Incompétence et légèreté à la SNCB

Il y a quelques jours, un internaute est tombé par hasard, avec une simple recherche Google, sur un fichier de clients de la SNCB. Ce fichier contenait pas moins de 1 460 740 lignes, avec pour chacune les nom, prénom, email, adresse postale et numéros de téléphone. C’est un fiasco total puisque d’après la loi, ce type de données à caractère personnel ne peuvent être divulguées. La SNCB vient donc d’enfreindre plus d’un million de fois la loi en un clic.

Pour une discussion détaillée, je vous conseille le billet de Patrick Vande Walle sur les détails techniques et sur les mensonges de la communication de la SNCB. Je dis bien mensonge puisque l’entreprise prétend que l’internaute ayant découvert le fichier aurait usé d’un « stratagème », ce dont on ne peut sérieusement qualifier Google.

Il est tout à fait possible que la SNCB ait eu besoin de ce fichier pour des raisons internes comme préparer un emailing promotionnel, par exemple. En revanche, que ce fichier se retrouve pendant un mois sur un serveur web publiquement accessible est tout bonnement incompréhensible. Cela dénote de la part de la SNCB – au choix – de la légèreté ou de l’incompétence dans la gestion des données personnelles de leurs clients qu’elle a pourtant l’obligation légale de protéger.

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Capture via @alct

Mon hésitation entre les deux explications n’a malheureusement pas diminué lorsque, tout récemment, Hugo Poliart (conseiller communication en ligne de SNCB Holding) n’a pas trouvé mieux que d’ironiser sur cette affaire, dont la gestion par la filiale de son employeur n’est pas l’aspect le moins scandaleux. Dans un billet sur son blog personnel, supprimé depuis mais dont vous avez une capture dans cet article, il se moque de ces gens qui partagent leur vie sur les réseaux sociaux et s’inquiètent soudain de voir circuler leur adresse email.

L’ironie ne m’a pas complètement échappé moi non plus et j’aurais pu trouver son billet amusant si par ailleurs, en plus d’une fondamentale différence entre un partage volontaire et une fuite, le comportement de la SNCB n’avait pas été aussi déplorable. J’attends toujours un email d’excuse de la SNCB et l’assurance que des mesures seront prises. Faire preuve d’humilité me semble dans ce genre d’affaires l’attitude la plus efficace. Je signale que contacter les utilisateurs est aussi une obligation légale. Dans l’attente d’un mail, j’encourage tout le monde à contacter la Commission Protection Vie Privée.

Tant dans sa gestion technique des données que dans sa communication de crise, j’ai bien peur que la SNCB doive faire preuve d’un peu moins de légèreté et d’un peu plus de compétence.

Post scriptum. Hugo Poliart a souhaité que j’apporte la précision suivante : il n’est pas directement employé par SNCB mais SNCB Holding, la holding de contrôle de l’ancien monopole public. À propos de SNCB Holding, sachez que sa « mission consiste à fournir un certain nombre de services à ses deux filiales » SNCB et Infrabel. SNCB Holding gère le personnel et le patrimoine des deux sociétés.

La liberté n'est pas plurielle

Cette semaine, je suis tombé sur une affiche qui faisait la promotion du Festival des libertés. Si comme moi vous êtes curieux, vous vous demandez ce que c’est. D’après le site, il s’agit d’un événement « politique et artistique, métissé et créatif, festif et subversif » qui « mobilise toutes les formes d’expression pour se faire le témoin de la situation dans le monde, alerter des dangers qui guettent, rassembler dans la détente, inciter à la résistance et promouvoir la solidarité ». Je vous épargne le passage sur les « utopies ».

Ce manifeste des mutins de Panurge, qu’aurait pu ironiquement rédiger Philippe Muray si le brave homme était toujours vivant, n’est malheureusement rien d’autre que la bouillie mentale produite par notre époque. Une époque qui ressemble à un accident de train passé au ralenti, qui plongerait dans la mélasse. Ce n’est pas la vigilance citoyenne et la vertueuse solidarité subsidiée par nos impôts qui m’a dérangé. J’ai depuis longtemps l’habitude de la tartufferie d’une époque indignée mais qui vit à crédit. Non, c’est un point de sémantique très précis qui m’a immédiatement frappé : le pluriel du mot liberté.

Ceux qui écrivent « les libertés » pensent-ils donc qu’on peut les dénombrer comme on mesure un champ ? Croient-ils que la liberté se mesure à la longueur des barrières ? Existe-t-il une liste des libertés autorisées ? Doit-on rendre grâce à la mansuétude de nos maîtres de nous avoir donné de si longues chaînes ? Dans un festival, peut-être ? Ce pluriel suggère la finitude et le caractère dénombrable des libertés admises et dûment enregistrées. Ce pluriel représente le rabotement permanent que l’époque fait à la liberté. Je ne vois là rien à fêter.

