Auteur/autrice : francbelge

  • Cabotage scientifique par gros temps

    Dans le débat sur l’ouverture du mariage civil aux personnes de même sexe qui a lieu en France, il faut reconnaitre que les catholiques conservateurs sont de valeureux adversaires. Minorité en voie d’extinction, ils sont à l’avant-garde de la bataille, servant commodément d’épouvantails, de supplétifs ou d’armée de réserve. Ils ont soulevé de nombreux arguments contre cette ouverture, certains de bonne foi. L’affaire était pourtant assez mal engagée. Il semblait difficile de rallier un nombre important de Français autour d’une défense ringarde du patriarcat. L’opposition a donc déployé beaucoup d’ingéniosité pour éviter de parler du fond du problème : l’égalité en droit des homosexuels.

    L’une de ces ficelles les plus habiles, c’est la défense des enfants. L’évocation de bambins en danger est un moyen efficace pour recevoir de l’attention et se donner le beau rôle. Malheureusement, il ne suffit pas d’en appeler au secours de l’enfance, la larme à l’œil, pour gagner un argument. Il faut prouver que les enfants sont effectivement en danger. On quitte là le doux rivage du Droit pour les mers déchainées de la Science. C’est mon domaine.

    Appareillez la barque et montez donc à bord avec moi dans l’article de Koz. N’ayez crainte, ce n’est pas très profond. L’auteur commence par une touchante évocation de son fils : « Il se contente de célébrer un état de fait. La situation dont il bénéficie, celle qu’il voit autour de lui. »

    Le lecteur se félicitera de savoir que ce jeune enfant reconnait son papa et sa maman. Avec cet échantillon scientifique peu représentatif, disons que nos pieds font trempette sans même mouiller l’ourlet du pantalon. L’auteur, bien conscient de l’impact limité de cet argument, se fait fort de démontrer qu’avoir un père et une mère, c’est effectivement bon pour un enfant : « On nous demande de démontrer ce que l’on n’a jamais imaginé contestable, de justifier que ce serait réellement bon pour l’enfant, que cela lui serait nécessaire, qu’il bénéficierait de cette altérité, de cette complémentarité. »

    Malheureusement, sur les flots impétueux de la Science, rien n’est incontestable et tout doit être démontré. Juché sur la hune, vous pouvez crier aux étoiles que la Terre est plate. Elles n’en ont cure. S’en suit donc un argument d’autorité : « La complémentarité du père et de la mère n’est ni une lubie, ni un lieu commun, ni une convention sociale, ni une habitude, et pas davantage une modalité d’éducation alternative. Non, c’est une réalité constatée et éprouvée. »

    Le lecteur se demandera par qui et dans quel contexte cette réalité intangible pluri-millénaire a-t-elle été constatée. Probablement pas chez les Na du Yunnan. Heureusement, l’auteur a trouvé des vrais scientifiques avec des vraies publications pour appuyer sa thèse. Par exemple, des chercheurs indiquent que : « les interactions mère-enfant ne sont pas équivalentes aux interactions père-enfant. »

    Cette assertion est appuyée sur une série d’études publiées, puis l’idée est développée par l’auteur. Nous sommes au milieu de la mare : le fait qu’un père joue avec son enfant aura une influence sur l’attachement de ce dernier. La qualité de cet attachement aura une influence sur la sociabilité de l’enfant puis de l’adulte. L’attachement d’un nourrisson est plus fort envers sa mère, qui le nourrit, que son père. On rame, on approche enfin. Il n’y a que trois nœuds de fond mais on navigue !

    Koz nous régale avec de nombreuses études sur la dynamique binaire entre père et mère, leur complémentarité et son caractère épanouissant : « père et mère n’apportent pas les mêmes ressources à leur enfant, et de fait, représentent tous deux des figures d’attachement importantes. »

    Serions-nous arrivés en pleine mer ? L’auteur a-t-il finalement démontré que les couples homosexuels sont dangereux pour les enfants ? Hélas non. La mare est bien trop petite. Si l’auteur a démontré que dans les couples hétérosexuels, les rôles du père et de la mère sont différenciés et complémentaires, il a fait la lourde erreur de tirer de ces observations une conclusion naturaliste voire finaliste : « cette complémentarité du père et de la mère correspond aux besoins de l’enfant. » Comme la gouttière correspond à la pluie ou le chat à la souris ?

