Archives du mot-clé cinéma

Inception, de Christopher Nolan

C’est une histoire de rêve dans le rêve, de film dans le film. Thème déjà traité. Scénario malin en forme de thriller sous sédatif.

Esthétique glaciale (comme d’habitude) et plutôt réussie. Construction complexe, voire sophistiquée (ce n’est pas un compliment, look it up). Parfois lourd bien que plaisamment spectaculaire. Suspense à tiroir un peu épuisant. La Cotillard fait peur (ce qui est bien), Ellen Page fait ce qu’elle peut. Leonardo joue comme un sifflet de bosco, c’est-à-dire sur deux notes.

Publié sur SensCritique. Je recycle.

EDIT: Via David (@IMtheRookie), je tombe sur une lecture critique passionnante du film [spoiler], avec laquelle je suis plutôt d’accord.

Pourquoi la 3D ne sert à rien (ou presque)

Cerveau gauche

J’ai toujours pensé que la visualisation en 3D ne servait à rien. Même avec des technologies stéréoscopiques (c’est-à-dire qui exploitent la capacité des yeux et du cerveau à « ressentir » la troisième dimension), on arrive au mieux à ne pas avoir la gerbe. Pour le reste, c’est très généralement sans intérêt pour les applications sérieuses.

Quand on veut représenter beaucoup de données pour les analyser et les comprendre, rien ne remplacera jamais vraiment un bon vieux tableau et quelques courbes faites avec un tableur. Il vaut bien mieux exploiter les capacités d’abstraction et d’analyse du cerveau (le métaphorique cerveau gauche) plutôt que ses capacités spatiales (le tout aussi métaphorique cerveau droit). Avec des gens comme Hans Rosling, on peut même atteindre le sublime. [must see]

Néanmoins, la visualisation en 3D s’est perfectionnée au point de permettre la simulation d’environnement suffisamment réaliste pour avoir des applications utiles (simulateurs de vol, opérations chirurgicales, etc.). Il n’empêche, c’est avec beaucoup de doutes que j’ai accepté l’invitation de Samsung à leur soirée de présentation de leur gamme d’écran plats 3D.

Ma vie d’influent 2.0

Commençons par dégager tout de suite le sujet épineux des événements blogueurs. Oui, il y avait à manger et à boire, l’endroit était joli et les gens étaient très contents de répondre à nos questions, en trois langues. Je ne jouerai pas le couplet du faux cul, celui qui ne voit aucun problème à bouffer gratos et donner son avis « en toute indépendance ». Alors si toi aussi tu veux gagner une téloche, tu peux cliquer sur le lien et répondre au quizz. De rien, c’est Samsung qui paye.

J’ai toujours cru que les événements de ce genre ne servaient à rien et que tout ce petit monde (RP et blogueurs) vivait en circuit fermé sur le dos des boîtes qui ne comprennent rien au web. Il s’avère que ce genre d’opération n’est pas très couteuse et rapporte suffisamment en notoriété pour valoir le coup. Les blogueurs sont cheap. Comme les journalistes. [une remarque d'un journaliste belge que je ne nommerai pas]

Et alors, la 3D ?

J’ai été plutôt convaincu par le côté ludique de la chose. Comme d’autres, j’ai été impressionné par l’immersion dans les jeux vidéos. Au cinéma, Avatar a montré qu’on pouvait avoir du succès. Peut-être au détriment de la qualité d’écriture du film mais ça n’a pas d’importance pour l’industrie de l’entertainment.

Avec la 3D, l’industrie du cinéma revient aux sources, aux Lumière et à Méliès. Le cinéma, de plus en plus dans le salon, sera demain comme il fut jadis une attraction de foire. J’espère juste qu’on ne devra pas revoir un Antoine Doinel en couleurs et 3D courant sur la plage. Ce serait le plus sûr moyen de me filer la gerbe.

Go ahead, make my day

Le Monde diplomatique a publié récemment une critique de l’œuvre de Clint Eastwood. Si son analyse est assez pertinente sur les caractéristiques des sujets que le cinéaste a traités en quarante ans de carrière, leur lecture marxiste est assez irritante.

Harry_Callahan.JPG

Philippe Person commence par rendre hommage au talent de faiseur du cinéaste et à son charisme. Ce point est difficilement contestable, même si l’on peut lui reprocher un certain académisme. La critique porte en fait exclusivement sur les thèmes du cinéma Eastwoodien : d’abord, une vision passéiste et réactionnaire de l’Amérique ; ensuite, une fascination pour l’individu, sans égard pour la société ; puis, son attitude élitiste et aristocratique ; finalement, son goût prononcé pour la liberté.

Eastwood est peut-être le cinéaste de la nostalgie. Avec une telle carrière, tant de rôles archétypes, ce n’est pas surprenant. Cela n’en fait pas automatiquement un cinéaste réactionnaire. En s’attachant à l’individu plus qu’à la société, il se pourrait qu’Eastwood soit avant tout un cinéaste de l’intime. En s’attachant à des héros qui s’écartent du troupeau, il se pourrait qu’au lieu d’être un fasciste, il soit plus intéressé par la transcendance que le matérialisme. Enfin, son goût pour la liberté n’est égalé que par son insistance sur la responsabilité personnelle. Son héros finit souvent par payer son intransigeance.

En somme, ce qui échappe au critique, c’est le sourd désespoir, la profonde désillusion des films de Clint Eastwood. Tous ces héros solitaires, cherchant vengeance et rédemption, expriment aussi le désarroi de l’Homme face à son époque : un héros seul face à ses démons, à son destin, que la société rejette. Eastwood n’est jamais très loin de la tragédie et ses héros se débattent dans la mélasse morale, contre eux-mêmes tout autant que contre la société. Ce désespoir fait du cinéma eastwoodien un récit paradoxalement très contemporain. En montrant les turpitudes de losers célestes dans un monde tel qu’il est, froid et individualiste, il est bien plus actuel qu’un cinéma social à message, désincarné dans l’idéologie.