[Slate.be] L'expérience belge

Le magazine Slate a tenu à célébrer la fête nationale belge et les quelque 400 jours sans gouvernement en laissant la parole à des Belges ou assimilés. Dont moi.

Mais alors, qu’est-ce donc qu’un pays sans gouvernement ? Un miracle d’auto-gestion baba-cool? Un paradis libertarien? La Belgique est loin d’être un paradis et l’absence de décisions politiques a parfois des conséquences importantes à long terme. C’est le cas par exemple de la politique scientifique belge. Nous allons voir qu’elle illustre très bien les défis et les risques de la crise actuelle… [La suite est à lire sur Slate]

Sciences: la mauvaise expérience belge

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Au commencement était le Verbe

« Jusqu’à présent, le Front national new look de Mme Le Pen n’exerce à peu près aucun pouvoir réel si ce n’est sur les imaginations. L’excitation médiatique qui l’entoure se nourrit essentiellement de sondages. Des sondages qui, eux, ne reflètent rien d’autre qu’une opinion fictive construite par les questions qui sont posées à ceux qui veulent bien y répondre. »

La fascination Marine Le Pen, par Jérôme Anciberro

Et parler du mirage Le Pen revient paradoxalement à le faire exister.

Souvenirs du 10 mai 1981

François MitterrandJe suis un bébé Mitterrand. J’ai un peu plus d’un an quand il arrive au pouvoir. Quand j’étais enfant ou jeune adolescent, le pape s’appelait Jean-Paul et le président de la République s’appelait François, comme si leur nom était attaché à leur fonction. Si sa politique économique a été mauvaise, bien que très généreuse, son mandat a été particulièrement important sur le plan social et symbolique : abolition de la peine de mort, libéralisation des médias, décentralisation, abrogation du délit d’homosexualité. Ces décisions importantes ont conforté une mythologie de gauche qui a fini par donner l’impression que Giscard avait été Pinochet. Ce mythe a toujours eu le don de me faire rire, au point que j’ai développé une certaine affection pour ce dernier. Aujourd’hui encore, ils sont nombreux à gauche à attendre le prochain Mitterrand.

Le meilleur candidat de gauche, le nouveau Mitterrand, se pourrait-il que ce soit Dominique Strauss-Kahn ? Comme son illustre prédécesseur, il a trempé dans quelques coups tordus comme l’affaire de la MNEF, l’affaire Elf et l’affaire Méry (de manière particulièrement rocambolesque pour cette dernière). Mitterrand était issu de la bourgeoisie conservatrice. DSK est à la tête d’une confortable fortune personnelle, même s’il a adopté les goûts automobiles des plus vulgaires parvenus. C’est un trait qui le rapproche plus de l’actuel président Sarkozy que du défunt Mitterrand. En revanche, ses mœurs licencieuses – qui ont bien failli lui coûter sa place au FMI – lui font indubitablement un point commun avec le grand homme. Aussi queutard et tricheur que Mitterrand, aussi bling-bling que Sarkozy, DSK est donc une sorte de synthèse de l’époque. Ce qui en fait un excellent candidat.

Pourtant, si je devais risquer un pronostic, je dirais que les mêmes raisons qui poussent à rejeter Sarkozy causeront tout autant la défaite de DSK. Heureusement qu’il y a une troisième candidate. Oh, wait…

Twitter est de droite, Facebook est de gauche

J’ai toujours eu l’intuition que Twitter était de droite et Facebook était de gauche. Comme toute activité sociale humaine, elle est politisée. Cette intuition semble être régulièrement confirmée par des faits ou des anecdotes. Cela n’en fait pas une théorie mais accordez moi qu’elle est amusante.

Peuple de Facebook, aristocratie de Twitter et sociologie de comptoir

Ce qui frappe l’observateur habitué à la fréquentation des deux plateformes, c’est la composition sociologique assez différente de ses utilisateurs. Facebook est un très grand réseau qui ressemble beaucoup à la population générale. La recherche du consensus, les idées convenues voire les clichés, vous assurent une quantité raisonnable d’interactions avec vos contemporains. Facebook, c’est le réseau centriste, gentiment mendésiste ou social-démocrate. C’est le réseau qui aime les enfants, les chats et les bombes qu’on envoie sur les dictateurs (mais pas sur les enfants ou les chats). Facebook n’a pas besoin d’une journée nationale du premier degré sur internet. Facebook est le terrain de jeu des classes populaires et des professions intermédiaires, des instituteurs et des caissières. Ça pue la sueur et donc la gauche.

Twitter en revanche est exclusivement peuplé de cadres blackberrisés qui twittent entre deux avions. Twitter rassemble une petite élite sociale qui n’a que faire du kolkhoze facebookien. Cette élite n’a pas envie de frayer avec la plèbe. D’ailleurs, elle snobe MySpace et les skyblogs depuis longtemps. En fait, elle les snobe depuis le début parce qu’elle sait, cette élite, que c’est forcément nul puisqu’elle l’a décidé. C’est un privilège de classe de pouvoir dire le bon goût. Peuplé d’influenceurs, de trendsetteurs et de branleurs, Twitter est un gigantesque rallye dansant de la noblesse du web. Ça sent bon les privilèges et donc la droite.

