L’expérience de Milgram

Connaissez-vous l’expérience de Milgram ? C’est une expérience scientifique très célèbre réalisée au début des années soixante par le psychologue Stanley Milgram et son équipe. Elle teste la capacité à obéir à des ordres donnés par une figure d’autorité légitime, quand bien même ces ordres rentrent en conflit avec la conscience d’un sujet. Elle montre qu’influencés par des ordres ayant l’apparence de l’autorité, la plupart d’entre nous est un bourreau obéissant.

Cette expérience a été reproduite récemment, et les résultats sont tout à fait les mêmes. Soumis aux injonctions d’un professeur en blouse blanche, la majorité des sujets est prête à infliger des souffrances à autrui. Elle montre aussi que si l’on ajoute un complice réticent à poursuivre l’expérience, la proportion des sujets prêts à continuer décroît faiblement. Milgram avait montré qu’avec deux complices, la proportion diminuait encore.

J’y vois plusieurs enseignements intéressants :

  1. Nous sommes tous plus ou moins conditionnés à obéir ;
  2. Pour rendre l’obéissance supportable, on décharge la responsabilité de ses actes sur l’autorité ;
  3. La morale est plus sociale qu’individuelle.

C’est vrai, nous sommes tous plus ou moins des tortionnaires en puissance. Notre excuse : j’obéissais aux ordres, je faisais ce qu’on me disait. C’est à la fois terrible et rassurant. La démocratie est tout autant basée sur l’obéissance que sur la liberté individuelle. L’obéissance est un mécanisme commun dans nos sociétés ; elle règle certains rapports sociaux. Elle n’est pas en soi indésirable. Mais elle n’est pas sans limite. C’est le regard du groupe sur soi qui fixe en grande partie nos barrières morales et limite l’obéissance. C’est donc dans le rapport changeant entre la soumission à l’autorité que confère la majorité des suffrages d’une part, et le jugement moral réflexif de la société sur elle-même et sur l’individu d’autre part que naît la démocratie, autant que l’oppression… J’avais dit rassurant ?

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