Quand le pluriel veut dire moins que le singulier…

Comment je suis devenu un expert

Je n’avais pas vraiment prévu de passer à la télé. Denis avait refilé mon numéro de téléphone au journaliste (salut Éric). Pour le lancement de leur application mobile, il voulait parler de stratégie des groupes media belges. Je ne suis aucunement spécialiste de tout ça mais j’observe, je butine avec curiosité. Pourquoi ne pas en discuter ? C’est un peu de cette manière, par hasard, que je suis devenu expert à la télé.

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Le marché mobile semble faire rêver les groupes media traditionnels. Alors pour compléter ce court entretien, voici quelques réflexions personnelles sur ce nouveau marché.

Tout d’abord, un constat : le mobile est devenu une part significative du trafic web et cette tendance va s’accentuer. Les appareils sont de plus en plus performants et capables. Les consommateurs de smartphone sont de bons clients prêts à payer. Les nouvelles fonctions des smartphones ouvrent des opportunités (géolocalisation, near-field communication, connexion permanente, appareil photo et vidéo, etc.) et suscitent de nouvelles habitudes.

Malheureusement, il y a aussi des risques. L’accès aux consommateurs passe par un gatekeeper qui limite la fixation du prix, les contenus et les possibilités d’interaction. Le marché est fragmenté entre trois ou quatre plateformes. Il y a des limitations légales et réglementaires (par exemple le copyright par pays ou région). Enfin une application mobile, comme tout développement d’application, comporte des risques et des coûts non négligeables.

Aujourd’hui, il semble donc que les media belges soient encore frileux. Il existe bien quelques initiatives coordonnées (je pense à Immovlan par exemple) mais une stratégie qui englobe le mobile parmi tous les autres outils marketing semble faire souvent défaut [ce n’est que mon avis].

Il y a pourtant des pistes intéressantes à explorer. Tout d’abord, les media doivent réfléchir à la répartition entre contenu payant et gratuit. Ces deux types de contenu nécessitent des stratégies différentiées. Je ne suis pas certain qu’une application mobile soit nécessaire à un grand quotidien, par exemple. Ensuite, il y un gisement d’innovation à trouver dans la convergence entre IT et production de contenu (à la OWNI). Troisièmement, je pense que l’ère du mass media généraliste est dernière nous. Ce type de contenu perd de la valeur au profit de l’information spécialisée, de l’information de proximité et des analyses pointues. Enfin, ce qui est gratuit n’est pas forcément sans valeur. En effet, il ne faut pas oublier les effets de réseau. C’est tout le champ des media sociaux qu’il convient d’intégrer dans une stratégie, qu’elle soit mobile ou pas.

Je vais appliquer ces conseils à moi-même et m’arrêter là. Si vous voulez en savoir plus, vous pouvez me contacter. Maintenant que je suis expert à la télé, je fais payer. Je suis hors de prix.

Rire de tout

The world is full of risible little twerps.

One of the attributes of the British of which I am most proud is our reaction to Hitler and his regime: both during the war and subsequently, we’ve always found them so funny, so ridiculous.

It beggars belief, it is positively hilarious, that a whole country fell so completely in thrall to a posturing little prick like Hitler, who needed no help from our propagandists to look daft. […]

It’s perfectly possible – and important to our understanding of the human condition – to find that amusing, to laugh at the goose-stepping, the shouting and the pomposity, while simultaneously holding in our heads the tragic murderous consequences of Nazi power. That’s what makes the joke bite and also what reminds us that the massive disaster was human.

Churchill got this. It was no accident that he insisted on mispronouncing Nazi as « nar-zee » and referred disparagingly to « Corporal Hitler ». He wasn’t underestimating the scale of the threat or making light of people’s suffering. But he knew it was vital to remember that the evil men who were jeopardising civilisation were also risible little twerps.

We’ve always found Hitler hilarious, by 

Un truc simple pour arrêter de fumer

Comme disait le patron de Philip Morris, arrêter la cigarette c’est facile. Vous n’êtes pas obligé de le croire. En ce qui me concerne, j’ai trouvé un moyen simple pour arrêter de fumer. Pour réussir, il m’a fallu deux ingrédients : 1) de la volonté et 2) une compensation. Je conviens que ces deux éléments ne sont pas toujours faciles à trouver.