Si ces populations ne se mélangent pas (ou peu), ce n’est pas seulement à cause de leurs affinités et de leurs aspirations, qui sont fort différentes. C’est aussi pour des raisons philosophiques profondes. Les deux réseaux ne sont pas basés sur les mêmes prémisses morales, de manière aussi radicale que la gauche et la droite divergent (ce qui est énorme, comme chacun sait).

Divergence axiologique et droit d’ouvrir sa gueule

Sur Facebook, la relation sociale est symétrique. Même s’il est possible de contrôler très finement ce qu’on dévoile à l’un ou l’autre de ses « amis », cette relation est le plus souvent égalitaire. Elle est même généralement, pour l’utilisateur des réglages par défaut, très impudique. Tout est dévoilé à tout le monde et tout le monde peut participer. Facebook est une maison de verre, voire un studio de télé-réalité. Les candidats sont souvent du même niveau puisqu’à la télé de masse succède le réseau social de masse. Certains utilisateurs finissent par considérer Facebook comme un service public, une sorte de bien commun, oubliant que c’est d’abord une entreprise californienne. Un enseignant accuse Facebook de censure et demande réparation pour le préjudice moral. Cette personne est sans doute très satisfaite que Facebook censure les pédophiles et les racistes. Avec un peu de chance, elle fait même partie d’un groupe contre les sectes.

Inversement, sur Twitter, la relation est asymétrique. Vous ne pouvez obliger personne à vous lire et c’est vous seul qui choisissez ce que vous lisez. Vous avez une totale liberté de parole, mais personne n’est obligé de vous écouter. Le bouton block ne censure pas l’importun, il vous rend sourd à lui, ce qui est très différent. Même l’arme du report as spam n’est pas une arme de censure efficace. Les administrateurs du site font preuve d’une très subtile et plutôt libérale modération. Le succès ou l’échec dépend uniquement de ce qu’on fait et l’on peut y faire ce qu’on veut. Les conseils du bien-twitter font d’ailleurs sourire l’utilisateur chevronné : ici, tout le monde a 140 caractères et chacun se démerde.

Pourtant, j’ai tendance à observer que la tolérance pour les idées contraires, qu’elles soient de gauche ou de droite, est plus répandue sur Twitter. Les extrémistes et autres marginaux sont sur-représentés. Les engueulades les plus vives ne sont pas forcément basées sur des différences idéologiques. Dans ma timeline, je vois plus souvent des piques anti-sarkozistes que des déclarations d’amour à Claude Guéant. Il paraitrait même qu’internet est de gauche.

Alors, Twitter est-il vraiment de droite ? Ni droite, ni gauche, en fait. Ce qui veut dire de droite.

Indignez vous !

Belgique. Plus de 200 jours sans gouvernement. Au delà de ce dernier épisode de crise politique et institutionnelle, la guerre de tranchée qui se livre dans le champ politique depuis des années ne donne pas de signe d’essoufflement. Si l’on en juge par l’agacement croissant, elle a plutôt tendance à empirer. La logique nationaliste des uns bute sans cesse et de manière plus irrémédiable à chaque fois contre la volonté des autres de conserver un semblant d’unité. Il faut se rendre à l’évidence, ces deux époux ne s’aiment plus, s’ils se sont jamais aimés. Comme dans un long divorce, avec ses discussions sordides et ses coups de gueule, les enfants passent de la colère à l’abattement en espérant surtout que ça s’arrête.

L’analogie est bancale, je sais. Les citoyens belges ne sont pas des enfants. Le monde politique belge, avec ses arrangements hallucinants, ses discussions minables et sa logique de clan, travaille en circuit fermé. Paradoxe, dans un pays pourtant très démocratique, où le vote est proportionnel et obligatoire, où les élus sont souvent assez proches des électeurs. Les citoyens se sentent impuissants face à une hystérie politique collective attisée par des extrémistes minoritaires. Les Belges sont les plus braves ? Peut-être. César soulignait aussi l’incroyable indolence de ces Gaulois querelleurs. Ils ont rejoint  l’empire, comme les autres.

Pourtant, il y a comme une légère brise de révolte qui souffle, comme une insurrection qui vient. À la Belge, bien sûr. Dans le petit royaume fritier comme chez Astérix, la caricature du belge placide et bonhomme n’est jamais loin. On s’amuse du prochain record du monde. On regarde, goguenard, les grandes personnes se gonfler le cou et monter sur les ergots. On a la blague facile et on proteste mollement en campant sa tente virtuelle devant le palais du premier ministre.

Se pourrait-il que l’agacement des citoyens prenne un tour plus sérieux ? L’appel à la manifestation pour le 23 janvier pourrait recueillir plus que les rieurs et les oisifs. Réunis sous la pluie (l’une des rares choses encore partagée équitablement entre le nord et le sud du pays), il se pourrait que les marcheurs du 23 montrent un soudain esprit de responsabilité, qu’ils exigent enfin des actes, qu’ils prennent un peu leur destin en main. Une sorte de passage à l’âge adulte. Ô Belgique, ô mère chérie ? Tes enfants ont un truc à te dire.

