La journée mondiale des toilettes. Bullshit ?

Je suis tombé sur un article de Vers l’avenir – presse de qualité – qui m’a énervé, m’a fait crier, hurler et surtout rire. Aux larmes, bien sûr. L’article est intitulé : « 30 % de notre facture d’eau file dans les W-C ».

Je vous livre l’introduction (le chapeau, comme on dit) :

« Vendredi [c’est-à-dire aujourd’hui], c’est la journée mondiale des toilettes. L’occasion de se pencher sur un problème bien trivial s’il n’était un gros souci environnemental. »

On nous explique donc que toute cette eau gâchée est un grave problème, que c’est la Nature, les oiseaux et les bébés phoques qu’on assassine. En effet, « par an et par personne, 15 000 litres d’eau potable juste pour jeter nos crottes ! », s’exclame Aline Wauters, animatrice à la Maison du développement durable, à Louvain-la-Neuve. Quel dommage. Mais que faire ? Les toilettes sèches, bien sûr ! « Réservées jusqu’il y a peu à un public ultra-confidentiel, elles commencent à percer. » J’espère qu’elles ne percent pas trop…

« On enregistre un véritable boom des toilettes sèches grâce aux festivals de musique », s’enthousiasme la brave Aline.

Car les toilettes sèches, c’est formidable. C’est festif, c’est jeune, c’est « un mode de vie global ». J’oserais dire un mode vie total. Car non seulement on économise de l’eau, mais les toilettes sèchent permettent de réutiliser les excréments !

Aline termine sur cette phrase formidable :

« On traite aujourd’hui ce qui sort de notre corps comme un déchet. Or qu’est-ce que c’est? Ce sont les restes de notre pomme, de notre tartine, c’est le cycle de la vie. Les enfants adorent le principe de la toilette sèche, leur caca permet aux fleurs de pousser. C’est merveilleux pour eux. »

C’est vraiment merveilleux, en effet. Sauf qu’un rapport du PNUD (en 2006) nous explique que plus d’un milliard de personnes se voient refuser le droit à l’eau potable, tandis que 2,6 milliards n’ont pas d’installations sanitaires adéquates.

« Chaque année, 1,8 millions d’enfants meurent de diarrhée qui pourrait être évitées avec l’accès à l’eau potable et à une toilette ; 443 millions de jours de scolarité sont perdus à cause de maladies liées à l’eau ; et presque 50 pour cent de toutes les personnes se trouvant dans des pays en développement souffrent à un moment donné d’un problème de santé causé par une pénurie d’eau et d’installations sanitaires. »

La petite litanie sur le gaspillage, dans un pays (la Belgique) qui comme chacun sait manque cruellement d’eau (> 50 L/m2 ces derniers jours), commence doucement à me gonfler. Non, la journée mondiale des toilettes n’est pas l’occasion de se pencher sur un problème trivial. Non, les toilettes ne sont pas un « sérieux problème environnemental ».

La réalité, c’est que des milliards de gens vivent dans leur merde. C’est ça le sens de la journée mondiale des toilettes. Ça et pas les conneries écolo-bobo des culs propres européens.

Retrouvez la chronique hebdomadaire de mes grands combats sur le podcast « On a toujours raison » !

Photo CC by-nc-sa par nitot

Le monde virtuel et ma main sur la gueule

Quand j’entends l’expression monde virtuel, je sors mon revolver. Mon bullshit detector s’allume, clignote et fait du bruit.

« Où est la vraie vie ? Irréelle et IRL…Les deux réalités se confondent et s’imbriquent de plus en plus inextricablement. Peut-être sommes nous des transhumains, en train de fusionner avec le réseau grâce nos pseudopodes numériques – smartphones, tablettes et autres laptop – qui deviennent comme des prolongements de nous mêmes… »

Frères humains, qu’est-ce que Twitter a fait de nous ? par Jean-Christophe Féraud

Ce n’est pas que les expériences sur les réseaux informatiques soient plus ou moins réelles qu’une soirée au coin du feu avec un bouquin, c’est qu’elles sont différentes. Les relations que nous avons avec nos proches sont tout aussi virtuelles que celles qu’on peut avoir avec un étranger à l’autre bout de la planète. Ou plutôt, elles sont aussi réelles. Quelle différence, vraiment, entre des relations sociales entretenues via un réseau et celles entretenues par la rencontre physique. Et ce mode de socialisation est-il vraiment nouveau ? J’en doute. Cette distinction binaire n’a, je le crains, pas beaucoup de sens.

P.S.: mettre un extrait de Blade Runner en VF. quelle horreur…