Liens délicieux du 01/20/09

Fin de règne : que restera-t-il de Bush ?

Vues d’ici, les huit années de présidence de George W. Bush semblent catastrophiques. Deux guerres même pas gagnées, un ouragan meurtrier, une dette publique et un déficit abyssaux, une crise financière majeure, des mensonges, des compromissions, et pire encore : si le bilan n’est pas catastrophique, il est quand même très proche du désastre

Mais que pourrait-il rester de la politique de Bush ? Peut-être plus qu’on ne le pense. Il se pourrait que le quarante-troisième président ait un impact aussi durable que Truman ou Reagan sur les affaires du monde. L’Europe fait partie de l’Empire américain, que nous le voulions ou pas. Comme la Rome impériale il y a deux mille ans, l’influence culturelle, les considérables apports technologiques et la puissance militaire (la moitié du budget militaire de la planète, il me semble) font des États-Unis la capitale impériale de l’Occident. Notre position de vassal est certes désagréable pour l’ego, mais c’est finalement un avantage d’appartenir à une lointaine province impériale ((What Have the Romans Ever Done For Us? plaisantaient les pythons)). L’Europe n’a-t-elle pas profité d’un formidable développement économique et humain depuis la fin de la deuxième Guerre mondiale, bien à l’abri derrière le parapluie atomique ?

Quand l’empire soviétique s’est effondré, certains ont prédit la fin de l’Histoire, l’avènement d’une prospérité sans fin dans un océan de consumérisme globalisé et indifférencié. Finis les bombardiers, vive le soft power. Et puis, comme un cheveu blanc qui vous rappelle soudainement votre âge, comme un accès de colère qui vous ferait oublier les convenances, quelques fanatiques barbus ont rappelé à tout le monde que le tribalisme, l’intolérance et la violence aveugle étaient encore ce que l’humanité avait fait de mieux pour réguler les écosystèmes. Face aux nouveaux conflits asymétriques, les super-puissances devenaient soudainement ringardes, inadaptées, obsolètes. Pas si vite. Bush lui aussi, en utilisant tous les moyens à sa disposition, en allant jusqu’à bafouer la constitution de son pays, a démontré que si l’aide humanitaire et les accords commerciaux ne suffisaient pas, on pouvait toujours transformer les montagnes afghanes en Verdun 2.0, que l’Empire pouvait encore faire usage de hard power sans aucun état d’âme.

Est-ce le début de la fin ? Sont-ce des oies que j’entends cacarder du Capitole ? Ou bien, contraint et forcé, le nouveau président suivra-t-il la voie de son prédecesseur ?

Liens délicieux du 01/16/09

Liens délicieux du 01/15/09

Internet est-il fragile ?

Dans le cadre du Printemps des Sciences 2009 qui aura lieu un peu partout en Belgique francophone du 23 au 29 mars prochain, la vénérable institution qui m’emploie organise une conférence à destination du grand public sur le thème : quels sont les nouveaux dangers qui guettent le réseau mondial ? Contre la tendance à y voir seulement une source de dangers, nous souhaiterions examiner ce qui demain pourrait remettre en cause le formidable développement du net et plus particulièrement du web. Trois grands thèmes nous ont semblé intéressants :

  1. le cyber-terrorisme, la guerre électronique, la propagande et la communication de crise : quand internet devient une cible stratégique pour des états ou des organisations ;
  2. la massification des usages, la dépendance accrue au réseau, le cloud computing, les faiblesses structurelles du net : si ma fiche facebook disparaît, est-ce que ça veut dire que je suis mort ?
  3. la propriété intellectuelle, la marchandisation et la privatisation du net, la net neutrality : internet version industrie du disque ou paradis libertaire ?

Trois thèmes larges mais riches, qui recèlent de vrais enjeux pour le web de demain. Est-ce que le développement de ces 15 dernières années va ralentir, voire s’arrêter ? Les petits ruisseaux du web vont-ils se tarir ? Des spécialistes seront bientôt conviés pour éclairer ces questions. Cela nous promet un débat intéressant.

Théorie du complot : mon mail n'est pas un dépotoir.

Je suis parfois le destinataire de chaînes de mail contenant une quelconque présentation Powerpoint « rigolote » ou autre vidéo. Ma réponse est souvent la suivante :

Je ne veux pas prendre un air méchant ou te paraître grossier, mais j’aimerais bien que tu ne mettes pas mon adresse dans la longue liste des destinataires de ce genre de message. J’utilise mon mail pour travailler, je n’ai pas le temps de lire ce genre de choses. De plus, mettre une si longue liste de destinataires ne fait qu’exposer mon adresse et celle de tous les destinataires au spam et au virus (la plupart des virus récupèrent les carnets d’adresses pour se propager). Enfin, ce genre de fichiers Powerpoint contient parfois aussi des virus.