Deux leçons de communication politique sur twitter

La campagne électorale bat son plein en Belgique. C’est une sorte de blitz médiatique et politique, provoqué par la chute inattendue du gouvernement. Toutes les initiatives de communication des hommes politiques sont donc suspectées de n’être que des coups.

Dans ce contexte, Christos Doulkeridis vient de lancer son blog. On pourrait hâtivement taxer l’initiative d’opportuniste, même si le projet est dans les cartons depuis plusieurs mois. Avec quelques autres twittos, j’ai été invité jeudi dernier à discuter avec lui au sujet de sa communication sur le web et les réseaux sociaux. La discussion fut très intéressante pour plusieurs raisons. D’abord car les personnes présentes n’étaient pas là pour lui cirer les pompes. Ensuite car Doulkeridis est un type intelligent et qu’il est très intéressé par la communication chez Ecolo, le parti écologiste belge francophone.

Exemples de discussion sur twitter

Durant la conversation, on se remémorait en particulier un petit clash arrivé sur twitter un dimanche soir (ci-dessous). On voit que Doulkeridis réagit vivement à un message un peu limite (et inutilement méchant). Vous pouvez constater que l’incompréhension une fois dissipée, tout le monde a appris quelque chose sans perdre ni la face, ni son sang-froid.

Discussion avec Christos Doulkeridis

Un exemple complètement différent avec Rudy Demotte, ministre-président de la Région wallonne (3,5 millions d’habitants, quand même). J’ai plutôt de l’estime pour les qualités intellectuelles et morales de Rudy Demotte mais je dois avouer que son comportement sur twitter est assez mauvais, voire contre-productif.

Rudy Demotte se lâche sur twitter

On voit qu’une simple remarque, un peu sévère peut-être, déclenche une série de tweets particulièrement nulle de la part de l’ami Rudy. J’avoue que j’ai pris ensuite un malin plaisir à l’allumer avec mauvaise foi. Il fallait parler plus gentiment à Yann. 😉

Quelles leçons en tirer ?

La première et plus importante leçon, c’est qu’il convient pour un personnage public de garder son sang-froid. Qu’on soit sur twitter ou un plateau de télévision, il faut éviter de s’énerver car celui qui crie a toujours tort.

Deuxièmement, contrairement à la télévision, on peut choisir son adversaire, sa conversation et à qui on répond. Il vaut mieux passer les controverses stériles et participer aux conversations constructives.

Troisièmement, si on passe son temps sur les réseaux sociaux, on finit par établir une relation de confiance basée sur le contexte ou la personnalité des interlocuteurs. Si Doulkeridis avait lu au fur et à mesure les tweets de son interlocutrice, il aurait bien vu que c’était une petite pique humoristique (ou du moins inoffensive). Si Demotte avait pris la peine de lire un peu mieux son interlocuteur, il aurait sans doute remarquer que c’était un conseil de communication (qui venait d’un professionnel, d’ailleurs) plutôt qu’une attaque gratuite.

Quatrièmement, l’engagement sur twitter prend du temps. Je ne suis pas convaincu que ce medium soit pertinent pour un homme politique, surtout en campagne. Demotte reconnait lui-même qu’il est plus à l’aise sur Facebook. J’ai entendu la même remarque de Doulkeridis.

Finalement, sur twitter, « la Mecque des réseaux sociaux », comme sur les réseaux sociaux en général, les utilisateurs cherchent soit un vrai talent de plume, soit un minimum d’authenticité. Bombarder sa timeline de photos de campagne pour affirmer, une fois qu’on vous le fait remarquer, que vous n’êtes « pas un stratège obsédé par des calculs électoraux », c’est un peu prendre les gens pour des imbéciles. C’est donc rigoureusement à éviter.

EDIT : Sur la manière de sélectionner ses adversaires à la télévision, vous pouvez consulter le très bon billet de Paminaaah à ce sujet. Décidément, sur twitter, il n’est pas toujours simple de répondre aux questions…

Hugo Chavez et les Juifs

L’arrivée de Hugo Chavez au pouvoir au Venezuela m’avait ravi. L’idée que les plus pauvres se réapproprient un peu des richesses du pays me semblait fort louable. En plus, il avait été élu démocratiquement. Au grand dam de la CIA qui avait bien failli le dégommer. Ce côté politique sud-américaine vintage m’avait plu.

Quand j’ai lu ça :

“Imagine you’re a Jew living in a country where you don’t feel safe practicing your religion.

Imagine your place of business being smeared with anti-Semitic messages, your synagogue attacked and desecrated, and the school your children attend raided on trumped up suspicions of conspiracy.

Imagine the media calling for your people’s expulsion, articles suggesting your religion is the root of the world’s ills.

Imagine — perhaps worst of all — that these actions and messages are being sponsored by your own government.

Now imagine you speak Spanish.

Because what I’m describing isn’t pre-war Germany, but present-day Venezuela.”

Chavez’ War Against the Jews

Je crois que 1938 est un peu trop vintage pour moi.