La plupart des fumeurs n’ont pas vraiment envie d’arrêter. D’abord les fabricants (comme Philip Morris) mettent des ingrédients dans leurs produits pour s’assurer de leur effet addictif maximum. Ensuite, la cigarette est une mauvaise habitude dont on ne peut se défaire qu’en la remplaçant par d’autres, ce qui demande un effort. Enfin, le tabac est un produit délicieux (il m’arrive encore d’en consommer de temps en temps) et ce serait dommage de s’en priver définitivement.

La volonté vient progressivement avec la réalisation que la cigarette est une aliénation. Il faut se rendre à l’évidence, elle est une nuisance sociale, économique et sanitaire. Elle contribue aux profits d’entreprises opaques et malhonnêtes, maintient des paysans dans la dépendance, pollue, tue et empeste. Globalement, je crois qu’elle est plus nuisible à la société que les mines anti-personnel. La cigarette, c’est à peu près Hitler. Qui préférait la cocaïne, d’ailleurs. Mais je m’égare.

Tous ces arguments moraux sont sympathiques mais ce ne sont pas eux qui m’ont décidé d’arrêter. Si j’ai cessé de fumer, c’est d’abord pour ma santé. Je respire mieux, je dors mieux, je goûte mes aliments et je ne sens plus le vieux cendrier. Le seul bémol, c’est que j’ai pris dix kilos. Je pense que mon arrêt du tabac va demander quelques ajustements alimentaires.

Une fois la décision prise, reste à trouver une compensation. Il ne s’agit pas de gagner quelque chose mais bien de remplacer une mauvaise habitude par une bonne. En somme, il me fallait un substitut. C’est la lecture d’un livre passionnant sur la charité, Who Really Cares de Arthur Brooks, qui m’a donné l’idée. Sur les 150€ par mois que je ne dépense plus (sans rien faire), j’allais consacrer 10€ par semaine à un acte de charité.

Je note donc toutes les semaines le montant et le récipiendaire de ces 10€. À l’heure où j’écris, j’ai arrêté de fumer il y a 18 semaines soit 4 mois et demi. Et en bonus, j’ai donné 180€ à des gens qui en avaient besoin. Je ne sais pas si la cupidité rend malheureux mais je vous assure que la charité est une excellente thérapie. En tout cas elle n’a que des effets bénéfiques. Tout l’inverse du tabac.

Anders Behring Breivik ? À qui est ce fou ?

Vendredi en fin d’après-midi, Anders Behring Breivik a fait exploser une bombe de forte puissance en plein cœur d’Oslo, sans doute pour faire diversion, puis a pris la direction de l’île d’Utøya où il a froidement abattu plusieurs dizaines de jeunes militants du parti travailliste, réunis pour l’université d’été de leur parti. Il y aurait plus de 90 morts. Pour préparer une opération où la froide méticulosité le dispute au déchainement de violence aveugle, Breivik avait pris soin de rédiger quelque mille cinq cents pages d’un manifeste dans lequel il détaille sa haine du multi-culturalisme, sa vision d’un ethno-différentialisme exacerbé fustigeant tour à tour les musulmans, les marxistes, la gauche, l’Europe.

Face à l’horreur insoutenable des faits, progressivement rapportés par la presse, la raison vacille à embrasser les tenants et aboutissants de cet incroyable événement. Tentant de surmonter l’hébétude, nous avons cherché à comprendre à la hâte, à mettre en forme, en récit l’absurdité. C’est avec intérêt et tristesse que j’ai observé, sur les réseaux comme ailleurs, le processus de distanciation que tout un chacun met en œuvre pour supporter l’insupportable. C’est ainsi que les conservateurs ont fait le portrait d’un fou solitaire et délirant. C’est ainsi que les progressistes le dépeignent comme un réactionnaire fanatique des armes et de suprématie raciale.

Ce que certains semblent ignorer, c’est la part terrible d’humanité qu’il y a chez Breivik. Il est peut-être fou, psychopathe, incapable de la moindre empathie. Nous commettrions l’erreur de succomber au même mal. Breivik n’est pas uniquement le produit d’un camp contre un autre. il n’est pas seulement le fruit d’un récit fantasmatique et cohérent de haine de l’autre. Nous le sommes tous un peu. Que nous ayons tous pensé à un attentat islamiste et que les faits, arrivant progressivement, nous aient révélé une toute autre motivation n’enlève rien au danger de ces discours radicaux, surtout quand de temps en temps ils produisent des actes aux conséquences funestes. Entre deux réjections radicales, il ne peut y avoir de choix. Nous sommes tous embarqués dans la même dialectique mortifère, moi y compris. C’est celle qu’il convient de briser : je suis Breivik, un peu. Je suis norvégien, beaucoup.