Rondeau

Ce poème me tire les larmes à chaque fois. Un peu moins d’un siècle avant Villers-Cotterêts, la beauté de la langue est déjà éblouissante :

Mort, j’appelle de ta rigueur
Qui m’as ma maistresse ravie
Et n’es pas encore assouvie
Se tu ne me tiens en langueur,
Oncques puis n’euz force, vigueur,
Mais que te nuysoit elle en vie?
Mort.

Deux estions et n’avions qu’ung cuer,
S’il est mort, force est que devie,
Voire, ou que je vive sans vie
Comme les images, par cuer,
Mort.

François Villon

Dit par Jean Deschamps.

Blague de toto, le retour

Je joue avec le bras de ma chaise de bureau, car ma chaise a des bras ((Si elle avait des yeux, elle verrait mon cul)) :

Lui, tout sourire
Alors, on aime bien branler le manche, hein ?
Moi, scandalisé
Bravo ! C’est d’un goût…
Lui, impertinent
Ah oui, d’ailleurs, quel goût ça a ?

Pfff… pas sortables, ces collègues.

John McCain, concession speech en français

Traduction rapide du texte, d’après Yahoo News.

« Mes amis, nous sommes arrivés à la fin d’un long voyage. Le peuple américain a parlé, il a parlé clairement.

Il y a quelques instants, j’ai eu l’honneur d’appeler le sénateur Barack Obama, pour le féliciter d’avoir été élu président de ce pays que nous aimons tous les deux.

Dans une compétition aussi longue et difficile que cette campagne, son seul succès m’impose le respect pour sa compétence et sa persévérance. Mais qu’il ait réussi en suscitant l’espoir chez des millions d’Américains qui croyaient faussement qu’ils n’avaient aucune influence, est une chose que j’admire profondément et pour laquelle je le félicite.

Cette élection est historique, et je reconnais l’importance particulière qu’elle a pour les Afro-américains et la fierté particulière qui est la leur ce soir.

J’ai toujours cru que l’Amérique offrait des opportunités à tous ceux qui ont l’industrie et la volonté de les saisir. Le sénateur Obama le croit également.

Mais nous reconnaissons tous deux, bien que nous ayons fait un long chemin depuis les vieilles injustices qui souillaient autrefois la réputation de notre nation et qui refusaient à certains Américains les pleins bénéfices de la citoyenneté, que le souvenir de celles-ci avait encore le pouvoir de blesser.

Il y a un siècle, l’invitation à dîner à la Maison blanche de Booker T. Washington par le Président Théodore Roosevelt fut considérée comme un scandale dans de nombreux quartiers.

Aujourd’hui, l’Amérique est très loin de l’intolérance cruelle et terrible de cette époque. Il n’y a pas de meilleure preuve de cela que l’élection d’un Afro-américain à la présidence des États-unis. Il n’y a là aucune raison pour un Américain de cesser de chérir sa citoyenneté, celle de la plus grande nation de la Terre.

Le sénateur Obama a accompli une grande chose pour lui et son pays. Je l’applaudis pour ça et lui présente ma sincère sympathie pour la mort de sa grand-mère bien-aimée, même si notre foi nous assure qu’elle est en paix auprès de son Créateur et qu’elle est fière de l’homme qu’elle a contribué à élever.

Le sénateur Obama et moi avons discuté de nos différences, et il a prévalu. Il n’y a aucun doute que ces différences demeurent. Les temps sont difficiles pour notre pays. Et ce soir, je promets au sénateur Obama de faire tout ce qui est en mon pouvoir pour l’aider à nous conduire à travers les nombreux challenges devant nous.

Je supplie tous les Américains qui m’ont soutenu de me rejoindre pas seulement en le félicitant mais en offrant à notre prochain Président notre bonne volonté et nos efforts sincères pour trouver les moyens de nous rassembler et les compromis nécessaires pour gommer nos différences et restaurer notre prospérité, défendre notre sécurité dans un monde dangereux, et laisser à nos enfants et petits-enfants un pays plus fort et meilleur que celui dont nous avons hérité.

Quelles que soient nos différences, nous sommes tous Américains. Croyez-moi, aucune autre appartenance n’est plus importante à mes yeux.

Il est naturel de ressentir ce soir une certaine déception. Mais demain, nous devrons dépasser celle-ci et travailler ensemble pour faire avancer notre pays de nouveau.

Nous nous sommes battu aussi fort que nous le pouvions. Si nous sommes tristes, la faute est mienne et non pas vôtre.

Je suis sincèrement reconnaissant envers vous pour le grand honneur de votre soutien et pour tout ce que vous avez fait pour moi. J’aurais aimé que la fin soit différente, mes amis.

La route fut difficile dès le début, mais votre soutien et votre amitié n’ont jamais vacillé. Je ne saurais pas vraiment exprimer combien je vous dois.

Je suis particulièrement reconnaissant envers mon épouse, Cindy, mes enfants, ma chère mère et toute ma famille, et envers les nombreux et chers amis qui se sont tenus à mes côtés à travers les hauts et les bas de cette longue campagne.

J’ai toujours eu beaucoup de chance, mais jamais autant qu’avec l’amour et l’encouragement que vous m’avez donné.

Vous savez, les campagnes sont souvent plus dures pour la famille du candidat que pour lui-même, et ce fut le cas pour celle-ci.

