bien une opinion sur ce qui a pu se passer dans la suite 2806 du Sofitel, je me garderai bien de donner une quelconque conviction, de peur précisément d’être démenti par les faits.

Si la couverture médiatique de cette affaire est à peine supportable, il est un phénomène, en revanche, qui épuise rapidement ma patience. En effet, pour défendre l’honneur d’un homme, certains – alors qu’on ne leur demande rien – ont fait le choix de salir l’honneur d’une femme. Certains mettent en doute la probité de la victime présumée. D’aucuns évoquent à mot couvert sa beauté, trop grande pour être honnête. D’autres encore insinuent que finalement, elle l’a un peu cherché.

Parmi les éditorialistes et plumitifs dont la presse française traditionnelle regorge, qui sont tous bien sûr blanc, mâle et hétérosexuel, la perversité (à moins que ce ne soit une maladie mentale) est à son comble. Pour défendre son ami (bien qu’il soit ami avec tout le monde), Bernard Henri-Lévy par exemple émet des doutes lourds de reproches sur la compétence et les intentions de la supposée victime. Mais la plus belle phrase cette semaine, la plus idiote, la plus crassement bête, c’est Jean-François Kahn qui l’a prononcée. Avec une légèreté scandaleuse, après un ricanement, il a qualifié l’affaire de « troussage de domestique ». Circonstance atténuante, il s’en est excusé par après.

J’ai cherché s’il existait un prix parodique remis au phallocrate le plus décomplexé, au machiste le plus vulgaire, au misogyne le plus fat. Malheureusement, je n’ai pas trouvé qu’une telle cérémonie ironique ait jamais été célébrée. À l’instar du célèbre blogueur Maitre Eolas et son prix Busiris, il est donc temps de définir un nouveau prix décerné aux phallocrates les plus doués. Il y a, tout comme le Busiris, deux conditions. Pour être récompensé, le récipiendaire doit tenir un propos public (par écrit ou parole) exhibant la plus profonde bêtise phallocrate, c’est-à-dire validant la domination des femmes par les hommes, mais il doit le faire au premier degré sans aucune intention humoristique et de préférence sans s’en apercevoir. C’est là le but du prix : rappeler à l’impétrant qu’il n’a aucun mérite ni aucune dignité particulière à posséder un pénis et que l’appendice sus-nommé ne lui donne pas le droit de traiter les femmes comme des enfants ou des meubles.

Il reste à donner un nom à ce prix. Je pensais à Priape, cette divinité mineure, grotesque et dotée d’un énorme sexe. La mythologie grecque lui prête une haine féroce des ânes. Il a donc le profil. Pour son troussage de domestique, J.-F. Kahn est le premier Priape couronné.

Retrouvez la chronique hebdomadaire de mes grands combats sur le podcast « On a toujours raison » !

Souvenirs du 10 mai 1981

François MitterrandJe suis un bébé Mitterrand. J’ai un peu plus d’un an quand il arrive au pouvoir. Quand j’étais enfant ou jeune adolescent, le pape s’appelait Jean-Paul et le président de la République s’appelait François, comme si leur nom était attaché à leur fonction. Si sa politique économique a été mauvaise, bien que très généreuse, son mandat a été particulièrement important sur le plan social et symbolique : abolition de la peine de mort, libéralisation des médias, décentralisation, abrogation du délit d’homosexualité. Ces décisions importantes ont conforté une mythologie de gauche qui a fini par donner l’impression que Giscard avait été Pinochet. Ce mythe a toujours eu le don de me faire rire, au point que j’ai développé une certaine affection pour ce dernier. Aujourd’hui encore, ils sont nombreux à gauche à attendre le prochain Mitterrand.