    Se pourrait-il que d’autres constructions sociales permettent d’élever des enfants épanouis ? A-t-on comparé l’efficacité de ces constructions alternatives dans les couples homosexuels qui élèvent des enfants ? Comment se construit la dynamique affective dans ce cas là ? Koz n’en dit rien, il a abandonné le navire : « il s’agit là de l’observation d’une réalité, pas de quelque idéologie avide de faire correspondre la société à une hypothèse préétablie, de remodeler l’homme et la femme selon quelques théories du genre. »

    Patatras, nous retournons sur le rivage, à peine mouillés mais un peu nauséeux.

  • Vidéo : “My Whole Family Thinks I'm Gay”

    “Even my boyfriend thinks I’m gay…” Bo Burnham

    [youtube https://www.youtube.com/watch?v=r5b59Lg3CJY&w=760&h=427]

  • Bicyclette 2.0, application iPhone et iPad pour les vélos en libre service à Bruxelles et Namur

    Si comme moi vous prenez souvent les transports en commun, une nouvelle application pour les vélos en libre service pourrait vous intéresser. Bicyclette est une application iOS gratuite pour iPhone et iPad qui permet de trouver rapidement un vélo en libre service. La première version ne fonctionnait que pour les Vélib à Paris. La version 2.0 qui est en bêta-test proposera plus de 50 villes en France et dans le monde, dont les Villo à Bruxelles et Li bia vélo à Namur.

    L’application est très simple. Elle utilise la géolocalisation pour vous indiquer sur une carte les stations de vélo à proximité, les vélos restant et les places libres pour vous garer. Si vous avez des stations préférées, vous les mettez simplement en favori. L’application va alors définir une geofence (barrière virtuelle). Quand vous approchez d’une station favorite, Bicyclette vous notifie des vélos et des places disponibles automatiquement. Efficace, non ?

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    Nicolas cherche des testeurs pour son application, c’est l’occasion de lui demander pourquoi et comment il l’a conçue :

    — Ça fait combien de temps que tu développes Bicyclette ?

    — Au total, j’ai bien dû y passer 3 ou 4 mois de travail. En fait, j’avais fait la toute première version en une soirée [fin 2010], parce que j’en avais besoin et que l’application Vélib officielle était vraiment nulle. A l’époque Cyclocity/JCDecaux, le prestataire pour Vélib, interdisait toute réutilisation de ses données et faisait retirer de l’App Store les applications tierces. Mais depuis l’été dernier, en raison des discussions autour de l’open data, il a été décidé d’un « moratoire sur les retraits ». J’ai vu apparaitre un paquet d’applications de qualité variable, et je me suis décidé à sortir la mienne.

    — Pourquoi l’open source ? Tu as un business model, comme disent les étudiants d’école de commerce ?

    — Le projet était open source par nécessité, à l’origine. Je ne pouvais pas le publier [sur l’App Store] de toute façon. Espérer gagner de l’argent en mettant à disposition des données déjà accessibles un peu partout dans des applis tierces, et récupérées de façon plus ou moins officielle, ce n’est pas un vrai business plan. Je fais ça avant tout pour le plaisir. D’un autre côté, comme je suis freelance, ça me ramène quelques clients. Il y a aussi un système de dons (In-App Purchase) dans l’application, environ 1 personne sur 100 donne quelque chose.

    — Bicyclette 2.0 s’étend à 50 villes. Comment récupères-tu toutes ces données ?

