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Mr Hankey

Lien du weekend : le transfert de matière fécale

Une étude néerlandaise publiée dans le New England Journal of Medicine démontre l’efficacité du transfert de matière fécale pour soigner une infection intestinale par la bactérie Clostridium difficile. Cette infection provoque des diarrhées, vomissements et de la fièvre. Elle tue des milliers de personnes chaque année (14 000 rien qu’aux États-Unis). Elle est souvent contractée à l’hôpital à la suite d’un traitement antibiotique qui a détruit la flore intestinale normale. Avec un traitement classique par antibiotique, 20% des patients sont victimes de rechute. Avec le transfert de matière fécale, la guérison atteint presque 100%.

Le traitement est très simple. Il suffit de prélever des matières fécales chez une personne en bonne santé. Ces matières contiennent plusieurs milliers d’espèces de bactéries différentes. Toutes ces bactéries saines forment un écosystème en équilibre. C’est cet écosystème qui est détruit par les traitement antibiotiques, permettant à une bactérie opportuniste comme C. difficile de prospérer. Les matières sont ensuite diluées dans une solution saline et infusées dans l’intestin du patient par les voies naturelles.

Vous remarquerez qu’on peut généraliser cette info combinant what the fuck, science, écologie et médecine. La notion de diversité et d’écosystème en équilibre ne s’applique pas qu’aux intestins. Quand un agriculteur stérilise son champ avec des produits « phytosanitaires », il s’expose à des rendements plus faibles à cause de l’érosion. Quand un gouvernement interdit la concurrence entre les taxis, il favorise la fraude et la montée des prix. Et un service merdique.

La journée mondiale des toilettes. Bullshit ?

Je suis tombé sur un article de Vers l’avenir – presse de qualité – qui m’a énervé, m’a fait crier, hurler et surtout rire. Aux larmes, bien sûr. L’article est intitulé : « 30 % de notre facture d’eau file dans les W-C ».

Je vous livre l’introduction (le chapeau, comme on dit) :

« Vendredi [c'est-à-dire aujourd'hui], c’est la journée mondiale des toilettes. L’occasion de se pencher sur un problème bien trivial s’il n’était un gros souci environnemental. »

On nous explique donc que toute cette eau gâchée est un grave problème, que c’est la Nature, les oiseaux et les bébés phoques qu’on assassine. En effet, « par an et par personne, 15 000 litres d’eau potable juste pour jeter nos crottes ! », s’exclame Aline Wauters, animatrice à la Maison du développement durable, à Louvain-la-Neuve. Quel dommage. Mais que faire ? Les toilettes sèches, bien sûr ! « Réservées jusqu’il y a peu à un public ultra-confidentiel, elles commencent à percer. » J’espère qu’elles ne percent pas trop…

« On enregistre un véritable boom des toilettes sèches grâce aux festivals de musique », s’enthousiasme la brave Aline.

Car les toilettes sèches, c’est formidable. C’est festif, c’est jeune, c’est « un mode de vie global ». J’oserais dire un mode vie total. Car non seulement on économise de l’eau, mais les toilettes sèchent permettent de réutiliser les excréments !

Aline termine sur cette phrase formidable :

« On traite aujourd’hui ce qui sort de notre corps comme un déchet. Or qu’est-ce que c’est? Ce sont les restes de notre pomme, de notre tartine, c’est le cycle de la vie. Les enfants adorent le principe de la toilette sèche, leur caca permet aux fleurs de pousser. C’est merveilleux pour eux. »

C’est vraiment merveilleux, en effet. Sauf qu’un rapport du PNUD (en 2006) nous explique que plus d’un milliard de personnes se voient refuser le droit à l’eau potable, tandis que 2,6 milliards n’ont pas d’installations sanitaires adéquates.

« Chaque année, 1,8 millions d’enfants meurent de diarrhée qui pourrait être évitées avec l’accès à l’eau potable et à une toilette ; 443 millions de jours de scolarité sont perdus à cause de maladies liées à l’eau ; et presque 50 pour cent de toutes les personnes se trouvant dans des pays en développement souffrent à un moment donné d’un problème de santé causé par une pénurie d’eau et d’installations sanitaires. »

La petite litanie sur le gaspillage, dans un pays (la Belgique) qui comme chacun sait manque cruellement d’eau (> 50 L/m2 ces derniers jours), commence doucement à me gonfler. Non, la journée mondiale des toilettes n’est pas l’occasion de se pencher sur un problème trivial. Non, les toilettes ne sont pas un « sérieux problème environnemental ».

La réalité, c’est que des milliards de gens vivent dans leur merde. C’est ça le sens de la journée mondiale des toilettes. Ça et pas les conneries écolo-bobo des culs propres européens.