Si tu tiens vraiment à envoyer des chaînes de mail ou des fichiers rigolos à plein de monde en même temps, il est préférable d’utiliser le champ « copie cachée » au lieu du champ « destinataire », comme ça les nombreux destinataires ne voient que leur adresse. Mais je ne t’encourage pas à faire ce genre de choses, car c’est souvent considéré comme du courrier non sollicité (du spam, quoi) et tu risques de tomber sur un grincheux (comme moi 😀 ) qui passera 20 minutes à te dire que ça ne l’intéresse pas.

Bonne journée.

Pédagogique, un peu froid mais pas trop. Normalement, ça suffit à calmer les ardeurs kikoulolesques.

Mais il m’arrive de recevoir aussi des documents qui ont le don de m’agacer au-delà du raisonnable. Quand ma pression sanguine est enfin redescendue à un niveau acceptable, l’irrépressible envie d’allumer la hure de l’importun à coup de brique m’est passée depuis longtemps et il est souvent trop tard pour envoyer par courrier électronique mes légitimes récriminations et mes tartes dans ta face de chien en post scriptum. C’est pour ça que j’ai un blog…

La dernière crise de rage me vient d’une énième vidéo conspirationniste sur les attentats du 11 septembre, élaborée par le site tristement célèbre ReOpen911. C’est du vomi mal réchauffé, mal traduit et ça tourne sur YouTube depuis des lunes mais qu’importe, il y a toujours un imbécile pour redécouvrir ces vidéos ultra-secrètes que tout le monde a déjà vu…

Alors je le dis, je le redis et je le répète encore. Non, le gouvernement américain n’a pas orchestré les attentats sur le World Trade Center. Non, les nombreuses victimes des attentats n’étaient pas des mannequins en mousse. La probabilité même infime que tout cela soit un coup monté est négligeable face aux preuves matérielles et aux témoignages nombreux et concordants des militaires, des policiers, des pompiers, des médecins, des infirmiers, des coordinateurs des secours, des témoins directs et des passants. La commission d’enquête nationale sur les attentats ou les minutes du procès Moussaoui contiennent toutes les informations nécessaires pour se forger une opinion. L’exercice d’un doute critique absolu ne conduirait qu’à nier finalement l’évidence. C’est une impasse intellectuelle.

Il y a presque sept siècles, un moine franciscain nommé Guillaume d’Ockham posait un des fondements de la science moderne : son fameux Rasoir. Dans une perspective empirique, il explique en reprenant Aristote que l’on doit minimiser le nombre d’hypothèses pour expliquer un phénomène observé. Ce principe implique que lorsqu’on a le choix entre deux explications rationnelles, on doit privilégier celle qui contient le moins d’hypothèses. Franchement, entre d’une part la conspiration mondiale de plusieurs milliers de personnes destinée à organiser ces attentats, et d’autre part celle de quelques fanatiques motivés ((tellement motivés qu’ils avaient déjà tenté le coup)) armés de cutters, quelle explication vous semble la plus à même d’expliquer ces terribles événements ?

La prochaine fois, abstenez vous de me faire suivre ce genre de courrier. Mon mail n’est pas un dépotoir, ok ?

Gaza / Israël : la guerre électorale

Enfin une analyse intelligente sur le conflit entre le Hamas et Israël, avec de vrais morceaux d’information dedans :

La logique du Hamas est la suivante : tôt ou tard, il y aura des élections libres chez les Palestiniens – le mandat d’Abbas arrive légalement à son terme ce vendredi 9 janvier – et nous les gagnerons. C’est une stratégie de conquête du pouvoir et le sort de la population civile n’entre pas en ligne de comptes.

Côté israélien, c’est la logique des élections générales prévues pour le 10 février, mais qui pourraient être reportées de quelques semaines. Tous les sondages indiquent que Benyamin Nethanyahou (Likoud, droite) devrait les emporter et qu’il ne pourra gouverner qu’avec une coalition, sans doute avec le centre. Toute la question est de savoir qui sera son meilleur allié : Ehud Barack, ministre de la Défense, à la tête du parti travailliste ou Tzipi Livni, ministre des affaires étrangères, à la tête de Kadima ?

Ce genre de conflit n’arrive donc pas subitement, sans explication, comme une malédiction perpétuelle sur la Terre sainte ? Apparemment, non…