    — C’est un casse-tête ! Il faut que je fasse une note de blog là dessus. La première source, ce sont les projets open source comme le mien. J’ai aussi analysé les sites web ou le trafic réseau des applications. En fait, sur toutes les villes et les réseaux, il y en a 5 ou 6 qui ont une vraie politique open data, par exemple Rennes et Bordeaux. J’ai essayé d’entrer en contact avec les responsables de chaque réseau : la plupart du temps, je n’ai pas eu de réponse ou seulement « j’ai fait suivre aux personnes compétentes ». La plupart de ceux qui se sont donné la peine de répondre m’ont dit en substance : « euh, faites comme vous voulez ». En général, ils ne voyaient pas franchement ce que je voulais faire, alors leur parler d’open data…

    — Tu as traduit ton application ? Tu vises la domination mondiale ? Tout cela n’est qu’un affreux complot ?

    L’application est traduite en français et en anglais (le site viendra). Les gens de Nextbike, le plus gros réseau allemand, m’ont fait une super surprise et m’ont carrément envoyé les traductions de l’application sans que je leur demande !

    — Quelles sont les prochaines étapes après le lancement de la version 2 ?

    — Comme je le disais, je fais ça pour le plaisir. D’un autre côté, c’est bon pour mon business. Et puis, je ne suis pas un intégriste de l’open data, mais si ça peut faire avancer la réflexion, c’est aussi bien.

    Toutes les données de Bicyclette sont accessibles.

    La version 1 de Bicyclette est disponible sur l’App Store.

    Enregistrez vous pour participer au bêta test de la version 2. Si vous êtes néerlandophone, n’hésitez pas à aider Nicolas pour la traduction.

    Suivez Nicolas sur twitter.

  • Vidéo : un vieil ami qui vous veut du bien

    Microsoft a sorti une publicité pour le nouvel Internet Explorer. Vous vous souvenez des bananes, des coupes au bol, des Reebok Pump et des modems 56k ? Je crois que préfèrerais oublier.

    [youtube https://www.youtube.com/watch?v=qkM6RJf15cg&w=760&h=427]

  • Vidéo : pourquoi l'alunissage d'Apollo 11 n'est pas un faux ?

    S. G. Collins, réalisateur de films, explique pourquoi en 1969 il était plus simple d’aller sur la lune que de filmer en studio un faux alunissage en direct.

    [youtube https://www.youtube.com/watch?v=sGXTF6bs1IU]

    Via kottke

  • Livre : Lufthansa + Graphic Design

    Lufthansa and Graphic Design: Visual History of an AirplaneAmerican Airlines vient d’annoncer le changement de sa marque. Son nouveau logo et sa nouvelle typographie ont reçu un accueil mitigé, avec des qualificatifs allant de « moderne » à « chiant ». Lufthansa, en revanche, a conservé son design qui date des années 60. Un ouvrage en anglais et en allemand vient de sortir qui est consacré à la recherche esthétique qui a conduit à la création de la marque Lufthansa. Avec beaucoup d’Helvetica, bien entendu.

    Signalé par Dan Frommer

  • Lien du weekend : le transfert de matière fécale

    Une étude néerlandaise publiée dans le New England Journal of Medicine démontre l’efficacité du transfert de matière fécale pour soigner une infection intestinale par la bactérie Clostridium difficile. Cette infection provoque des diarrhées, vomissements et de la fièvre. Elle tue des milliers de personnes chaque année (14 000 rien qu’aux États-Unis). Elle est souvent contractée à l’hôpital à la suite d’un traitement antibiotique qui a détruit la flore intestinale normale. Avec un traitement classique par antibiotique, 20% des patients sont victimes de rechute. Avec le transfert de matière fécale, la guérison atteint presque 100%.

    Le traitement est très simple. Il suffit de prélever des matières fécales chez une personne en bonne santé. Ces matières contiennent plusieurs milliers d’espèces de bactéries différentes. Toutes ces bactéries saines forment un écosystème en équilibre. C’est cet écosystème qui est détruit par les traitement antibiotiques, permettant à une bactérie opportuniste comme C. difficile de prospérer. Les matières sont ensuite diluées dans une solution saline et infusées dans l’intestin du patient par les voies naturelles.

    Vous remarquerez qu’on peut généraliser cette info combinant what the fuck, science, écologie et médecine. La notion de diversité et d’écosystème en équilibre ne s’applique pas qu’aux intestins. Quand un agriculteur stérilise son champ avec des produits « phytosanitaires », il s’expose à des rendements plus faibles à cause de l’érosion. Quand un gouvernement interdit la concurrence entre les taxis, il favorise la fraude et la montée des prix. Et un service merdique.

