Archives du mot-clé presse

Google supprime la presse quotidienne belge

« Ça y est, Google ne vole plus les contenus durement écrits par la presse belge. Alors, @lesoir et @lalibrebe, heureux ? » Ce sont par ces mots et non sans sarcasme que Yann a salué la nouvelle. Suite aux victoires judiciaires de Copiepresse1, la société de gestion des droits des éditeurs de presse quotidienne belge francophone, contre Google, ce dernier a décidé de contre-attaquer.

Bye bye, les quotidiens belges. Disparus des résultats de recherche. Par exemple :

La Libre Belgique [Sur Google]

• Le Soir [Sur Google]

Cette décision est-elle surprenante ? Mateusz (journaliste lui aussi) l’avait pourtant prédit. Ce n’était qu’une hypothèse mais elle pouvait bien arriver. Gagné ! Sauf pour la presse quotidienne belge francophone. Perdu ! Les concurrents de la télévision vont, eux, passer un excellent weekend.

P.S. : Comme Yann est génial, il a développé son avis sur son blog. Je vous encourage à le lire.

  1. Pour un résumé de l’affaire Copiepresse vs. Google, vous pouvez consulter cet article de DataNews. [via @GregIenco] []

Wikileaks : rions un peu avec la presse

Vous avez entendu parler de wikileaks ? Forcément un petit peu. Personne n’a pu vraiment échapper au battage autour de ses récentes activités. En effet, wikileaks a mis au jour et publié, de manière contrôlée et fort habile d’ailleurs, 250 000 1 500 mémos diplomatiques confidentiels en provenance des ambassades et représentations américaines de la planète. Pourtant, celui qui imaginait un déferlement de secrets inavouables sur l’assassinat de John F. Kennedy ou l’alunissage de Neil Armstrong sera un peu déçu. Pas de révélations fracassantes mais plutôt un coup d’oeil sur l’activité quotidienne du système diplomatique de la puissance impériale, d’un réseau forcément très étendu.

Ce que ces télégrammes formatés et normalisés révèlent, c’est plutôt une partie de la vision américaine du monde tel qu’il est. Difficile de trouver des divergences d’avec ce qu’un observateur averti pouvait attendre. Pas de croustillant, juste la confirmation que finalement, les américains observent le monde et qu’on est souvent d’accord avec eux. Berlusconi est un con, Sarkozy est un excité, les Chinois ont de l’ambition, les Russes comptent bien défendre leur puissance passée, les pays arabes détestent l’Iran. Ouais. Il faudrait être naïf pour trouver ça surprenant.

Ce qui est très plaisant, en revanche, c’est de trouver dans ces synthèses des opinions parfois tout à fait personnelles de diplomates. Certains livrent dans ces télégrammes leur vision partiale et assumée des autres et du monde, alliés ou ennemis. Pourquoi une telle liberté de ton ? Mais parce que ces télégrammes sont secrets, justement. Vous serez ravis d’apprendre que le premier conseiller diplomatique français considère Hugo Chavez comme un « fou » qui « transforme son pays en un nouveau Zimbabwe ». À défaut d’être polie, la remarque n’est pas dénuée de vérité.

Mais là où ces télégrammes font très fort, c’est que certains ont du style. Le récit de la visite du Prince Andrew d’Angleterre (le fils de la Reine) au Kyrgyzstan vaut carrément son pesant de rigolade. On sent l’observateur américain très amusé par cet aristocrate abrupt, patriote jusqu’à l’absurde et anglais jusqu’au fond du slip. Les tirades du Prince et ses jugements à l’emporte-pièce prennent un savoureux relief, à lire l’ambassadeur. Ce portrait au vitriol se termine par la citation d’un sujet de sa gracieuse majesté (ou plutôt, comme dit l’auteur en parlant du Prince, un sujet de sa mère): “What a wonderful representative for the British people! We could not be prouder of our royal family!” La diplomatie américaine peut être fière de ses fonctionnaires.

En fait, ces télégrammes illustrent en creux la médiocrité de la presse française. C’est Slate qui s’exclame « un Pulitzer pour les diplomates ! » Ah, si seulement les diplomates étaient journalistes… C’est dommage, s’il y avait de bons journalistes en France, ces cables, ces informations confidentielles, seraient connues depuis longtemps. Le fait que ces révélations soient une bonne ou une mauvaise chose est une autre question. Finalement, cet autre cable diplomatique américain a bien raison : les journalistes français se prennent trop souvent pour des intellectuels et leur consaguinité avec le pouvoir en fait de très médiocres enquêteurs. Ou comme dit le Prince Andrew : “All of this sounds exactly like France.”

EDIT: Alex Hervaud a raison.

Retrouvez la chronique hebdomadaire de mes grands combats sur le podcast « On a toujours raison » !

IMG_0002

L’avenir de la presse en ligne belge francophone

Le café numérique du mercredi 26 mai a rassemblé la fine fleur de la presse web francophone belge : Yves Thiran (rtbf.be), Philippe Laloux (lesoir.be), Ralph Vankrinkelveldt (dh.be), Jean-Jacques Deleeuw (RTL), Philippe Siuberski (AFP) et Fabrice Lambert (BFM Today). Le débat portait sur l’avenir de la presse en ligne. Ce que j’en ai retiré, en vrac :

  • La presse belge se porte plutôt relativement mieux que la presse française. Cela tient à une structure économique assez différente et à une habitude de consommation de la presse sans doute plus forte en Belgique. La presse belge francophone ne touche pas de presque aucune subventions (voir EDIT infra). Les télévisions privées sont chichement dédommagées depuis l’apparition de la pub sur les chaînes publiques.
  • La RTBF a servi de piñata géante, il ne manquait qu’un orchestre de mariachis. En effet, en tant que radio et télévision publique, elle touche une manne substantielle. La presse belge a donc déclaré la guerre au site web d’information de la RTBF.
  • La réflexion sur l’avenir du métier est assez peu avancée : dix ans de retard sur les États-Unis, deux ans de retard sur la France. En particulier, la réflexion sur les différences fondamentales entre le journalisme « traditionnel » et le journalisme web semble être au niveau zéro. On a pas entendu parler de data journalism, de gonzo journalism, de personal branding pour les journalistes, de lol journalism, etc.
  • La réflexion sur les modèles économiques ne va pas beaucoup plus loin. On remarquera que le site du Soir vient d’atteindre le break even. Pour le reste, la plupart de ces messieurs croient toujours qu’ils pourront proposer des abonnements. J’ai bien peur que pour la presse généraliste, ce soit impossible.
  • Enfin, un big up à Fabrice Lambert qui a eu le culot de lancer BFM Today, un vrai magazine 100% web. Certes, l’aventure s’est terminée récemment mais l’échec est toujours la condition du succès. Je lui souhaite bon vent.

EDIT: Voir aussi « Quel avenir pour la presse online » – Débat à deux balles (dans le pied) par brasjul

En ce qui concerne les subsides à la presse, l’aide totale se monte à presque 7 millions.