Archives pour la catégorie Messiaen

Turangalîla-Symphonie

Je continue ma plongée dans l’œuvre d’Olivier Messiaen : Turangalîla-Symphonie est une symphonie pour orchestre, piano solo, ondes Martenot, glockenspiel, celesta, vibraphone, et diverses percussions.

Le titre vient du sanscrit : Turanga peut signifier le temps, le tempo et lîla le jeu, le mouvement, la force créatrice ou l’amour. L’œuvre est donc composée de plusieurs chants d’amour aux rythmes complexes, qui dégagent une énergie extraordinaire. Mais bon, Finis Africae en parle mieux que moi.

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Je dors, mais mon cœur veille

Citation du Cantique des cantiques et dix-neuvième des Vingt regards sur l’enfant Jésus, d’Olivier Messiaen. Toute la poésie mystique du Maître dans cette œuvre évoquant à la fois la communication particulière entre Dieu et les hommes dans leur sommeil et la miséricorde infinie de Jésus. Cet état de conscience, hors du monde et pourtant plus proche de la Vérité. Une sorte de berceuse mystique, orientale et rêveuse. J’en tremble les yeux mouillés en l’écoutant

Vingt regards : 6. Par lui tout a été fait

Joyeuses Pâques !

Pour fêter ça, voici une évocation de la Création par Messiaen : c’est une pièce d’une grande difficulté de la suite pour piano « Vingt regards sur l’Enfant Jésus ». La structure est complexe et difficile. Repérez surtout les « agrandissements asymétriques » de la main gauche, très caractéristiques. Une interprétation très puissante de Muraro, qui aurait pu jouer plus nuancé… mais c’est quand même impressionnant. Notons que la première partie est bien une fugue, voir d’ailleurs un billet très amusant sur ce sujet.
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La Nativité du Seigneur

Je continue tant bien que mal la série sur l’œuvre d’Olivier Messiaen. Je reprends ici en le traduisant un extrait du livret qui accompagnait le concert de Westminster auquel j’ai assisté tout récemment.

Cette « Nativité » est une œuvre composée en 1935, dans une période très heureuse de la vie du compositeur. Elle regroupe 9 méditations (chiffre mystique) ou tableaux. Elle est d’emblée considérée comme une œuvre importante. Messiaen détaillera d’ailleurs dans la préface les différentes techniques musicales utilisées, en particulier les fameux modes à transposition limitée et certaines innovations rythmiques.

D’un point de vue théologique, ces méditations reposent sur cinq idées principales :

  • Notre destinée s’accomplit par l’Incarnation du Verbe,
  • Dieu vit et souffre parmi nous,
  • La naissance éternelle du Verbe, la naissance temporelle du Christ et la naissance spirituelle des chrétiens,
  • Une description de certains personnages de la Nativité qui lui confèrent une poésie particulière, comme les Anges, les Rois mages et les Bergers,
  • Neuf pièces au total pour honorer la Vierge Marie.

Pour chaque méditation, je rappellerai juste ici le texte qui l’accompagne.

1. La Vierge et l’Enfant
Conçu par une Vierge un Enfant nous est né, un Fils nous a été donné. Sois transportée d’allégresse, fille de Sion ! Voici que ton roi vient à toi, juste et humble. (Isaïe)

2. Les Bergers
Ayant vu l’Enfant couché dans la crèche, les bergers s’en retournèrent, glorifiant et louant Dieu. (Luc)

3. Desseins éternels
Dieu, dans son amour, nous a prédestinés à être ses fils adoptifs, par Jésus-Christ, à la louange de la gloire de sa grâce. (Éphésiens)

4. Le Verbe
Le Seigneur m’a dit : tu es mon Fils. De son sein, avant que l’aurore existât, il m’a engendré. Je suis l’Image de la bonté de Dieu, je suis le Verbe de Vie, dès le commencement. (Jean)

5. Les Enfants de Dieu
À tous ceux qui l’ont reçu, le Verbe a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. Et Dieu, a envoyé dans leur cœur l’Esprit de son Fils, lequel crie : Père ! Père ! (Jean)

6. Les Anges
L’armée céleste louait Dieu et disait : gloire à Dieu au plus haut des cieux ! (Luc)

7. Jésus accepte la souffrance
Le Christ dit à son Père en entrant dans le monde : vous n’avez agréé ni holocaustes, ni sacrifices pour le péché, mais vous m’avez formé un corps. Me voici ! (Hébreux)

8. Les Mages
Les Mages partirent, et l’étoile allait devant eux. (Matthieu)

9. Dieu parmi nous
Paroles du communiant, de la Vierge, de l’Église toute entière : celui qui m’a créé a reposé dans ma tente ; le Verbe s’est fait chair et il a habité en moi. Mon âme glorifie le Seigneur, mon esprit a tressailli d’allégresse en Dieu mon sauveur. (Jean et Luc)

La septième méditation convient tout à fait à Pâques. ;-)

Joyeuses fêtes !

Latry joue Messiaen à Westminster

Olivier Latry joue Messiaen : L’Apparition de l’Église Éternelle et La Nativité du Seigneur.

J’y étais. Quelle soirée extraordinaire ! L’instrument de Ouestmoutiers est un orgue moderne (1937) de 84 jeux et 5 claviers, idéalement situé au centre de l’édifice, sur le jubé qui sépare le chœur de la nef. Il sonne merveilleusement, je trouve.

Latry était impeccable (comment pourrait-il en être autrement ?), il a même joué avec encore plus d’introspection. Quel moment de grâce fabuleux ! Le temps à Londres était triste, mais franchement, ça n’avait aucune importance. :-)

Apparition de l’Église Éternelle

C’est le nom d’une œuvre de Messiaen qui signe là presque son entrée dans l’histoire musicale contemporaine (il a 24 ans) et la première piste du disque dont je parlais naguère. Cette pièce pyramidale (cathédrale ?) nous propose une progression harmonique sur un rythme simple, culminant au milieu par un accord impressionnant, citation du fameux poème symphonique « Also sprach Zarathustra » de Richard Strauss, inspiré de Nietzsche.

Cette progression m’évoque certes l’émergence de l’Église unique, sortant de la nuit des catacombes, baignant dans le sang des martyrs et luttant pour sa survie. Mais l’accord central, d’une terrifiante intensité, me fait plutôt penser à l’acte de foi convaincu d’un homme qui pense que l’Église est en fait la manifestation la plus éclatante de Dieu, c’est-à-dire que l’Homme est fait pour célébrer Dieu par son Église et réaliser ainsi Sa volonté. Cette idée s’oppose évidemment aux idéaux nietzschéens de surhomme, proclamant que Dieu est mort. La forme pyramidale, en revanche, est plutôt mystérieuse. Comme un écho du cri d’amour de l’Église se perdant dans l’éternité ? Symbole de la permanence de l’Église ? Vision d’architecture ?

Une œuvre énigmatique et très mystique, donc.