Le meilleur candidat de gauche, le nouveau Mitterrand, se pourrait-il que ce soit Dominique Strauss-Kahn ? Comme son illustre prédécesseur, il a trempé dans quelques coups tordus comme l’affaire de la MNEF, l’affaire Elf et l’affaire Méry (de manière particulièrement rocambolesque pour cette dernière). Mitterrand était issu de la bourgeoisie conservatrice. DSK est à la tête d’une confortable fortune personnelle, même s’il a adopté les goûts automobiles des plus vulgaires parvenus. C’est un trait qui le rapproche plus de l’actuel président Sarkozy que du défunt Mitterrand. En revanche, ses mœurs licencieuses – qui ont bien failli lui coûter sa place au FMI – lui font indubitablement un point commun avec le grand homme. Aussi queutard et tricheur que Mitterrand, aussi bling-bling que Sarkozy, DSK est donc une sorte de synthèse de l’époque. Ce qui en fait un excellent candidat.

Pourtant, si je devais risquer un pronostic, je dirais que les mêmes raisons qui poussent à rejeter Sarkozy causeront tout autant la défaite de DSK. Heureusement qu’il y a une troisième candidate. Oh, wait…

Si toi aussi…

Si toi aussi, tu penses aux révolutions arabes. Si toi aussi, tu penses que ces gens là n’ont jamais connu la démocratie, qu’il n’en sont pas capables. Si toi aussi, tu penses que le choc des civilisations, c’est trop vrai, quoi. Si toi aussi, tu penses que l’avenir du monde arabe, c’est la charia, la burka et basta. Si toi aussi, tu espères que les affaires vont reprendre très vite parce que tu as réservé deux semaines à Djerba cet été. Si toi aussi, on t’entend pas trop en ce moment… et bien tu peux continuer à fermer ta gueule. Merci.

Indigne paradoxe

« Des artistes qui cherchent et ne trouvent rien (au contraire de Picasso qui déclarait superbement « je ne cherche pas, je trouve »), des révolutionnaires qui s’en prennent au monde plutôt qu’au mal, des idéologues à qui l’humanité ne convient pas car elle déborde le cadre de leur « idéal », des nihilistes qui rejettent Dieu à cause de la souffrance des enfants mais qui ne font rien pour ces enfants, des juges qui ne veulent juger que d’eux-mêmes et qui mettent à mort la transcendance (qui seule permet le jugement), telles sont les figures de l’homme de la fausse indignation – soit l’homme du ressentiment. Faire semblant de souffrir pour les autres, se réjouir secrètement de tous les maux qui permettent d’accuser la vie, glorifier sa propre (in)suffisance, voilà donc comment fonctionne celui qui, avant toutes choses, ne supporte pas que l’on se défende réellement contre ce qui nous menace. Car l’homme du ressentiment ne veut surtout pas que quelque chose s’arrange et puisse discréditer son indignation – comme ces humanitaires qui seraient bien malheureux si le monde ne l’était plus. L’homme du ressentiment a besoin du mal pour se sentir utile – tel Tobias Mindernickel, ce personnage d’une nouvelle de Thomas Mann, qui n’est heureux que lorsqu’il console son chien, et qui, pour ce faire, le bat, le fait gémir, le console, le rebat, le refait gémir, le reconsole, et à la fin, le tue. »

Du bon et du très mauvais usage de l’indignation
Pierre Cormary

Le mariage homosexuel en débat

Dans un récent article sur la décision du Conseil constitutionnel français à propos du mariage homosexuel, Anne-Marie Le Pourhiet, professeur de droit public, reprend l’argument classique des opposants à l’évolution du droit. En somme, le mariage est une institution basée sur la différence sexuelle des époux et ne saurait consacrer l’union de deux personnes du même sexe. Au lieu de revenir sur les comparaisons et allusions douteuses de ce texte, à la limite de l’ordure, que relève fort justement Bruno-Roger Petit dans son article sur les vieilles ficelles de l’homophobie, je voudrais plutôt m’attarder sur le fond de l’argument.

Le mariage est en effet conçu comme la fondation d’une institution indispensable à nos sociétés : la famille. À une époque où tout le monde se mariait, il avait l’avantage de codifier tout à la fois les règles de vie commune, de solidarité entre époux, la répartition du patrimoine, la filiation, la transmission entre générations, etc. Cette fonction sociale très importante explique sans doute, comme le rappelle Eolas, que le code civil contient entre 200 et 300 articles relatifs au mariage.