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Photo CC by-nc-sa par nitot

Tri sélectif

Je vais vous entretenir aujourd’hui d’une nouvelle race de cons tout à fait extraordinaire. Cette nouvelle espèce est bien plus dangereuse que le conus domesticus. En effet, elle ne cherche pas à emmerder ses contemporains, comme son cousin le con commun. Elle n’a pas cet élan vital qui la pousse à signaler son importune existence en klaxonnant au feu rouge ou en tondant son gazon le dimanche à 9h. Non, cette espèce conspire littéralement contre l’humanité.

Quelle est donc cette étrange espèce d’humains ? me direz vous. Quelles sont ses moeurs ? Comment les reconnaître et les éviter ? Par quelles caractéristiques peut-on les différencier du con domestique, vous demandez-vous, la voix remplie d’inquiétude. Rassurez vous, c’est très simple. Vous pouvez à loisir les observer dans une activité qu’ils affectionnent particulièrement : l’écologie.

Par exemple, la BBC, l’Université d’Oxford et le Environmental Change Institute ont lancé il y a quatre ans un jeu éducatif sur l’écologie. Je sens déjà que votre curiosité est piquée. Qu’apprend-on dans ce jeu ? Hé bien que pour réduire les émissions de gaz carbonique, il faut réduire la population ! Quelle brillante idée, n’est-ce pas ? Cette idée a tellement plu qu’elle a même reçu le European Green IT Award.

Soylent green tastes just like chicken!

Un jeu si formidable appelait une suite. Ce sera chose faite dans un mois ou deux et ça s’appelle Fate of the World. Cette nouvelle version proposera aux joueurs d’utiliser l’euthanasie obligatoire, de développer des armes biochimiques sélectives, de déclencher une guerre nucléaire, d’inciter les gens à la violence et de renverser des dirigeants. Tout ça bien sûr pour nettoyer la terre de toutes ces impuretés qu’on appelle les êtres humains. Je suis très impatient de pouvoir jouer au petit Hitler (un grand ami de la nature, lui aussi) et j’imagine que vous l’êtes tout autant.

Quand je pense que le dernier prix Nobel de médecine a été attribué à Robert Edwards pour le développement de la fécondation in-vitro… Ce savant est responsable de la surpopulation, il mériterait l’échafaud. Soyons sérieux un instant : le péril est gravissime, il faut absolument établir des mesures coercitives pour imposer le tri sélectif des êtres humains. D’ailleurs, je propose qu’on commence tout de suite. Les écologistes en premier, bien sûr.

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Photo cc by-nc-sa par vj_pdx

Le plan Marshall pour la Wallonie, version 2.vert

Sa structure vient d’être annoncée par le gouvernement wallon. Son nom extrêmement tarte donne envie de remplir le réservoir de sa Jeep Willys de graisse de panda liquéfiée et de se chausser avec des bébés phoques. Il ambitionne de relancer l’économie de la région wallonne et d’orienter son développement vers l’écologie. Mais quelles vont être les applications de ce programme ? Je vais en donner une illustration en vous parlant un peu de mon travail.

Jeep 1942

Mon boulot consiste entre autres à chercher des sources de financement pour de nouveaux projets de recherche. Dans cet objectif, je scrute les appels à projets des financeurs (presque exclusivement publics) comme les programmes de la Commission européenne ou bien ceux de la Région wallonne. Un nouvel appel vient d’être lancé dans le cadre de ce plan Marshall qui s’appelle Wist3 et qui a pour thème « les technologies de l’information au service de l’économie wallonne et du développement durable. » Tout un programme.

Je vous résume brièvement les caractéristiques attendues des projets :

  • Il s’agit exclusivement de recherche appliquée. En gros, la région finance une part de la recherche & développement des entreprises. De ce fait, la faisabilité et la rentabilité des projets devra être motivée. Ce n’est pas un problème pour moi qui travaille dans l’ingénierie logicielle. Nous recherchons tous les jours des partenaires industriels pour tester nos idées ou les aider à améliorer leur technique. Dans mon domaine, le transfert technologique est non seulement souhaitable mais recherché. Malheureusement il n’y aura pas un sou pour la recherche fondamentale. Les innovations les plus radicales et donc potentiellement les plus rentables ne viendront pas de ce programme.
  • Le focus est mis sur le développement durable. C’est un souci légitime et je suis convaincu que l’écologie n’est pas incompatible avec le développement économique. Néanmoins, on risque aussi de perdre beaucoup d’énergie à essayer de tout repeindre en vert, au détriment parfois de la qualité des projets. Dans le domaine des technologies de l’information et de la communication, le problème du développement durable est au mieux un détail, au pire une appeau à gogos.
  • L’informatique n’est qu’un support pour la compétitivité des entreprises des secteurs traditionnels. C’est probablement l’aspect le plus choquant. Visiblement, certains ne peuvent concevoir l’informatique comme un nouveau secteur industriel (qui lui se porte très bien, merci) mais simplement comme la petite dactylo des ateliers de mécanique ou des centres de logistique. C’est dommage, l’économie du numérique en est encore au far west. Les nouveaux services à forte valeur ajoutée restent à inventer. Ce n’est pas cet appel qui y contribuera.