  • Luke Skywalker et l'Ordre de la Machette

    tumblr_static_8kg0qcmwyh8o84kcgck0wkgsoJ’ai participé un peu à mon corps défendant à un semi-marathon Harry Potter récemment et cela m’a rappelé une autre fameuse saga à épisodes. Depuis l’annonce du rachat de Lucasfilm par Disney et de la sortie d’un nouvel épisode en 2015, beaucoup de fans de la saga Star Wars sont inquiets pour l’œuvre de George Lucas. En effet, il a sorti trois nouveaux épisodes à l’accueil critique mitigé et qui ont dilué dans le sirop la trilogie initiale. Il y a tout lieu de penser que cette tendance s’accentuera sous le patronage de Mickey.

    Il y a pour l’instant six films « canoniques » mais à la grande différence de la saga Harry Potter, la trilogie initiale a été fortement remaniée par l’auteur pour faire rentrer maladroitement les trois nouveaux films dans un ensemble apparemment cohérent mais très inégal. En particulier, si l’on regarde les films dans l’ordre numérique, l’événement dramatique central de l’épisode V est éventé. Pour l’amateur de Star Wars ou celui qui voudrait découvrir l’œuvre, il reste donc une question : dans quel ordre regarder ces six films ?

    Rod Hilton dans son article The Star Wars Saga: Introducing Machete Order propose une solution très originale : regarder les épisodes IV et V puis les épisodes II et III en un grand flashback puis enfin l’épisode VI qui clôt la saga. Vous remarquerez qu’il fait l’impasse sur le premier épisode, c’est-à-dire le premier film de la « nouvelle trilogie ».

    Cette solution a de nombreux avantages. D’abord elle élimine d’emblée les personnages très secondaires et idées discutables introduits dans l’épisode I et oubliés dans les épisodes suivants, dont le très horripilant Jar Jar Binks et le scientisme benêt sur l’origine de la Force. Ensuite elle crée une forte tension dramatique entre l’épisode V, qui termine de manière presque désespérée avec la mutilation de Luke, la capture de Han et la dispersion de la rébellion, et la résolution finale de l’épisode VI. Enfin, elle met habilement en parallèle le chemin de Luke Skywalker avec celui d’Anakin dans le flashback des épisodes II et III.

    J’ai donc enfin trouvé une raison d’acheter les épisodes II et III en DVD.

    L’article déjà ancien sur le Machete Order a été signalé par Daring Fireball.

  • Dix mots qui n'existent pas en français

    Age-otori (japonais) : être moins beau en sortant de chez le coiffeur.

    Bakku-shan (japonais) : une fille jolie seulement de dos.

    Forelsket (norvégien) : l’euphorie quand on tombe pour la première fois amoureux.

    Litost (tchèque) : le tourment provoqué par la vision soudaine de son propre malheur.

    Nunchi (coréen) : l’art délicat d’écouter, de sentir l’humeur d’une autre personne et d’avoir la réaction appropriée.

    Pena ajena (mexicain) : l’embarras ressenti devant l’humiliation de quelqu’un.

    Pochemuchka (russe) : une personne qui pose trop de questions.

    Sgriob (gaélique) : la brûlure de la lèvre supérieure provoquée par une gorgée de whisky.

    Tingo (pascuan) : emprunter un à un les biens de son voisin jusqu’à ce qu’il n’ait plus rien.

    Waldeinsamkeit (allemand) : le sentiment de solitude en forêt.

    Tiré de “25 Handy Words That Simply Don’t Exist In English” par Alex Wain

  • Liens du weekend : wobbulator

    Si vous préférez les vieux sons des années 60 à la chanson kilométrique de My Major Company, je vous conseille d’aller voir les petites expériences de la BBC avec les technologies web d’aujourd’hui.

    wobbulator

     

    Une lecture plus sérieuse pour finir : “America’s Real Criminal Element: Lead” raconte pourquoi la pollution au plomb est en partie responsable de la violence aux États-Unis.