Tout ce que je peux offrir en échange est mon amour et ma reconnaissance et la promesse d’années plus paisibles.

Je suis aussi, bien sûr, très reconnaissant envers le Gouverneur Sarah Palin, l’une des meilleures candidates que j’aie jamais vu, une nouvelle voix dans notre parti pour la réforme et les principes qui ont toujours été notre plus grande force, envers son mari Todd et leur cinq enfants, pour leur dévouement sans faille à notre cause, et le courage et l’élégance qu’ils ont montrés dans cette campagne présidentielle cahoteuse et dure.

Nous attendons tous avec grand intérêt son travail au service de l’Alaska, du parti Républicain et de son pays.

À tous les camarades de campagne, à Rick Davis, Steve Schmidt et Mark Salter, à tous les volontaires qui se sont vaillamment battu, mois après mois, dans ce qui apparaissait parfois comme la campagne la plus disputée de l’époque moderne, merci beaucoup. Une élection perdue ne comptera pour moi jamais plus que le privilège de votre fidélité et de votre amitié.

Je ne sais pas ce que nous aurions pu faire de plus pour essayer de gagner cette élection. Je laisserai à d’autres le soin de le déterminer. Tous les candidats font des erreurs, et j’en ai sûrement fait. Mais je ne perdrai pas un instant à regretter ce qui aurait pu advenir.

Cette campagne fut et restera le grand honneur de ma vie, et mon cœur n’est rempli que de reconnaissance pour cette expérience et pour le peuple américain qui m’a attentivement écouté avant de décider que le sénateur Obama et mon vieil ami le sénateur Joe Biden devaient avoir l’honneur de nous diriger ces quatre prochaines années.

Je ne serais pas digne du nom d’Américain si je regrettais le sort qui m’a donné le privilège extraordinaire de servir ce pays pendant un demi siècle.

Ce matin, j’étais le candidat au poste suprême de ce pays que j’aime tant. Ce soir, je reste son serviteur. C’est un honneur assez grand pour quiconque et j’en remercie les citoyens de l’Arizona.

Ce soir, plus que tout autre soir, je ne garde en mon cœur que de l’amour pour ce pays et tous ses citoyens, qu’ils aient soutenu le sénateur Obama ou bien moi.

Je souhaite bonne chance à l’homme qui fut mon adversaire et sera mon président. Et j’appelle tous les Américains, comme je l’ai souvent fait durant cette campagne, à ne pas désespérer de nos difficultés présentes mais à croire toujours en la promesse et la grandeur de l’Amérique, car rien n’est inévitable ici.

Les Américains n’abandonnent jamais. Jamais ils ne se rendent.

Nous ne nous défilons jamais devant l’histoire. Nous la faisons.

Merci, et que Dieu vous bénisse, et bénisse l’Amérique. Merci beaucoup à tous. »

P.S. : pour Barack, allez voir Embruns ;
pour une cartographie éclairante des résultats, tapez 2 ;
pour la vidéo sous-titrée, tapez 3.

Victoire de Barack Obama

C’est vraiment dommage pour John McCain. Voilà un centriste, qui a fait la guerre et payé de sa santé, de son sang et de sa jeunesse pour défendre son pays, qui est aimable et intelligent. Et de qui se retrouve-t-il entouré ? Des pires crapules, des républicains les plus épais, des rednecks racistes et démagos ((et une hockey mom complètement abrutie)), qui orchestrent une campagne haineuse. Tellement haineuse qu’à plusieurs reprises, on a vu McCain réellement gêné par de tels supporters. Il fut même obligé de rappeler que si Obama était son adversaire, il avait quand même un grand respect pour lui (sous les sifflets de ses militants). Pauvre Johnny, c’est dur d’être aimé par des cons.

Barack Obama a remporté une victoire nette et sans bavure, avec un message clair et rassembleur. Il a une position centriste sur beaucoup de sujets et il est intelligent. C’est une campagne sérieuse, très premier degré, qui l’a porté au pouvoir. Ça et un message d’espoir et d’unité. En bref, la grande classe ! C’est toute la force des États-unis, c’est cet aspect que j’aime : une sorte d’ingénuité, d’innocence préservée et de passion pour son pays ; mais pas une passion nationaliste stérile et passéiste, pas d’attachement à des racines mythiques et desséchées. Au contraire, cette Amérique là est un projet, une vision. J’attends sans grand espoir le même sursaut national en France et en Europe, mais je crois que notre vie politique de ce côté du pond a encore pris un coup de vieux.

Les absents ont parfois tort mais ils sont toujours amusants

Petit week-end dans la charmante bourgade d’Orléans, belle endormie mais bonne fille, agréable. Le miracle, c’est que pas un train n’a failli à sa mission : ce serait bien de maintenir le sans faute, les gars. Camarades cheminots, tous ensemble, on va y arriver !

Au menu, d’improbables salades, des liqueurs et du chocolat.

Des ragots sur les absents. Certains préfèrent lire The Gruffalo dans leur meilleur accent oxbridgien plutôt que de nous faire part des mérites comparés du pipeau (à genou) et du cor (d’harmonie). À quand la lecture sur scène ?

Le Père Dupanloup a un très beau monument, mais le couvercle n’a pas l’air soulevé par quoi que ce soit. Déçu. Ha ha ha oui vraiment…

Sinon, il est pas mal, le nouveau ? Oui, il est pas mal. Comment on dit, déjà ? Ah, oui : no zob in job.