Mais si la famille est toujours une institution indispensable, ne serait-ce que pour l’éducation et le bien-être des enfants, il faut reconnaître que le mariage n’est plus aujourd’hui la règle. Il est même en voie de disparition accélérée. Les divorces sont plus nombreux que les mariages et les nouveaux mariés seront de plus en plus nombreux à divorcer à l’avenir. Les familles se recomposent, sans forcément faire appel à l’institution traditionnelle. Le mariage n’est plus dans nos sociétés la fondation de la famille.

Si le mariage disparait, la vie en couple semble bien continuer sans lui. Les couples sont de plus en plus nombreux à privilégier des formes plus légères de contrat. En France, le concubinage et le PACS sont des dispositifs en vogue des nouvelles pratiques familiales, bien qu’ils soient souvent des pis-aller. Ainsi, on observe que la société, faisant de la philosophie du droit sans le savoir, préfère une approche contractuelle plus souple à une institution traditionnelle jugée dépassée.

Le mariage n’est pas encore débarrassé de son aspect institutionnel en droit mais il semble bien qu’il le soit en fait. Il est donc logique de le rapprocher des autres formes de contrat. Si l’on choisit cette approche philosophique, la condition de différence de sexe entre époux est nettement moins défendable. Pourquoi refuser à deux personnes consentantes la protection du mariage, qui permet de protéger le conjoint survivant et les enfants, quand les autres formes de contrat ne le peuvent pas ? Pour quelle impérieuse raison, alors que le mariage n’est plus l’institution qu’il fut, peut-on encore refuser à deux hommes ou deux femmes la liberté de s’unir ?

En Belgique, où l’on a pourtant l’art de trouver des controverses pourvu qu’elles soient linguistiques ou communautaires, voilà bien une question réglée depuis longtemps : on s’y marie entre hommes ou entre femmes depuis huit ans.

Indignez vous !

Belgique. Plus de 200 jours sans gouvernement. Au delà de ce dernier épisode de crise politique et institutionnelle, la guerre de tranchée qui se livre dans le champ politique depuis des années ne donne pas de signe d’essoufflement. Si l’on en juge par l’agacement croissant, elle a plutôt tendance à empirer. La logique nationaliste des uns bute sans cesse et de manière plus irrémédiable à chaque fois contre la volonté des autres de conserver un semblant d’unité. Il faut se rendre à l’évidence, ces deux époux ne s’aiment plus, s’ils se sont jamais aimés. Comme dans un long divorce, avec ses discussions sordides et ses coups de gueule, les enfants passent de la colère à l’abattement en espérant surtout que ça s’arrête.

L’analogie est bancale, je sais. Les citoyens belges ne sont pas des enfants. Le monde politique belge, avec ses arrangements hallucinants, ses discussions minables et sa logique de clan, travaille en circuit fermé. Paradoxe, dans un pays pourtant très démocratique, où le vote est proportionnel et obligatoire, où les élus sont souvent assez proches des électeurs. Les citoyens se sentent impuissants face à une hystérie politique collective attisée par des extrémistes minoritaires. Les Belges sont les plus braves ? Peut-être. César soulignait aussi l’incroyable indolence de ces Gaulois querelleurs. Ils ont rejoint  l’empire, comme les autres.

Pourtant, il y a comme une légère brise de révolte qui souffle, comme une insurrection qui vient. À la Belge, bien sûr. Dans le petit royaume fritier comme chez Astérix, la caricature du belge placide et bonhomme n’est jamais loin. On s’amuse du prochain record du monde. On regarde, goguenard, les grandes personnes se gonfler le cou et monter sur les ergots. On a la blague facile et on proteste mollement en campant sa tente virtuelle devant le palais du premier ministre.

Se pourrait-il que l’agacement des citoyens prenne un tour plus sérieux ? L’appel à la manifestation pour le 23 janvier pourrait recueillir plus que les rieurs et les oisifs. Réunis sous la pluie (l’une des rares choses encore partagée équitablement entre le nord et le sud du pays), il se pourrait que les marcheurs du 23 montrent un soudain esprit de responsabilité, qu’ils exigent enfin des actes, qu’ils prennent un peu leur destin en main. Une sorte de passage à l’âge adulte. Ô Belgique, ô mère chérie ? Tes enfants ont un truc à te dire.